De gauche à droite : Sam De Bruyn, Dries Lenaerts et Eva De Roo, animateurs de Studio Brussel (VRT), interviewés par le journaliste Colm Flynn lors des Radiodays.

De gauche à droite : Sam De Bruyn, Dries Lenaerts et Eva De Roo, animateurs de Studio Brussel (VRT), interviewés par le journaliste Colm Flynn lors des Radiodays.

Belgique : Polémique après la destruction d’une statue de Jésus

« En Belgique, ce n’est pas un gros problème »

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Première publication le 24 mars par Cathobel

par  Jean Lannoy

Une séquence diffusée par Studio Brussel, où une statue de Jésus a été brisée dans une « rage room », suscite une polémique en Belgique. Interrogés par le journaliste Colm Flynn, les animateurs ont reconnu qu’ils n’auraient pas posé le même geste envers d’autres religions.

La vidéo originale est publiée le 19 janvier dernier. Lors d’une émission sur Studio Brussel, les animateurs proposaient un concept de« rage room » : des auditeurs pouvaient envoyer un message pour exprimer leur frustration, et les animateurs cassaient un objet à leur place pour se défouler et chasser la déprime du lundi, dans le cadre d’une action « Blue Monday ». Parmi les objets détruits figuraient une statue de Jésus ainsi qu’une représentation de la Vierge à l’Enfant.

 

Selon les animateurs, ces objets étaient déjà abîmés. La statue aurait été placée dos à la caméra afin que son visage ne soit pas visible. Interrogée sur le caractère potentiellement choquant du geste, Sam De Bruyn, producteur exécutif, a déclaré que, selon lui, en Belgique et particulièrement auprès du public de la station Studio Brussel, « ce n’est pas un gros problème », évoquant un pays « pas très religieux ».

Je pense que j’aurais été plus prudent dans un autre pays, c’est certain. En Belgique, ce n’est pas un gros problème.

Les animateurs reconnaissent un « double standard »

Au cours de l’entretien, Colm Flynn a demandé si les animateurs auraient brisé un symbole du prophète Mahomet ou un symbole du judaïsme comme l’étoile de David. Leur réponse fut négative. Les animateurs ont estimé qu’un tel geste serait « inapproprié » et « dangereux ». Ils ont également expliqué qu’ils avaient été élevés dans la tradition catholique, ce qui leur donnait, selon eux, davantage de « légitimité » pour poser ce geste envers un symbole chrétien. Relancés sur la différence de traitement entre religions, ils ont maintenu qu’ils n’auraient pas agi de la même manière avec d’autres confessions.

« Vous le referiez avec Mahomet ? »

Le journaliste Colm Flynn, habitué du traitement des questions religieuses sur la télévision catholique AWTN ou encore la BBC, souligne pour sa part la différence de traitement constatée habituellement malgré que « certaines des idées et des enseignements principaux soient les mêmes ». Pour lui, le geste pourrait aussi choquer des auditeurs chrétiens de ce média de la VRT, chaîne publique financée par les contribuables.

Pour Sam De Bruyn, tout est une question d’audience de la station. « Je ne ferais certainement pas ça sur toutes les stations. La station Studio Brussel est très alternative. On sait qu’ils ne sont pas très religieux, d’aucune manière. Il y a d’autres stations où je ferais très, très, très attention à ça » souligne-t-il, avant d’admettre qu’il ne le ferait tout de même pas pour une autre religion.

« On n’y a pas vraiment réfléchi »

En fin d’échange, Eva De Roo a reconnu que l’équipe n’avait pas suffisamment mesuré la portée du geste.
« Je suis vraiment désolé, on n’aurait pas dû le faire. Parce qu’on n’y a pas vraiment réfléchi », a-t-elle déclaré, évoquant un acte posé sans intention particulière, mais sans réflexion approfondie.

On est juste en train de casser toutes sortes de trucs. Et il se trouve qu’il y avait une vieille représentation de Jésus et on l’a cassée. Ce qu’on fait quand on a un auditeur, parce que ça arrive aussi, c’est qu’on fait des trucs par bêtise.

Les animateurs soulignent également que la conversation et le débat auraient pu se faire si quelqu’un les avait interpellés sur les réseaux.

Réactions politiques et médiatiques en Belgique

Sur le réseau social X, la séquence fait polémique. Dans un message, le canoniste Rik Torfs, chroniqueur pour CathoBel, trouver beau que l’animatrice reconnaisse qu’ils auraient peut-être mieux fait de ne pas briser des images chrétiennes et qu’ils n’y avaient pas suffisamment réfléchi. Par ailleurs, il observe que les animateurs, initialement sûrs d’eux, ont été mis échec par quelques questions simples.

 

Cieltje Van Achter, ministre flamande des médias et de Bruxelles, a également réagi : « Ce passage était particulièrement déplaisant. En tant que ministre, je ne vais pas me substituer à la VRT : la chaîne dispose d’une autonomie éditoriale. Mais cette autonomie ne dispense personne de ses responsabilités ni du respect. Il est bon que l’on reconnaisse à la fin qu’il aurait fallu mieux réfléchir à cette question. Il faut réfléchir avant d’agir. Et oui, on doit pouvoir rire de toutes les religions. »

 

De son côté, la VRT a réagi en parlant d’une « mauvaise estimation » de son action par la voix de sa porte-parole, Yasmine Van der Borght.

« Studio Brussel a mal évalué le sketch du ‘Blue Monday’. Eva et Dries s’excusent. La vidéo était censée être une action humoristique, et ils ont sous-estimé à quel point les symboles religieux peuvent être sensibles. Ils comprennent que cela a été blessant pour certaines personnes et feraient d’autres choix aujourd’hui. La VRT estime qu’il est important que tous ses employés fassent preuve de respect pour chaque religion. Nous ne sommes pas préoccupés par la comparaison des religions, mais par le traitement des convictions de tous avec soin. » selon le média public flamand.

La séquence se déroule peu après deux autres polémiques: celle d’Havelange autour d’une œuvre jugée blasphématoire, et celle autour des propos de Paul Magnette envers les jésuites.

JL

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Cathobel

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