Recevant les participants à la IVe « Chaire de l’accueil », pape Léon XIV a souligné que la vocation chrétienne consiste à accueillir l’autre par la présence, l’écoute et la protection, afin de construire des communautés fraternelles, particulièrement attentives aux jeunes.
______________________________
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Que la paix soit avec vous !
Excellences, chers frères et sœurs !

Je suis heureux de vous rencontrer et de partager avec vous quelques réflexions sur le thème que vous abordez dans le cadre de la « Chaire de l’accueil », née de l’expérience spirituelle de l’association Fraterna Domus avec le soutien actif d’autres réalités ecclésiales et sociales.
Ces journées sont animées par la conscience que la vocation chrétienne vise à créer la communion entre les personnes, et que la communion naît de la capacité d’accueillir les autres, en leur offrant écoute, hospitalité et assistance. Une étymologie possible du mot « accueillir » – au centre de toutes vos activités – remonte au latin accipere qui signifie « recevoir », « prendre avec soi ».
Au cœur de toute authentique accueil se trouve, en effet, une relation qui naît de la grâce d’une rencontre. Nous faisons l’expérience de nombreux types de rencontres et donc d’accueil : la rencontre avec les personnes qui nous aiment, avec les membres de notre famille, avec nos collègues, mais aussi avec des étrangers, parfois hostiles. Lorsqu’une rencontre est authentique, elle peut se transformer, à partir de l’expérience personnelle, et devenir progressivement capable d’impliquer les autres, donnant ainsi naissance à une expérience communautaire.
C’est précisément dans cette dynamique de rencontre que s’inscrit votre choix de consacrer la quatrième édition de la « Chaire » aux jeunes. À une époque marquée par de profondes transformations culturelles et sociales, les jeunes, qui sont naturellement l’avenir de la société et de l’Église, en constituent en réalité déjà le présent vivant et générateur. Leurs questions et leurs inquiétudes nous invitent en effet à renouveler le style de nos relations. Accueillir des jeunes signifie avant tout écouter leurs voix, croiser leurs regards et reconnaître que, dans leurs existences et leurs langages, l’Esprit continue d’agir et de nous suggérer des chemins renouvelés de présence et de protection.
Je voudrais m’attarder précisément sur ces deux mots – présence et protection – qui contribuent à éclairer le sens chrétien de l’accueil.
Chacun de nous, dès les premiers instants de sa vie, grandit dans une réalité sociale. La famille, la paroisse, l’école, l’université, le travail représentent des modèles de société où s’entremêlent différentes dimensions : psychologique, juridique, morale, pédagogique, culturelle. Ce sont des espaces d’élection identitaire dont la tâche première est précisément définie par la présence. Être présent dans la vie des autres signifie partager du temps, des expériences, des significations, en offrant des repères stables dans lesquels les autres peuvent se reconnaître et grandir.
En regardant la Sainte Famille de Nazareth – dont le modèle inspire la Fraterna Domus –, chaque communauté accueillante peut redécouvrir sa vocation et apprendre à s’orienter sur le chemin du service. L’épisode évangélique de Marie et Joseph qui perdent Jésus et, angoissés, le retrouvent après trois jours dans le Temple (cf. Lc 2, 39-52) nous enseigne que la présence de l’autre n’est pas un automatisme, mais le résultat d’une recherche constante. Il nous est tous arrivé de perdre quelqu’un ou quelque chose auquel nous étions très attachés. À ce moment-là, nous avons réalisé à quel point cette présence était précieuse.
Il en va de même dans la vie de foi : nous tenons pour acquise la présence de Jésus dans notre existence, jusqu’à ce que soudain, il semble qu’il ne soit plus là où nous l’avons laissé. Nous ressentons alors un sentiment de perte. En réalité, ce n’est pas lui qui s’est perdu, mais nous qui nous sommes éloignés. Lorsque cela se produit, nous sommes appelés à le chercher avec confiance, avec le courage d’emprunter des chemins inexplorés, en regardant le monde avec des yeux nouveaux, pleins d’espoir. De cette manière, nous cesserons de chercher un Dieu à notre mesure pour le rencontrer là où il habite. Chercher Jésus signifie donc passer de la sécurité de nos convictions à la responsabilité de la rencontre, en apprenant à voir et à accueillir la présence de Dieu qui est toujours « au-delà ».
C’est précisément ce qu’a fait saint Joseph en gardant la famille que le Seigneur lui avait confiée. En lui, nous reconnaissons que l’accueil, au-delà de la présence, est aussi une garde. Garder signifie être attentif à l’autre, respecter ses choix et prendre soin de lui. Cette attitude appartient avant tout à Dieu, que la Bible présente comme le gardien de son peuple. Rappelons-nous le psaume qui dit : « Il ne s’assoupit pas, il ne sommeille pas, / le gardien d’Israël. / Le Seigneur est ton gardien » (Ps 121, 4-5). Dans cette perspective, nous comprenons que la famille humaine est également appelée à préserver ce qui lui a été confié : les relations, la création, la vie de nos sœurs et frères, en particulier ceux qui souffrent et qui sont les plus fragiles. Ainsi, Joseph nous montre que la présence et la protection sont deux dimensions indissociables : on ne protège pas sans être présent, et on n’est pas présent sans assumer la responsabilité de l’autre.
Ces deux mots peuvent représenter deux lampes sur votre chemin vers une hospitalité capable d’ouvrir des chemins de sainteté, dans une perspective jamais autoréférentielle, toujours relationnelle et fraternelle, comme nous le rappelle l’encyclique Fratelli tutti, là où elle affirme : « Seule une culture sociale et politique qui comprend l’hospitalité gratuite pourra avoir un avenir » (n. 141) pour les nouvelles générations.
Très chers amis, je vous remercie pour votre engagement silencieux et discret. Je vous encourage à être des éducateurs et des éducatrices de l’accueil. Cultivez le charisme de l’accueil en écoutant le Saint-Esprit, dont le fruit, nous dit saint Paul, « est l’amour, la joie, la paix, la magnanimité, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi » (Gal 5, 22). Ainsi, vous pourrez continuer à créer ensemble des environnements capables de promouvoir le bien et la fraternité dans la communauté chrétienne et dans la société. Que Marie Très Sainte et saint Joseph vous protègent et intercèdent pour vous. Je vous bénis de tout cœur. Merci !
Copyright © Dicastère pour la Communication – Librairie éditrice vaticane
