(ZENIT News / Rome, 23 février 2026) – Le jeudi 19 février, le pape Léon XIV a rencontré les prêtres du diocèse de Rome, dont il est l’évêque. Après une brève allocution, le Saint-Père a donné la parole à quatre prêtres pour leur poser des questions. La richesse, le réalisme et la profondeur des réponses du Pape ont une portée qui dépasse les frontières du diocèse de Rome et éclaireront assurément de nombreux prêtres et futurs prêtres. Nous les reproduisons ci-dessous en français.
Introduction (Cardinal Baldo Reina) : Merci, Saint-Père. (…) Nous vous remercions également du temps que vous allez nous consacrer : vous avez évoqué votre disponibilité pour le dialogue avec les prêtres. Nombre d’entre eux souhaiteraient vous poser des questions. Nous les avons regroupés en quatre tranches d’âge. Le premier sera le Père Francesco Melone, l’un des prêtres que vous avez ordonnés le 31 mai, et il vous interrogera sur ce que vous avez mentionné à la fin de votre allocution, à savoir les difficultés rencontrées par les jeunes prêtres.
Après lui, le père Giacomo Pavanello, curé de San Gregorio Magno alla Magliana, paroisse d’environ 40 000 habitants, vous posera une question sur les défis pastoraux de notre époque.
Ensuite, le père Romano De Angelis, qui a été curé dans plusieurs paroisses de la ville et qui, ces derniers mois, a été l’un des aumôniers de l’hôpital pour enfants « Bambino Gesù », abordera le thème de la fraternité sacerdotale, qui a également été l’un des thèmes que vous avez évoqués.
Enfin, le Père Tonino Panfili, engagé depuis de nombreuses années dans la vie consacrée au sein du Vicariat et actuellement administrateur de la basilique Sainte-Croix de Jérusalem, vous posera des questions concernant les prêtres âgés. À ce propos, nous pensons en ce moment à nos frères âgés et malades qui résident à la résidence « San Gaetano » à Divino Amore . Ces quatre personnes prendront la parole au nom de tous. Merci.
Première question
Sur les difficultés des jeunes clercs
Bonjour Saint-Père, je m’adresse à vous au nom des jeunes prêtres de notre diocèse, bien que vous ayez déjà répondu à de nombreuses questions qui nous tiennent à cœur. Merci ! Le plus souvent, nous vivons notre ministère pastoral auprès des jeunes de nos communautés. Les jeunes aspirent à une relation profonde et intime avec Dieu, et ressentent le besoin d’être entendus et de communier. Mais ils vivent aussi de nombreuses blessures relationnelles et affectives, souvent accompagnées d’angoisses, de peurs, de tristesse et de solitude. Parfois, il semble donc plus facile, et peut-être même plus gratifiant et commode pour nous, prêtres, de privilégier le volet émotionnel, d’anesthésier la douleur par des événements sensationnels et des émotions fortes, au lieu de les aider à entrer en dialogue avec Dieu. Une relation qui, pourtant, n’est ni ostentatoire, ni bruyante, ni marquée par les grands nombres, ni mesurée par des leaders charismatiques, mais qui se nourrit du secret de la prière, faisant de nous non pas des protagonistes, mais des ministres de la confiance dans le Seigneur. Seule l’amitié avec Jésus comble notre solitude, comme Votre Sainteté nous l’a rappelé le 10 janvier, lors de la réception des jeunes Romains et de leurs éducateurs. Je vous le demande donc, Saint-Père, quels conseils donneriez-vous à nous, jeunes prêtres, afin que nous puissions incarner l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, en particulier auprès des jeunes, en nous présentant à eux comme des adultes crédibles, sans pour autant transformer l’évangélisation en simple animation ni le discernement en divertissement ? Merci.
Réponse du pape Léon XIV :
Eh bien, la première chose que je voudrais dire, c’est que c’est une réalité de la société actuelle, que nous ne pouvons pas vraiment changer, mais dont nous devons être conscients. C’est la réalité des familles et les défis auxquels nous sommes confrontés, surtout avec les jeunes d’aujourd’hui, car beaucoup viennent de familles qui ont traversé de graves crises : l’absence du père, des parents divorcés ou remariés, et pour beaucoup, l’abandon. Ce sont les difficultés auxquelles les jeunes doivent faire face dans la vie d’aujourd’hui. Par conséquent, pour le prêtre, accompagner ces jeunes signifie aussi reconnaître leur réalité, être proche d’eux, les accompagner, mais pas simplement être un parmi eux. Le témoignage du prêtre est également important. Le jeune prêtre peut offrir aux jeunes un modèle de vie, en montrant qu’être ami de Jésus peut véritablement enrichir leur existence. Mais cela signifie que le prêtre lui-même, jeune ou moins jeune, vit une vie d’amitié avec Jésus, offrant à ces jeunes non seulement un exemple, mais une expérience de vie susceptible de transformer leur existence. Là aussi, je crois que l’esprit d’évangélisation dont j’ai parlé il y a quelques minutes devrait également s’appliquer aux jeunes.
Avant, tous les jeunes venaient à la paroisse. Certes, beaucoup de vos paroisses ont un oratoire, c’est-à-dire un lieu de rencontre et de jeux pour les jeunes… Certains viennent encore, mais nous ne pouvons pas nous contenter de ceux qui fréquentent la paroisse. Il nous faut donc, même avec les jeunes eux-mêmes, nous organiser, réfléchir et chercher des initiatives qui leur permettent de sortir. Le pape François a beaucoup parlé de l’Église qui s’ouvre à l’extérieur. Nous devons aller à leur rencontre, inviter d’autres jeunes, les accompagner dans la rue, leur proposer différentes activités… Le sport peut aussi être un moyen d’attirer les jeunes. L’art, la culture… Invitez-les à venir, à apprendre à se connaître. Apprendre à se connaître est peut-être avant tout une expérience de communion. Beaucoup de jeunes vivent isolés, dans une solitude terrible, depuis la pandémie, mais cela ne date pas d’hier. Avec le fameux smartphone, que presque tout le monde a dans sa poche aujourd’hui, ils vivent seuls, même s’ils disent : « Non, mon ami est là », mais il n’y a aucun contact humain.
Ils vivent à distance des autres, dans une froide indifférence, inconscients de la richesse et de la valeur des relations humaines authentiques. C’est pourquoi nous devons aussi trouver des moyens d’offrir aux jeunes une autre forme d’amitié, de partage et, peu à peu, de communion, et, à partir de cette expérience, les inviter à connaître Jésus, qui nous invite à être non pas ses serviteurs, mais ses amis.
Tout cela exige beaucoup de temps, de sacrifices et de réflexion – notamment pour trouver comment atteindre ces jeunes qui, aujourd’hui, sont souvent entraînés dans une vie terrible : toxicomanie, criminalité, violence, précarité, isolement… Récemment, un jeune homme m’a posé cette question : « Mais vous parlez beaucoup de communion et d’unité, pourquoi ? Quelle est leur valeur ? » Autrement dit, il ne comprenait même pas, par sa propre expérience, l’immense valeur de sortir de la solitude et de rechercher l’amitié et la communion. C’est pourquoi je crois que les jeunes prêtres, plus proches des jeunes par l’âge, la culture et la formation, peuvent aussi être d’un grand secours pour proclamer ce message qui, au fond, est toujours l’Évangile.
Deuxième question
Sur les défis pastoraux de cette époque
Votre Sainteté, bonjour et merci beaucoup pour ce temps. J’aimerais vous poser une question concernant l’époque que nous vivons, marquée par une marginalisation progressive de la religion dans le paysage social contemporain, notamment dans les grandes villes comme Rome. Comment pouvons-nous être pertinents dans cette culture postmoderne qui nous entoure, sans retomber dans des approches passées qui sembleraient quelque peu anachroniques ? Quelle priorité notre ministère pastoral doit-il avoir pour répondre, dans un esprit évangélique, aux défis de notre temps ? Autrement dit : l’Évangile s’est toujours inculturé ; aujourd’hui, nous sommes probablement confrontés à une nouvelle inculturation. Comment pouvons-nous faire en sorte que cette inculturation soit favorisée, accompagnée et non entravée par nos initiatives ? Merci.
Réponse du pape Léon XIV :
Ce que je cherche moi-même à comprendre, c’est comment relever ce défi, qui commence par la nécessité de connaître véritablement la communauté que je suis appelé à servir. Je parle en connaissance de cause. J’ai vécu à Rome pendant quatre ans dans les années 1980, puis pendant douze ans, de 2000 à 2012-2013, et maintenant depuis trois ans. À chaque fois que je retourne à Rome, j’ai l’impression de découvrir une Rome différente. Il y a tant de choses… La « Ville Éternelle », disons, les rues sont les mêmes, les nids-de-poule aussi, mais la vie a beaucoup changé. Ainsi, pour servir également comme évêque de Rome, j’ai beaucoup réfléchi à la manière dont, lorsque nous sommes allés à Ostie dimanche dernier, pour parler avec ces gens, il faut commencer par appréhender au mieux leur réalité. Je ne peux même pas assurer une continuité : si je suis muté d’une paroisse à l’autre, je ne peux pas me dire : « Ça a marché là-bas, continuons comme ça. » Si l’on veut aimer quelqu’un, il faut d’abord le connaître. Si vous voulez aimer et servir une communauté, il est très important de la connaître.
Dans ce monde de la mobilité, dont j’ai brièvement parlé, de nombreuses réalités sont en constante évolution. C’est pourquoi il est nécessaire que les curés, le clergé et tous les membres du conseil paroissial s’efforcent de bien cerner les défis actuels, en ce lieu même, dans cette paroisse que nous devons apprendre à mieux connaître.
Concernant la réalité du monde actuel, nous n’avons pas encore abordé une réalité incontournable : l’intelligence artificielle et l’utilisation d’Internet, qui font désormais partie intégrante de la vie d’un prêtre. (D’ailleurs, je vous exhorte à résister à la tentation de préparer vos homélies à l’aide d’une intelligence artificielle.) De même que les muscles du corps s’atrophient s’ils ne sont pas sollicités, le cerveau a besoin d’être utilisé. De même, notre intelligence, votre intelligence, doit être exercée régulièrement pour ne pas perdre cette capacité. Mais elle a besoin de bien plus, car pour prononcer une véritable homélie, c’est-à-dire partager la foi, l’IA ne pourra jamais le faire ! Voici l’essentiel : si nous pouvons offrir un service adapté à la culture locale, dans la paroisse où nous exerçons notre ministère, les fidèles souhaitent voir leur foi, leur expérience de la connaissance et de l’amour de Jésus-Christ et de son Évangile. Et c’est ce que nous devons sans cesse cultiver.
Et c’est là que je réponds très sincèrement, à toutes les questions, qu’une partie de la réponse réside dans l’importance d’une vie de prière. Non pas seulement le fait de réciter le Bréviaire le plus rapidement possible, que j’ai aussi sur mon téléphone, sans prendre le temps d’être avec le Seigneur, d’écouter la Parole de Dieu, de prier avec les Psaumes, de louer le Seigneur. Mais aussi la capacité d’entrer en dialogue, d’écouter vraiment et d’exprimer les difficultés que je porte dans mon cœur : « Pourquoi, Seigneur ? Que veux-tu de moi ? Que puis-je faire ? »
Ainsi, forts de cette expérience d’une vie authentiquement enracinée dans le Seigneur, nous pouvons offrir quelque chose qui ne nous appartient pas. Ce n’est pas en raison de qui je suis que j’offre ce que je suis ; c’est souvent une illusion sur Internet, sur TikTok, où nous voulons rester nous-mêmes : « J’ai beaucoup d’abonnés, beaucoup de likes, parce qu’ils voient ce que je dis… » Ne soyons pas comme ça : si nous ne transmettons pas le message de Jésus-Christ, nous nous trompons peut-être, et nous devons aussi réfléchir très attentivement, avec une grande humilité, pour voir qui nous sommes et ce que nous faisons. Mais avec cette attitude d’amour, de service, d’humilité et d’écoute, nous pouvons vraiment découvrir comment répondre aux besoins de cette communauté que nous sommes appelés à servir.
Troisième question
Sur la fraternité sacerdotale
Saint-Père, durant ces 39 années d’ordination sacerdotale, j’ai pu constater que la fraternité sacerdotale est possible et belle. Cela tient aussi au fait que, dans nos presbytères à Rome, nous avons la chance d’accueillir des prêtres d’autres diocèses, qui sont un véritable trésor, non seulement pour l’aide qu’ils apportent, mais aussi pour nourrir la fraternité sacerdotale. Il est vrai qu’en vivant ensemble, nous faisons l’expérience de ce que disait saint Jean Berchmans : « La vie en communauté est une grande pénitence, mais j’ai fait l’expérience qu’elle est aussi source d’une immense joie. » Trois anecdotes simples : après m’être senti mal un après-midi, j’ai réalisé le lendemain matin que mes frères, sans dire un mot, s’étaient organisés pendant la nuit par roulements d’une heure pour venir discrètement prendre de mes nouvelles. Un autre épisode qui m’a marqué, c’est le décès de ma mère – je suis enfant unique, mon père était déjà décédé – et mon jeune frère, me voyant un peu bouleversé, m’a dit : « Romano, souviens-toi que tant que je vivrai, tu ne seras jamais seul. » J’ai moi aussi traversé une période douloureuse, un malentendu douloureux, et c’est là que l’Évangile m’a éclairé : prier pour cette personne, pour ce frère, et demander au Seigneur de le bénir. Et, quelques mois plus tard, la joie du message de réconciliation. Aussi, à la lumière de cela, je tiens à vous signaler, Saint-Père, certains dangers, et je vous demande votre avis. Le premier est la difficulté d’être soi-même par peur des commérages, d’être trahi pour trente deniers afin que quelqu’un puisse se vanter en répandant des rumeurs. Ensuite, la diversité de nos sensibilités est sans aucun doute une richesse, mais il existe une tentation, au lieu de les transformer en atouts, de former des factions opposées qui s’affrontent. Et puis, ce qui me semble le plus grand danger, c’est la jalousie : l’incapacité de se réjouir des qualités d’un frère qui risque de devenir un ennemi simplement parce qu’il est apprécié et qu’il réussit dans son ministère pastoral. Parfois, les paroles un peu amères d’un frère me reviennent à l’esprit, mais elles sont pertinentes : « Si tu veux nuire à quelqu’un, dis du bien de lui », car alors tu l’exposes aux attaques. Mais vous saurez sans aucun doute nous éclairer de manière précieuse sur tout cela. Merci, Saint-Père !
Réponse du pape Léon XIV :
Merci. Je pourrais dire, comme un professeur : « Mais vous avez déjà répondu à votre question, et donc… » J’ai commencé par quelque chose de vraiment douloureux – voire même de négatif – qui ressemble parfois à une « pandémie » qui touche le clergé à l’échelle universelle. On appelle cela « l’envie cléricale ». Cela se produit lorsqu’un prêtre, voyant qu’un autre a été appelé à devenir curé d’une paroisse plus grande et plus prestigieuse, ou vicaire, ou… eh bien, les relations se brisent ; et pas seulement cela, mais aussi à cause des commérages, des critiques et des commentaires… Au lieu de chercher à tisser des liens, des ponts d’amitié, de fraternité sacerdotale, les relations sont détruites.
Par conséquent, je tiens à le préciser d’emblée pour clore le débat, mais il est essentiel de prendre en compte cette réalité. Nous sommes tous humains ; nous éprouvons des sentiments, des émotions, et bien d’autres choses encore. Mais en tant que prêtres – et j’espère que cela commencera dès le séminaire – nous pouvons offrir des modèles où les prêtres sont véritablement amis, frères, et non ennemis ou indifférents les uns aux autres. Et je ne sais pas ce qui est pire : être ennemi ou être indifférent à l’autre ; nous devons considérer les deux.
J’ai été témoin de magnifiques exemples de fraternité sacerdotale, et je vais en mentionner quelques-uns car ils peuvent être utiles à tous, des plus jeunes aux plus âgés. Un prêtre de Chicago avait des camarades de séminaire qui, dès leur ordination, avaient conclu un pacte : se réunir une fois par mois – je ne sais plus exactement, ils avaient choisi le quatrième jeudi –. C’était un groupe assez important de prêtres, et je les ai rencontrés lorsque l’un d’eux, déjà évêque auxiliaire à Chicago, avait 93 ans. Ceux qui avaient atteint cet âge continuaient de se réunir. Ils souhaitaient entretenir toute leur vie cette belle amitié née au séminaire. Mais il ne s’agissait pas simplement d’une réunion ; c’était un temps de prière, où ils consacraient un moment de la journée à la prière puis à l’étude.
Et là, je voudrais dire autre chose à chacun : l’étude doit être permanente, continue dans nos vies. Quand j’entends quelqu’un me dire – et c’est un fait historique, un prêtre me l’a confié – : « Je n’ai pas ouvert un livre depuis que j’ai quitté le séminaire », mon Dieu ! – me suis-je dit –, quelle tristesse ! Et quelle tristesse pour ses paroissiens, qui doivent écouter Dieu sait quoi. Nous aussi, nous devons nous tenir au courant, et ce groupe de prêtres, lors de leur réunion mensuelle, disait à chacun son tour : « À vous de choisir un article. » L’auteur l’envoyait à tous à l’avance, chacun le lisait, puis, lors du temps de partage, ils discutaient de théologie, de pastorale, des nouvelles initiatives, de la réalité de l’Église, etc. C’était vraiment formidable. Et tout cela venait de leur propre initiative.
Et puis, il y a un autre point très important : si je suis assis ici à dire : « Personne ne vient me rendre visite » — ce qui pourrait arriver à certains d’entre vous —, n’ayons pas peur de frapper à la porte de quelqu’un d’autre, de prendre l’initiative, c’est-à-dire de dire à des collègues ou à un groupe d’amis, à certains d’entre eux : « Pourquoi ne pas nous réunir de temps en temps pour étudier ensemble, réfléchir ensemble, avoir un moment de prière et ensuite un bon déjeuner ? » Le curé, avec le meilleur cuisinier, peut inviter les autres, et ainsi un bon déjeuner peut être pris ensemble.
Ceux dont j’ai parlé, les prêtres de Chicago, tous les prêtres diocésains là-bas jouent au golf. L’été, ils allaient donc aussi faire du sport ensemble. L’important, c’est que quelqu’un prenne l’initiative. Ce n’est peut-être pas possible avec tout le monde – j’en suis bien conscient – Dieu nous a tous créés différents, et c’est tant mieux ! Il n’y a pas deux personnes identiques, mais je me sens plus à l’aise avec l’une qu’avec l’autre. L’autre est une bonne personne, mais je n’aurais pas assez confiance – comme vous le disiez dans votre question –, on ne peut pas raconter toute sa vie au premier venu. Il faut trouver des personnes avec qui partager des expériences, pour peut-être nouer une amitié, une relation fraternelle plus profonde, et partager sa vie, pour ne pas se sentir seul. Comme ce jeune prêtre qui vous a dit : « Tant que je serai là, vous ne serez jamais seul. » Nous devrions essayer de construire des relations fraternelles entre prêtres, dans ce même esprit. Ce ne sera pas toujours le curé et ses vicaires ; un groupe de curés serait peut-être plus approprié, je ne sais pas, il faut voir ce que l’avenir nous réserve. Mais nous devons créer des occasions de rompre cette tendance à la solitude, à l’isolement. Et vraiment essayer de consacrer du temps – évidemment pas tous les jours – mais régulièrement, pour se rencontrer, et non pas à travers un écran. C’est important ; cela a aussi sa valeur, mais en personne, être ensemble, se rencontrer, partager les joies et les difficultés de la vie, partager ses expériences. Il peut arriver que l’on traverse une crise, qu’elle soit due à des problèmes de santé ou à une autre difficulté ; si l’on est seul, la crise nous éloigne souvent de ce qui constitue véritablement notre vie. Si j’ai un groupe de confiance avec qui j’ai partagé une expérience, je peux continuer à cheminer à leurs côtés, si j’ai quelqu’un avec qui partager les difficultés, les épreuves, etc. Ce serait donc, de manière très concrète, le type d’expérience dont on peut encore rêver aujourd’hui : ce type de vie sacerdotale, pour promouvoir une authentique fraternité sacerdotale .
Quatrième question
À propos des prêtres âgés
Le jour de votre élection, Sainteté, j’ai réalisé que j’étais déjà parmi les prêtres les plus âgés. Même le Pape a un an de moins que moi ! Et lors de mes réunions au Vicariat, tous sont plus jeunes que moi : le Cardinal, l’Administrateur adjoint, l’Évêque, les Recteurs – c’est donc une expérience constante de cet âge déjà mûr. Dans ma paroisse, il y a un évêque émérite, plus âgé que moi, mais aussi trois prêtres de différents diocèses, avec lesquels nous vivons de beaux moments de fraternité, pour poursuivre ce sujet si important. Et ces jeunes sont un trésor. C’est pourquoi je représente la génération des prêtres plus âgés ; aujourd’hui, je suis la voix de tous les prêtres âgés. Nombreux sont ceux qui ressentent la solitude après une vie entièrement consacrée à l’Évangile et à l’Église : après tant de personnes, tant de solitude. Beaucoup, hélas, marqués par la maladie, ont été contraints de prendre leur retraite avant l’âge légal. La question est double : que suggère-t-on à ceux d’entre nous qui sommes seuls et malades, et qui offrons désormais notre fragilité et nos limites, avec le Pain eucharistique, à Jésus, la victime ? Mais je vous pose aussi cette question, Votre Sainteté : comment pouvons-nous, prêtres plus âgés, dans nos presbytères, aider les plus jeunes à rester spirituellement jeunes, enthousiastes à proclamer la Parole, passionnés dans l’édification de l’Église, l’Épouse du Christ ?
Réponse du pape Léon XIV :
Ce que je dis, c’est que, même si la perfection est impossible, il faut se préparer, d’une certaine manière, à accepter, le moment venu, l’âge, la vieillesse, la maladie et la solitude. Cependant, si l’on a toujours vécu dans un esprit de dialogue, d’amitié, de partage et de fraternité, on peut trouver des réponses plus concrètes à l’expérience de la solitude et de la maladie, par exemple. Il y a des gens – et nous le disons avec une certaine franchise – qui, même jeunes, abordent la vie avec une certaine amertume ; ils n’ont jamais connu l’amitié, la fraternité ni le partage. Ainsi, depuis leur jeunesse ou leur âge mûr, ils vivent avec cette amertume, jamais satisfaits et toujours empreints d’un certain pessimisme.
Si l’on vit sa vie comme un cheminement qui nous porte en avant, malgré le poids des années, et souvent – jeune ou vieux – avec la maladie et les difficultés, on aura la capacité, avec la grâce de Dieu, d’accepter la croix, les souffrances qui en découlent, car on le fera avec le même esprit de prière et de sacrifice que celui qu’on a manifesté le jour de son ordination sacerdotale, lorsqu’on a dit au Seigneur : « Oui, Seigneur, je veux te suivre en toutes choses et accepter ce que la vie me donne comme faisant partie de ta volonté. » Alors, une spiritualité profonde est nécessaire, qu’il faut cultiver, dès le séminaire et tout au long de sa vie. Je ne peux pas dire à un jeune de 22 ans : « Prépare-toi pour tes 80 ans », mais tout est cheminement, tout est une manière d’entrer dans la vie avec un certain esprit de gratitude. Je n’en ai pas encore parlé, mais commençons par la gratitude d’avoir été appelés au sacerdoce. Nous oublions souvent combien notre vocation est grande et combien elle est importante pour la vie de l’Église. Non par cléricalisme – « Me voici » – mais parce que le Seigneur nous a appelés à être ses amis, ses disciples, ses serviteurs, et c’est là la plus belle des choses ! Ainsi, vivre dans un esprit de gratitude dès le premier jour de mon sacerdoce m’aidera à vivre, même âgé, même malade, à dire : « Merci, Seigneur, pour la vie, pour le don que tu me fais. »
Vous savez pertinemment que dans de nombreux pays – en Europe, en Italie… Au Canada, c’est déjà légal – l’euthanasie est un sujet largement débattu : la question de la fin de vie, les personnes qui ne trouvent plus de sens à leur existence, qui portent le fardeau de la maladie et qui disent : « Je ne veux plus le porter, je préfère mettre fin à mes jours. » Si nous sommes si négatifs envers notre propre vie, et parfois avec moins de souffrance que beaucoup d’autres, comment pouvons-nous leur dire : « Non, vous ne pouvez pas mettre fin à vos jours, vous devez l’accepter… » ? Mais alors, nous agissons nous-mêmes de la même manière, avec une vision très négative de tout. Autrement dit, nous devons être les premiers à témoigner de la grande valeur de la vie. Et la gratitude tout au long de la vie est essentielle.
L’humilité aussi. L’humilité : cette attitude qui consiste à reconnaître que ce n’est pas moi, mais le Seigneur qui m’a donné la vie, qui nous accompagne et nous porte dans ses bras, même dans nos moments de plus grande faiblesse. Le Seigneur est là, avec nous. Et vivre avec cet esprit donne vie et espérance.
À cela s’ajoute la proximité. Et j’aimerais ici inviter chacun à réfléchir : nous connaissons tous, sans aucun doute, une personne âgée, un malade, un prêtre, un laïc, une religieuse… qui traverse une période très difficile. Appelons-les, allons les voir. Efforçons-nous d’aider ces personnes qui souffrent. Autrefois, il était plus courant que le curé – par exemple, tous les jeudis – apporte la communion et l’huile (des malades) à tous les malades de la paroisse. Aujourd’hui, avec moins de prêtres et plus de personnes âgées, on a tendance à dire : « Eh bien, envoyons les laïcs, laissons-les faire. » C’est un beau service que rendent les laïcs, en apportant la communion à domicile, par exemple. Mais cela ne signifie pas que le prêtre peut rester chez lui à regarder Internet pendant que les autres sont sur le terrain. Autrement dit, pour nous aussi, vivre cette proximité avec ceux qui souffrent est un service, un apostolat, une forme très importante de pastorale.
Les prêtres âgés ont eux aussi un service à rendre. Même alités, s’ils ont véritablement vécu une vie de service et de sacrifice, ils savent pertinemment que leur prière peut être un grand service, un don précieux. Leur vie continue d’avoir un sens profond. Et ils peuvent encore se souvenir et accompagner de nombreuses personnes, situations et communautés qui ont besoin de leur offrande. Vivre dans cet esprit – car, bien sûr, si quelqu’un n’a pas prié pendant quarante ans et se dit : « Me voilà, au lit, je ne sais plus quoi faire », c’est difficile –, là aussi, nous devons poursuivre une formation continue dans notre vie spirituelle. Cela commence par la préparation, avant même de devenir, disons, âgés et malades.
Et j’aimerais ajouter une chose, valable pour tous et qui peut prendre différentes formes : n’ayons pas peur de poursuivre cette belle pratique d’accompagnement spirituel, d’avoir dans sa vie une personne qui nous connaît. Un ami, certes. Mais souvent, un bon confesseur, qu’il s’agisse d’un prêtre ou d’une personne d’une grande sagesse spirituelle, peut nous accompagner et nous soutenir dans les moments difficiles. Nous sommes tous humains, nous traversons tous des épreuves, des souffrances de toutes sortes, mais avoir une personne de confiance qui peut véritablement nous accompagner, au plus profond de notre cœur et de notre âme, est un don précieux, une aide précieuse dans nos vies. Et certains d’entre vous, j’espère que beaucoup possèdent ce don – ce n’est pas le cas de tous –, ont aussi celui de savoir accompagner les autres dans ces moments difficiles.
C’était la dernière question. Si vous m’en posez d’autres, il se peut que je n’aie pas de réponses aujourd’hui. Mais je tiens à réaffirmer, et très sincèrement, que je suis ravi de cette rencontre. Malheureusement, elle ne peut avoir lieu plus souvent… En tant qu’évêque diocésain, je rencontrais les prêtres tous les mois, et je le dis également au nom des évêques. J’ai entendu parler d’un diocèse où l’évêque arrivait pour les dix premières minutes de la réunion avec le clergé, puis repartait… J’espère que ce n’était pas votre cas… mais c’était à l’étranger !
Il est essentiel de savoir vivre, accompagner et cheminer ensemble : cardinaux, archevêques, évêques, vicaires épiscopaux, curé et ses vicaires… pour vivre cet esprit. Non pas ce qui est écrit dans un programme, mais un véritable esprit de fraternité et l’engagement d’accomplir ensemble notre mission : servir l’Église.
Je vous souhaite donc sincèrement un bon chemin de Carême, temps de conversion et de joie pour tous. Puissions-nous avoir, à l’avenir, l’occasion de vivre dans cet esprit. Nous pouvons conclure par une bénédiction.
