De Belgique au Vatican : comment le jésuite belge Pierre Charles a inspiré l’appel à l’inculturation aujourd’hui porté par Léon XIV © Cathobel

De Belgique au Vatican : comment le jésuite belge Pierre Charles a inspiré l’appel à l’inculturation aujourd’hui porté par Léon XIV © Cathobel

Le pape appelle à une « inculturation » de l’Evangile, un concept créé par… un Belge !

Un processus exigeant

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Par Clément Laloyaux, journaliste de CathoBel

Première publication le
Ce mardi 24 février, Léon XIV a rappelé l’importance de l’inculturation qui, à ses yeux, « n’est pas une concession secondaire, ni une simple stratégie pastorale », mais « une exigence intrinsèque de la mission de l’Eglise. » Apparue il y a plus de 50 ans sous la plume d’un prêtre et missiologue belge, Pierre Charles s.j., cette notion d’inculturation a ensuite été reprise par Jean-Paul II, avant de s’imposer durablement dans le langage théologique et les textes officiels de l’Eglise.

En 1531, sur la colline du Tepeyac, près de Mexico, une Vierge métissée apparaît à Juan Diego, vêtue des habits des peuples indigènes et parlant dans sa langue natale, le nahuatl. Cette apparition marque la rencontre entre la foi chrétienne et la culture indigène.

Près de 500 ans plus tard, elle demeure un modèle d’inculturation de l’Evangile. « Sainte Marie de Guadalupe est une leçon de pédagogie divine sur l’inculturation de la vérité salvifique », affirme ainsi le pape Léon XIV dans un message adressé au Congrès théologique pastoral sur l’événement de Guadalupe, qui se tient actuellement à Mexico.

Mais qu’est-ce que l’inculturation ?

Le processus d’inculturation peut être défini comme l’effort de l’Eglise pour faire pénétrer le message du Christ dans un milieu socioculturel donné, en tenant compte de la spécificité des cultures locales, « dès lors que celles-ci sont conciliables avec l’Evangile » précise la commission théologique internationale. Tous les domaines de la vie de l’Eglise sont concernés par l’inculturation : l’architecture, la liturgie, l’organisation de l’Église, la théologie, la musique…

👉 Voir notre reportage à l’abbaye de Keur Moussa où la kora, instrument à cordes originaire de l’Afrique de l’Ouest, est au coeur d’un modèle d’inculturation.

Entrer dans l’histoire des peuples

Dans un message adressé aux participants du congrès, Léon XIV souligne qu’inculturer l’Evangile consiste à « entrer avec respect et amour dans l’histoire concrète des peuples, afin que le Christ puisse être véritablement connu, aimé et accueilli à partir de leur propre expérience humaine et culturelle. »

Pour lui, cela implique « d’assumer les langues, les symboles, les façons de penser, de ressentir et de s’exprimer de chaque peuple, non seulement comme des vecteurs externes de l’annonce, mais comme des lieux réels où la grâce désire habiter et agir ».

Puisque le Christ « a assumé notre condition humaine avec tout ce qu’elle comporte dans sa configuration temporelle », le Pape proclame que l’inculturation ne doit pas être « une concession secondaire ni une simple stratégie pastorale », mais « une exigence intrinsèque de la mission de l’Eglise ».

Un processus exigeant

Bien qu’il soit essentiel de comprendre les cultures locales, Léon XIV rappelle néanmoins que l’inculturation ne peut se réduire à un accommodement relativiste : « Légitimer tout ce qui est culturellement donné ou justifier des pratiques, des visions du monde ou des structures qui contredisent l’Évangile et la dignité de la personne reviendrait à ignorer que toute culture -comme toute réalité humaine- doit être éclairée et transformée par la grâce qui jaillit du mystère pascal du Christ. »

L’inculturation est au contraire « un processus exigeant et purificateur, par lequel l’Evangile, tout en restant intègre dans sa vérité, reconnaît, discerne et assume les « semina Verbi » présents dans les cultures, tout en purifiant et en élevant leurs valeurs authentiques, en les libérant de ce qui les obscurcit ou les défigure. »

En résumé, l’inculturation n’équivaut pas à sacrifier la vérité chrétienne ni à adopter la culture locale comme critère de foi, mais elle assume certains éléments de cette culture tout en les purifiant à la lumière de l’Evangile.

L’évangélisation ne s’identifie à aucune culture particulière, mais est capable de les imprégner toutes sans se soumettre à aucune.

Léon XIV dans son message au congrès de Guadalupe, citant un passage de l’exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi de Paul VI

Guadalupe, une future destination ?

D’après l’agence I.Media, le sanctuaire ND de Guadalupe pourrait être la prochaine destination d’une visite du pape au Mexique : « Il a indiqué vouloir s’y rendre prochainement, et la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum lui a adressé une invitation en ce sens. » En 2031, le sanctuaire célèbrera le 500e anniversaire des apparitions de la ‘Vierge de Guadalupe’ à saint Juan Diego.

Le Pape le 12 décembre 2025 lors de la messe en la fête de Notre-Dame de Guadalupe à Saint-Pierre. © Vatican Media
L’inculturation : une histoire belge

Si l’idée d’inculturation est assez récente dans l’histoire du christianisme, c’est à la Belgique qu’elle doit son essor :

  • En 1953, dans un article publié dans la Nouvelle Revue Théologique, le grand missiologue belge Pierre Charles s.j. utilise pour la première fois le terme d’inculturation, lui donnant le même sens anthropologique que celui d’enculturation (processus selon lequel on acquiert sa propre culture). (NRT)
  • En 1962, un autre jésuite belge, Joseph Masson, invente lui l’expression de « catholicisme inculturé d’une façon polymorphe ». (NRT)

En 1974-1975, la 33e Congrégation générale des Jésuites admet et définit ce concept avant que le supérieur général de la Société de Jésus ne le présente, dans le document Ad populum Dei nuntius (art.5), pour adoption, au Synode romain des évêques en 1977. Le supérieur de l’époque, Pedro Arrupe sj., définit alors l’inculturation comme « l’incarnation de la vie et du message chrétiens dans une aire culturelle concrète ».

En 1979, le pape Jean-Paul II reprend officiellement le terme d’inculturation dans sa lettre apostolique, Catechesi Tradendæ. Puis en 1990, il sort l’encyclique Redemptoris missio, dans lequel il explique que « l’inculturation correctement menée doit être guidée par deux principes: la compatibilité avec l’Evangile et la communion avec l’Eglise universelle ». Cette encyclique conférera à la notion d’inculturation une reconnaissance et une portée universelles.

En 2019, dans un article consacré à l’inculturation, notre journaliste Christophe Herinckx écrivait que, bien que le terme n’est apparu qu’au XXe siècle dans la théologie chrétienne, la question de l’inculturation s’est en réalité posée tout au long de l’histoire de l’Eglise : « Dès ses origines, la foi chrétienne est toujours déjà incarnée dans une culture déterminée » analyse-t-il. Un décryptage à retrouver ici.

C.L. et C.H.(avec Vatican News et cath.ch)

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