Basilique de saint-Augustin à Annaba (crédit Brahim Djelloul Mustapha) © AED

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Algerie : Le « fils d’Augustin » à Annaba

Interview avec Mgr Guillaud, évêque de Constantine-Hippone

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Première publication le 25 février 2026 par l’AED

Du 13 au 15 avril 2026, l’Algérie accueillera pour la première fois un Pape sur son territoire. Léon XIV, augustinien, devrait se rendre à Alger et à Hippone – nom historique d’Annaba, sur les traces de St Augustin. Interview avec Mgr Guillaud, évêque de Constantine-Hippone.

AED : Comment les Algériens ont reçu l’annonce de la venue du pape Leon XIV ?
Mgr Michel Guillaud, évêque de Constantine-Hippone © AED

Mgr Michel Guillaud, évêque de Constantine-Hippone © AED

Mgr Guillaud : C’est d’abord une grande joie et un encouragement. Et même si l’Afrique du Nord a donné trois papes à l’Église ancienne – Victor, Miltiade et Gélase –c’est la première visite d’un pape en Algérie.

Pour nous chrétiens, c’est un peu démesuré par rapport à la modestie de notre Église, mais c’est une grande grâce. Il est déjà venu deux fois comme prieur de l’Ordre de St Augustin, notamment pour un colloque sur saint Augustin et lors de la restauration de la basilique. Cette fois, il viendra rencontrer le peuple algérien. C’est très beau.

Beaucoup de personnes me disent qu’elles attendent avec impatience cette venue. Dès son élection, quand le saint-père a dit être « fils d’Augustin », toute l’Algérie a frémi. Certains ont d’abord pensé à une filiation géographique, puis ont compris qu’il s’agissait d’une filiation spirituelle. Consacrer deux jours à l’Afrique du Nord, dans un pays très majoritairement musulman, est déjà un signe fort.

Il y a aussi le sentiment que le pape n’œuvre pas seulement pour les catholiques, mais qu’il est au service de l’humanité.

AED : Quelle place occupe aujourd’hui saint Augustin en Algérie ?

Mgr Guillaud : Après l’indépendance, Augustin n’était pas vraiment revendiqué mais les choses ont évolué surtout à partir du colloque de 2003, organisé par le Haut Conseil islamique en partenariat avec l’Université de Fribourg. Ce colloque, intitulé « Saint Augustin, son africanité et son universalité », a marqué un tournant. L’Algérie a alors reconnu Augustin comme l’un des siens. Puis d’autres colloques ont suivi, des publications ont été faites.

Aujourd’hui, des dizaines de milliers de visiteurs viennent chaque année à la basilique Saint-Augustin d’Annaba, dont 99 % sont musulmans. L’État a contribué à sa restauration. C’est un patrimoine commun.

Nous organisons chaque année des journées augustiniennes autour de sa date de naissance, le 13 novembre. Conférences, pièces de théâtre, interventions d’auteurs chrétiens et musulmans : nous cherchons à mieux le faire connaître.

AED : Comment a évolué le paysage chrétien depuis votre arrivée ?

Mgr Guillaud : Après l’indépendance, l’Église a été fortement réduite avec le départ des Européens. Les nationalisations, l’arabisation, puis les conflits des années 1990 ont accentué cette diminution.

Depuis les années 1980, une nouvelle réalité s’est imposée : l’arrivée d’étudiants subsahariens boursiers. Aujourd’hui, environ 80 % de nos fidèles sont des étudiants venus d’Afrique subsaharienne : Ouganda, Tanzanie, Zimbabwe, Mozambique, Angola…

Toutes ces nationalités représentent aussi un défi linguistique pour nous, mais nous sommes heureux d’être une Eglise jeune et dynamique.

AED : Aujourd’hui, comment se compose votre diocèse ?

Mgr Guillaud : Nous avons sept lieux d’Église dans l’est algérien, distants de plus de 100 kilomètres les uns des autres. Le diocèse couvre environ 110 000 km². Nous comptons une dizaine de prêtres et autant de religieuses, mais pas dans chaque lieu.

Cela nous oblige à redécouvrir qu’une communauté chrétienne naît d’abord de la présence de chrétiens. À Bejaïa, par exemple, le prêtre ne vient que deux fois par mois, mais les fidèles se réunissent chaque semaine pour partager les Écritures. Les étudiants parcourent parfois de longues distances. Ils restent le week-end, partagent les repas. L’Église devient alors un lieu de famille, fraternel et convivial.

AED : Comment pouvez-vous accueillir les demandes de conversions de locaux ?

Mgr Guillaud : Les autorités savent ce qui se passe et respectent la conscience de chacun, tant qu’il n’y a pas de prosélytisme. Lorsque nous avons des demandes, nous avançons avec discernement, sans précipitation, en veillant au bien des personnes et demandons un long cheminement avant un éventuel baptême. Les difficultés viennent souvent davantage de l’entourage familial que des autorités. Changer de tradition religieuse peut être douloureux dans une société attachée à son héritage.

AED : Quelles sont vos relations avec les protestants ?

Mgr Guillaud : Dans certaines de nos paroisses, les catholiques sont minoritaires. Il peut arriver que l’Eucharistie ne soit pas célébrée chaque semaine, mais que le temps soit consacré au partage biblique.

À Constantine, par exemple, nous avons une église méthodiste avec laquelle nous organisons des rencontres, notamment durant la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.  Tout cela favorise un œcuménisme concret, centré vers l’Essentiel.

Propos recueillis par Amélie Berthelin

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Rédaction Zenit

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