Le pape, né à Chicago mais profondément marqué par sa longue vie au Pérou, se prépare à entreprendre deux grands voyages pastoraux © Vatican Media

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Guadalupe, modèle d’inculturation de la foi

Léon XIV invite à annoncer le Christ en respectant les cultures, sans en diluer la vérité

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Dans un message adressé aux participants au Congrès théologico-pastoral sur l’événement de Guadalupe, au Mexique, le pape souligne que l’évangélisation authentique passe par une rencontre vivante avec Jésus au cœur des réalités culturelles des peuples.

Chers frères et sœurs,

Je vous salue cordialement et vous remercie pour votre travail de réflexion autour du signe d’inculturation parfaite que, en sainte Marie de Guadalupe, le Seigneur a voulu offrir à son peuple. En réfléchissant à l’inculturation de l’Évangile, il convient de reconnaître la manière dont Dieu lui-même s’est manifesté et nous a offert le salut.

Il a voulu se révéler non pas comme un être abstrait ni comme une vérité imposée de l’extérieur, mais en entrant progressivement dans l’histoire et en dialoguant avec la liberté de l’homme. « Après avoir, à maintes reprises et sous diverses formes, parlé autrefois à nos pères par les prophètes » (He 1,1), Dieu s’est pleinement révélé en Jésus-Christ, en qui non seulement il communique un message, mais il se communique lui-même ; c’est pourquoi, comme l’enseigne saint Jean de la Croix, après le Christ il ne reste plus d’autre parole à attendre, il n’y a plus rien à dire, car tout a été dit en lui (cf. Montée du Carmel, II, 22, 3-5). Évangéliser consiste avant tout à rendre Jésus-Christ présent et accessible. Toute action de l’Église doit chercher à introduire l’être humain dans une relation vivante avec lui, qui éclaire l’existence, interpelle la liberté et ouvre à un chemin de conversion, disposant à accueillir le don de la foi comme réponse à l’Amour qui donne sens et soutient la vie dans toutes ses dimensions.

Cependant, l’annonce de la Bonne Nouvelle se réalise toujours dans une expérience concrète. En tenir compte, c’est reconnaître et imiter la logique du mystère de l’Incarnation, par lequel le Christ « s’est fait chair et a habité parmi nous » (Jn 1,14), assumant notre condition humaine avec tout ce qu’elle comporte dans sa configuration temporelle. Il s’ensuit qu’on ne peut ignorer la réalité culturelle de ceux qui reçoivent l’annonce et que l’inculturation n’est pas une concession secondaire ni une simple stratégie pastorale, mais une exigence intrinsèque de la mission de l’Église. Comme l’a souligné saint Paul VI, l’Évangile — et, par conséquent, l’évangélisation — ne s’identifie à aucune culture particulière, mais il est capable de les imprégner toutes sans se soumettre à aucune (Evangelii nuntiandi, 20).

Inculturer l’Évangile, dans cette perspective, signifie suivre le même chemin que Dieu a parcouru : entrer avec respect et amour dans l’histoire concrète des peuples afin que le Christ puisse être véritablement connu, aimé et accueilli à partir de leur propre expérience humaine et culturelle. Cela implique d’assumer les langues, les symboles, les manières de penser, de sentir et de s’exprimer de chaque peuple, non seulement comme des véhicules extérieurs de l’annonce, mais comme des lieux réels où la grâce désire habiter et agir.

Toutefois, il est nécessaire de préciser que l’inculturation n’équivaut pas à une sacralisation des cultures ni à leur adoption comme cadre interprétatif décisif du message évangélique, pas plus qu’elle ne peut se réduire à un accommodement relativiste ou à une adaptation superficielle du message chrétien. Aucune culture, aussi précieuse soit-elle, ne peut s’identifier purement et simplement à la Révélation ni devenir le critère ultime de la foi. Légitimer tout ce qui est culturellement donné ou justifier des pratiques, des visions du monde ou des structures qui contredisent l’Évangile et la dignité de la personne reviendrait à méconnaître que toute culture — comme toute réalité humaine — doit être éclairée et transformée par la grâce qui jaillit du mystère pascal du Christ.

L’inculturation est plutôt un processus exigeant et purificateur par lequel l’Évangile, demeurant intact dans sa vérité, reconnaît, discerne et assume les semina Verbi présents dans les cultures, tout en purifiant et en élevant leurs valeurs authentiques, en les libérant de ce qui les obscurcit ou les défigure. Ces semences du Verbe, comme traces de l’action préalable de l’Esprit, trouvent en Jésus-Christ leur critère d’authenticité et leur plénitude.

Dans cette perspective, sainte Marie de Guadalupe est une leçon de la pédagogie divine sur l’inculturation de la vérité salvifique. En elle, une culture n’est pas canonisée ni ses catégories absolutisées, mais elles ne sont pas non plus ignorées ou méprisées : elles sont assumées, purifiées et transfigurées pour devenir un lieu de rencontre avec le Christ. La Morenita manifeste la manière dont Dieu s’approche de son peuple : respectueux dans son point de départ, intelligible dans son langage, ferme et délicat dans sa conduite vers la rencontre avec la Vérité pleine, avec le Fruit béni de son sein. Sur la tilma, parmi des roses peintes, la Bonne Nouvelle entre dans l’univers symbolique d’un peuple et rend visible sa proximité, offrant sa nouveauté sans violence ni contrainte. Ainsi, ce qui s’est produit au Tepeyac ne se présente ni comme une théorie ni comme une tactique, mais comme un critère permanent pour le discernement de la mission évangélisatrice de l’Église, appelée à annoncer le Vrai Dieu par qui l’on vit sans l’imposer, mais aussi sans diluer la nouveauté radicale de sa présence salvifique.

Aujourd’hui, dans de nombreuses régions du continent américain et du monde, la transmission de la foi ne peut plus être présumée, en particulier dans les grands centres urbains et dans des sociétés plurielles, marquées par des visions de l’homme et de la vie qui tendent à reléguer Dieu dans la sphère privée ou à s’en passer. Dans ce contexte, renforcer les processus pastoraux exige une inculturation capable de dialoguer avec ces réalités culturelles et anthropologiques complexes, sans les assumer de manière acritiques, afin de susciter une foi adulte et mûre, soutenue dans des contextes exigeants et souvent adverses. Cela implique de concevoir la transmission de la foi non comme une répétition fragmentaire de contenus ni comme une préparation purement fonctionnelle aux sacrements, mais comme un véritable chemin de disciple, dans lequel la relation vivante avec le Christ forme des croyants capables de discerner, de rendre raison de leur espérance et de vivre l’Évangile avec liberté et cohérence.

C’est pourquoi la catéchèse devient une priorité incontournable pour tous les pasteurs (cf. CELAM, Document d’Aparecida, 295-300). Elle est appelée à occuper une place centrale dans l’action de l’Église, à accompagner de manière continue et profonde le processus de maturation qui conduit à une foi réellement comprise, assumée et vécue de façon personnelle et consciente, même lorsque cela suppose d’aller à contre-courant des discours culturels dominants.

Dans ce Congrès, vous avez voulu redécouvrir et comprendre comment diffuser de manière adéquate le contenu théologique de l’événement guadalupéen et, par conséquent, de l’Évangile lui-même. Que l’exemple et l’intercession de tant de saints évangélisateurs et pasteurs qui ont affronté ce même défi en leur temps — Toribio de Mogrovejo, Junípero Serra, Sebastián de Aparicio, Mamá Antula, José de Anchieta, Juan de Palafox, Pedro de San José de Betancur, Roque González, Mariana de Jesús, Francisco Solano, parmi tant d’autres — vous accordent lumière et force pour poursuivre l’annonce aujourd’hui. Et que sainte Marie de Guadalupe, Étoile de la Nouvelle Évangélisation, accompagne et inspire chaque initiative en vue des 500 ans de son apparition. De tout cœur, je vous impartis la Bénédiction.

Vatican, 5 février 2026. Mémoire de saint Philippe de Jésus, protomartyr mexicain.

LÉON PP. XIV

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Pape Léon XIV

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