Première publication le 27 janvier 2026 par l’AED
Accusées de blasphème depuis 2021, deux infirmières chrétiennes pakistanaises ont été acquittées par un tribunal de première instance, mettant fin à plus de quatre ans de procédures et de menaces. Une décision rare au Pakistan, où les affaires de blasphème sont généralement renvoyées devant les juridictions supérieures sous la pression des milieux extrémistes.
Deux infirmières chrétiennes au Pakistan ont été acquittées de blasphème dans une décision judiciaire historique qui met fin à plus de quatre ans et demi d’épreuves. La défense juridique de Mariam Lal et Newosh Arooj a été assurée par la Commission nationale (catholique) Justice et Paix (NCJP), soutenue par l’Aide à l’Église en Détresse (AED).
En avril 2021, Mariam, alors âgée de 52 ans, et Newosh, 19 ans, ont été accusées par un médecin senior de l’hôpital civil de Faisalabad d’avoir « profané » un autocollant comportant une inscription islamique collé sur une armoire. À mesure que la nouvelle des accusations se répandait, les deux infirmières ont échappé de justesse à un lynchage par une foule en colère, avant d’être inculpées pour blasphème en vertu de l’article 295-B du Code pénal pakistanais, qui prévoit la réclusion à perpétuité pour toute atteinte au texte du Coran. Les deux femmes ont été arrêtées et détenues pendant cinq mois par les autorités pakistanaises.
Un verdict à contre-courant
Sous la menace de mort, Mariam et Newosh ont été autorisées à ne pas comparaître publiquement devant le tribunal afin d’assurer leur sécurité. Tout au long du procès, elles et leur équipe juridique ont subi des menaces de la part d’extrémistes, et les deux infirmières n’ont pas pu travailler. L’affaire a finalement été tranchée en novembre, lorsque le juge de district les a toutes deux acquittées de blasphème, estimant que le plaignant n’avait pas été en mesure d’étayer ses accusations.
Le délai pour faire appel de la décision est désormais expiré et, compte tenu de l’intérêt de longue date de l’AED pour cette affaire, la NCJP (Faisalabad) a autorisé l’organisation à annoncer publiquement la nouvelle de l’acquittement. Une délégation de l’AED avait rencontré les deux infirmières en secret lors d’une visite au Pakistan en 2023.
L’issue de ce procès marque une rupture significative avec la pratique habituelle consistant à renvoyer les affaires de blasphème devant les juridictions supérieures, en raison des pressions exercées sur le pouvoir judiciaire par des agitateurs extrémistes au Pakistan.
Le directeur de la NCJP (Faisalabad), le père Khalid Rashid Ali, a déclaré à l’AED que « cette affaire représente une évolution nouvelle et importante, car le tribunal de première instance a lui-même rejeté les accusations sur la base des preuves. Au Pakistan, les tribunaux de première instance hésitent souvent à acquitter dans les affaires de blasphème en raison de la pression sociale et des risques sécuritaires, et préfèrent donc renvoyer la décision aux juridictions supérieures ». « La décision indépendante et courageuse d’un tribunal de district dans cette affaire constitue une évolution positive et rare de la pratique judiciaire », a-t-il ajouté.
Le père Rashid Asi a expliqué le poids immense que cette affaire a fait peser sur les deux femmes, précisant que leurs familles sont « soulagées et reconnaissantes pour l’acquittement », tout en se sentant toujours sous pression. « Notre combat se poursuit désormais pour assurer un avenir sûr, la réhabilitation et la réintégration digne des infirmières, car la justice ne s’arrête pas à l’acquittement : elle n’est pleinement accomplie que lorsque la vie peut être reconstruite dans la dignité », a-t-il souligné.
Le père Rashid Asi a tenu à saluer tout particulièrement l’évêque Indrias Rehmat de Faisalabad, qui a défendu la cause des infirmières, ainsi que les avocats Sanaullah Baig et Shahid Anwar, qui, selon lui, « ont fait face à de graves menaces de la part d’individus extrémistes opposés à la défense des accusées ».
Le père Rashid Asi a également remercié l’AED pour son soutien : « Je suis profondément reconnaissant envers l’Aide à l’Église en Détresse pour avoir traité cette affaire non seulement comme une question juridique, mais comme un enjeu de dignité humaine, de conscience et de foi. Leurs prières, leur aide financière et leur solidarité internationale ont non seulement soutenu les deux infirmières, mais nous ont aussi rappelé que l’Église et la communauté internationale ne restent pas silencieuses en temps de souffrance. »
Elliott Banks
