Dominique de Monléon-Cabaret et Claire Lesegretain © capture de Zenit / Kto.tv

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«Les paradoxes du célibat : perspectives et enjeux pour la société et l’Eglise»

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«Un phénomène sociétal en plein développement»

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Le célibat, sous le sceau du baptême, fécond en fraternité et en amitié: c’est ce qu’a mis en évidence le nouveau colloque  «Célibataires en Église» organisé au Collège des Bernardins le 9 octobre dernier sur le thème: «Les paradoxes du célibat : perspectives et enjeux pour la société et l’Eglise.»

Pour contribuer à ce que le célibat ne soit pas un «angle mort de l’éclairage ecclésial».

La page Facebook de «Célibataires en Eglise» évoque «un séminaire de recherche sur ce phénomène sociétal en plein développement»: «Après avoir travaillé ces derniers mois de façon interdisciplinaires (aspects historiques, sociologiques, théologiques, anthropologiques, spirituels, pastoraux…)», les participants se sont «retrouvés pour élargir les réflexions et les ouvrir au plus grand nombre. Un désir : valoriser les personnes, prendre en compte, écouter.»

Dominique de Monléon-Cabaret et Claire Lesegretain, du comité de pilotage de « Célibataires en Église » en disent plus aux lecteurs de Zenit. Pas seulement aux célibataires…

AB

Un nouveau colloque deux ans après le premier, avec quel objectif ?

Quand «Célibataires en Église» a été lancé en octobre 2017, d’emblée nous savions que nous avions beaucoup de travail devant nous, ce sujet du célibat non choisi non consacré ayant été très peu exploré.

Entre février 2019 (date de notre premier colloque) et octobre 2021, nous avons vécu un séminaire de recherche, à raison de 9 demi-journées de réflexion (avec démographes, sociologues, historiens, psychanalystes, philosophes, théologiens…) en présence d’une trentaine de personnes, célibataires ou non. Ce nouveau colloque du 9 octobre dernier se voulait donc d’abord un colloque conclusif.

Mais celui-ci se voulait aussi comme un point de départ, afin que d’autres (mouvements d’Église, diocèses, paroisses, groupes divers de célibataires, etc.) s’emparent de nos travaux pour élaborer des approches pastorales. Nous pourrions considérer notre objectif atteint si ce séminaire et ces deux colloques pouvaient donner des points d’appui aux prêtres et laïcs en responsabilité sensibilisés à la question des célibataires.

Quels sont les points saillants de la réflexion théologique et pastorale?

Il nous semble que trois points essentiels peuvent être dégagés de nos trois années de travail : 1°) le célibat signe de la vocation baptismale de tous ; 2°) le célibat signe de la fraternité universelle ; 3°) le célibat espace privilégié pour l’amitié.

En ce qui concerne la vocation baptismale, nous avons bénéficié de l’apport essentiel des théologiens Christoph Theobald, jésuite, et Jean-Marie Gueullette, dominicain. Sur ce sujet, les approches ignatienne et dominicaine s’accordent, ce qui n’est pas si fréquent ! Pour ces deux théologiens, ce qui est premier c’est de vivre avec et pour Dieu, la question de l’état de vie étant relative et secondaire. Les célibataires, qui n’ont reçu ni le sacrement du mariage ni le sacrement de l’ordre, mettent particulièrement en lumière l’appel fondamenta à vivre sa vocation baptismale. Selon le père Theobald, «les célibataires rappellent de façon prophétique dans l’Église que nous sommes tous égaux par le baptême«.

A propos de la fraternité, le père Jacques de Longeaux a souligné que les célibataires sont porteurs et gardiens sur terre de la fraternité qui se déploiera au ciel. «Ils ne vivent pas un amour d’élection mais de réception ouvert à tous ceux que le Seigneur leur donne«, a-t-il affirmé. De fait, les personnes célibataires ont souvent le souci du lien. A ce propos, nous avons travaillé Fratelli tuti (chap. 63 à 71) en considérant que le célibataire, comme le Bon Samaritain de l’Évangile (Lc 10,29-37), vit une forme de pauvreté sociale qui lui donne une disponibilité et une connivence avec celui qui souffre.

Enfin, à propos de l’amitié, le philosophe Jean-François Petit, partant de l’amitié vécue entre saint Augustin et Alypius, a insisté sur les critères d’une véritable amitié (réciprocité, chasteté, recherche désintéressée de ce qui est bon pour l’autre…) dont tant de célibataires font l’expérience. Jean-Marie Gueullette a d’ailleurs rappelé que «les célibataire ont de vrais amis et permettent, en ce sens, à notre société du tout sexuel de respirer«.

Quelle place pour les célibataires dans le processus synodal ?

Nos travaux n’ont pas réfléchi directement à cette question mais il est évident que tout ce que nous avons approfondi pendant ces trois années pourrait être repris afin de souligner la place unique de chacun dans le processus synodal, quel que soit son état de vie, son âge, son rang… Dans le message que le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, a adressé aux intervenants et participants du colloque conclusif du 9 octobre, il est dit : » le Saint Père souhaite que cette rencontre, réunissant célibataires et acteurs ecclésiaux, puisse inciter à une meilleure prise de conscience du don précieux que chacun constitue pour l’édification de l’Église«.

De même, Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg et mobilisé depuis longtemps pour les célibataires en tant que fondateur de «Notre Dame de l’Écoute», a partagé le fruit de son expérience «d’accompagnement de nombreuses personnes célibataires. Connaître leur diversité fut ma récompense, un enrichissement humain majeur dans ma propre maturation humaine et dans ma croissance spirituelle

Quant à Mgr Bruno Feillet, président du Conseil Famille et Société de la Conférence des évêques de France (CEF), que nous avions sollicité pour un message final d’envoi, il a considéré que les célibataires sont «un témoignage de courage et de dignité«. «Vivre un célibat chrétien c’est bien plus qu’un manque subi passivement, c’est un choix de préférence, par rapport à une vie de couple mal assortie ou une vie consacrée qui ne conviendrait pas.» Selon lui, ce temps «éprouvant» du célibat «porte du fruit».

Un bilan du colloque ?

Nous aimerions souligner l’ambiance particulièrement fraternelle et joyeuse de ce deuxième colloque. Déjà en février 2019, bon nombre des participants avaient apprécié le ton à la fois profond et simple de l’ensemble des interventions. Cette fois-ci, le fait de déjeuner ensemble a permis à tous, quel que soit leur état de vie, d’échanger librement, en vérité et en profondeur. Comme nous l’a fait remarquer l’un des participants : «L’Église est belle lorsqu’elle est fraternelle !» Une manière de confirmer l’apport des célibataires à la fraternité universelle.

Voici le lien pour regarder l’enregistrement vidéo de la table-ronde du matin du 9 octobre.

https://www.collegedesbernardins.fr/content/les-paradoxes-du-celibat

Voici également le lien pour regarder l’émission de Régis Burnet, «La foi prise au mot» du 11 octobre 2020 avec Claire Lesegretain et Dominique de Monléon-Cabaret.

https://www.ktotv.com/video/00332114/le-celibat

 

Propos recueillis par A. Bourdin

 

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Anita Bourdin

Journaliste française accréditée près le Saint-Siège depuis 1995. Rédactrice en chef de fr.zenit.org. Elle a lancé le service français Zenit en janvier 1999. Master en journalisme (Bruxelles). Maîtrise en lettres classiques (Paris). Habilitation au doctorat en théologie biblique (Rome). Correspondante à Rome de Radio Espérance.

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