Bernice Albertine King © Vatican Media

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«La non-violence ou la non-existence, il faut choisir», affirme Bernice King

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Interview de la fille de Martin Luther King

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«Aujourd’hui il faut choisir entre non-violence et non-existence» : au lendemain du «Juneteenth», la Journée de la liberté célébrée par les Afro-Américains aux Etats-Unis (19 juin), Bernice Albertine King cite son père, Martin Luther King, pour les médias du Vatican. Elle souligne l’harmonie entre ce dernier et le pape François.

Pour la commémoration de la fin de l’esclavage, au terme de la guerre de Sécession, elle s’est prêtée à un entretien mené par Alessandro Gisotti – ancien directeur du Bureau de presse du Saint-Siège.

Elle évoque le racisme dans le contexte de l’assassinat de George Floyd par un policier, le 25 mai dernier : «Plus nous voulons voir, et plus nous voulons apporter des changements, plus la nature destructrice et déshumanisante du racisme apparaîtra de façon évidente. Je crois que la première étape pour la vaincre est de refuser de fermer les yeux, et plutôt de rassembler des informations sur le sujet et de connaître les racines, les causes et les manifestations du racisme. L’information et l’éducation sont la première et la deuxième étape du changement social non-violent.»

Que ferait Martin Luther King aujourd’hui ? «Je crois, répond-elle, que mon père serait guidé par sa philosophie de la non-violence, qui était en accord avec sa suite du Christ. Je pense qu’il nous rappellerait comment nous en sommes arrivés là, l’histoire de la violence, du racisme et de l’injustice… Ensuite, il approcherait les jeunes pour soutenir leur engagement à protester, avec des stratégies qui soutiennent l’organisation et la mobilisation pour promouvoir un changement social durable et non-violent. Puis il demanderait aux «influenceurs» de la politique, de l’art, des médias, du divertissement, de la justice pénale, des soins de santé et de l’éducation de garantir l’égalité et la justice entre les races. Il demanderait également aux Églises de conformer leurs professions de foi à des œuvres qui créent des circonstances justes et égales pour les personnes noires, pour les communautés économiquement marginalisées, non seulement aux États-Unis mais dans le monde entier. Et encore, comme il l’a fait tant de fois, il répéterait qu’on ne peut pas guérir la violence par la violence, parce que c’est – comme il l’a dit – une spirale qui nous entraîne vers le bas.»

La non-violence, insiste-t-elle, «est stratégique, courageuse, centrée sur l’amour et organisée». Elle permet «de construire la Communauté de l’Amour, et cela inclut l’éradication de ce qu’il a appelé le ‘Triple Mal’, à savoir le racisme, la pauvreté et le militarisme». «Nous avons la capacité et l’énorme passion pour le faire», affirme-t-elle encore.

Bernice Albertine souligne l’harmonie entre la pensée du pape – qu’elle a rencontré à deux reprises au Vatican en 2018 – et celle de son père : «la violence ne mène qu’à l’autodestruction». Et de citer son père dans son dernier discours – «Je suis monté au sommet de la montagne» – prononcé la nuit précédant son assassinat : «Il ne s’agit plus de choisir entre la violence et la non-violence dans notre monde ; il s’agit maintenant de choisir entre la non-violence et la non-existence.» Nous en sommes toujours au même point aujourd’hui, note-t-elle. Nous sommes confrontés au choix entre le chaos et la communauté.»

Pour la Militante passionnée des droits de l’homme, «la réalisation d’une ‘révolution de la tendresse’, comme l’appelle le pape François, ou d’une ‘révolution des valeurs’, comme le disait mon père», dépend d’une «prise de conscience» : «Nous devons apprendre à mieux nous connaître, à nous connaître les uns les autres, à connaître les conditions de l’humanité, à apprendre comment – pour reprendre les mots de mon père – «vivre ensemble comme des frères et des sœurs» et ne pas mourir ensemble comme des fous; et à apprendre comment s’efforcer de détruire l’injustice et l’inhumanité sans se détruire mutuellement.»

L’objectif ultime ? «Construire la Communauté de l’amour, qui n’est pas une utopie». «Comme le disait ma mère, Coretta Scott King, confie Bernice King, la Communauté de l’amour est une vision réaliste d’une société qui peut être construite, d’une société où les problèmes et les conflits existent mais peuvent être résolus pacifiquement et sans rancœur. Dans la Communauté de l’amour, l’attention et la compassion guident les initiatives politiques qui soutiennent l’éradication mondiale de la pauvreté et de la faim, ainsi que de toutes les formes de préjugés et de violence.»

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Anne Kurian-Montabone

Baccalauréat canonique de théologie. Pigiste pour divers journaux de la presse chrétienne et auteur de cinq romans (éd. Quasar et Salvator). Journaliste à Zenit depuis octobre 2011.

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