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Pope Francis and Eugenio Bernardini

PHOTO.VA - OSSERVATORE ROMANO

Vaudois : l’unité n’est pas uniformité, fait observer le pape

Le pape François indique un chemin vers l’unité: évangéliser et prendre soin ensemble de l’humanité souffrante. Il demande pardon pour les souffrances infligées par le passé par des catholiques à des vaudois: il lève ainsi un obstacle sur le chemin de l’unité. Traduction intégrale de l’allocution au temple vaudois de Turin.

La demande de pardon du pape François à l’Eglise vaudoise a été l’événement de ce lundi matin, 22 juin, à Turin: c’était la première fois qu’un pape entrait dans un temple vaudois, sous le signe de la “fraternité qui unit tous ceux qui croient en Jésus-Christ”.

Dans son discours le pape a posé les jalons de la marche des chrétiens vers l’unité qui ne signifie pas, a-t-il fait observer, « l’uniformité », prenant la comparaison des frères d’une même famille.

Voici notre traduction intégrale des paroles du pape François qui dépassent par leur portée le simple cadre d’un déplacement en Italie.

Discours du pape François

Chers frères et sœurs,

C’est une grande joie de me trouver aujourd’hui parmi vous. Je vous salue tous avec les paroles de l’apôtre Paul : « A vous qui êtes de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ, nous souhaitons grâce et paix » (1 Thess 1,1 – Traduction italienne interconfessionnelle en langue courante). Je salue en particulier le modérateur de la Tavola Valdese, le révérend pasteur Eugenio Bernardini, et le pasteur de cette communauté de Turin, le révérend Paolo Ribet, que je remercie sincèrement de leur si aimable invitation. L’accueil cordial que vous me réservez aujourd’hui me fait penser aux rencontres avec les amis de l’Eglise évangélique vaudoise de Rio de la Plata (Uruguay, ndlr), dont j’ai pu apprécier la spiritualité et la foi et apprendre tant de bonnes choses.

 

L’un des principaux fruits que le mouvement oecuménique a déjà permis de recueillir ces dernières années, est la redécouverte de la fraternité qui unit tous ceux qui croient en Jésus-Christ et qui sont baptisés dans son nom. Ce lien n’est pas fondé sur des critères simplement humains, mais sur le partage radical de l’expérience fondatrice de la vie chrétienne : la rencontre de l’amour de Dieu qui se révèle en Jésus-Christ et l’action transformatrice de l’Esprit Saint qui nous assiste sur le chemin de la vie.

La redécouverte de cette fraternité nous permet de saisir le lien profond qui nous unité déjà malgré nos différences. Il s’agit d’une communion encore en chemin – et l’unité se fait en chemin – une communion dont – par la prière, par la conversion personnelle et communautaire permanentes, et avec l’aide des théologiens -, nous espérons, confiants dans l’action de l’Esprit Saint, qu’elle puisse devenir une communion pleine et visible dans la vérité et dans la charité.

L’unité qui est le fruit de l’Esprit Saint ne signifie pas l’uniformité.

Les frères ont en effet en commun une même origine, mais ils ne sont pas identiques. C’est bien clair dans le Nouveau Testament où, bien que soient appelés « frères » tous ceux qui partageaient la même foi en Jésus-Christ, on perçoit que les communautés chrétiennes dont ils faisaient partie n’avaient pas toutes le même style, ni la même organisation interne. Et même, à l’intérieur d’une même petite communauté, des charismes différents pouvaient jaillir (cf. 1 Co 12-14) et il y avait même des différences dans la façon d’annoncer l’Evangile, parfois des divergences (cf. Ac 15,36-40). Il est hélas arrivé – et il arrive encore – que des frères n’acceptent pas leurs différences, et finissent par se faire la guerre. En réfléchissant à l’histoire de nos relations, nous ne pouvons que nous attrister devant les différends et les violences commises au nom de la foi et je demande au Seigneur qu’il nous donne la grâce de nous reconnaître tous pécheurs et de savoir nous pardonner les uns les autres. C’est à l’initiative de Dieu qui ne se résigne jamais devant le péché de l’homme que s’ouvrent de nouvelles voies pour vivre notre fraternité et nous ne pouvons pas nous y soustraire.

De la part de l’Eglise catholique, je vous demande pardon. Je vous demande pardon pour les attitudes et pour les comportements non-chrétiens, et même non-humains, qu’au cours de l’histoire nous avons eus à votre encontre. Au nom du Seigneur Jésus Christ, pardonnez-nous!

C’est pourquoi nous sommes profondément reconnaissants au Seigneur de constater que les relations entre catholiques et vaudois sont aujourd’hui toujours plus fondées sur le respect mutuel et sur la charité fraternelle. De nombreuses occasions ont contribué à rendre ces rapports plus solides. Je pense, pour n’en citer que quelques exemples – le révérend Bernardini l’a également fait – à la collaboration pour la publication en italien d’une traduction interconfessionnelle de la Bible, aux accords pastoraux pour la célébration du mariage et plus récemment à la rédaction d’un appel commun contre la violence faite aux femmes.

Parmi de nombreux contacts cordiaux dans différents contextes locaux, où l’on partage la prière et l’étude des Ecritures, je voudrais rappeler l’échange oecuménique de dons accompli à l’occasion de Pâques à Pinerolo, par l’Eglise vaudoise de Pinerolo et par le diocèse. L’Eglise vaudoise a offert aux catholiques le vin de la célébration de la Veillée pascale et le diocèse catholique a offert à ses frères vaudois le pain de la Sainte Cène du dimanche de Pâques. C’est, entre les deux Eglises, un geste qui dépasse de beaucoup la simple courtoisie et qui d’une certaine façon fait goûter à l’avance  – goûter à l’avance d’une certaine façon – cette unité de la table eucharistique à laquelle nous aspirons.

Encouragés par ces pas, nous sommes appelés à continuer à marcher ensemble. Un domaine dans lequel s’ouvrent d’amples possibilités de collaboration entre vaudois et catholiques est l’évangélisation.

Conscients que le Seigneur nous a précédés et nous précède toujours dans l’amour (cf. 1 Jn 4,10), allons ensemble à la rencontre des hommes et des femmes d’aujourd’hui, qui semblent parfois si distraits et si indifférents, pour leur transmettre le cœur de l’Evangile, c’est-à-dire « la beauté de l’amour salvifique de Dieu manifesté en Jésus-Christ mort et ressuscité » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, 36). Un autre domaine où nous pouvons travailler toujours plus unis est celui du service de l’humanité souffrante, des pauvres, des malades, des migrants. Merci de ce que vous avez dit sur les migrants.

De l’œuvre libératrice de la grâce en chacun de nous découle l’exigence de témoigner du visage miséricordieux de Dieu qui prend soin de tous, et, en particulier, de qui se trouve dans le besoin. Le choix des pauvres, des laissés-pour-compte, de ceux que la société exclut, nous rapproche du cœur de Dieu, qui s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté (cf. 2 Co 8,9), et, par conséquent, nous rapproche davantage les uns des autres.

Que les différences sur des questions anthropologiques et éthiques importantes qui continuent d’exister entre catholiques et vaudois, ne nous empêchent pas de trouver des formes de collaboration dans ces domaines et dans d’autres. Si nous marchons ensemble, le Seigneur nous aide à vivre cette communion qui est antérieure à toute opposition.

Chers frères et sœurs, je vous remercie de nouveau de cette rencontre, dont je voudrais qu’elle confirme une façon nouvelle d’être les uns avec les autres : en regardant avant tout la grandeur de notre foi commune et de notre vie dans le Christ et dans l’Esprit Saint, et seulement après, les divergences qui subsistent encore.

Je vous assure de mon souvenir dans la prière et je vous demande, je vous en prie, de prier pour moi : j’en ai besoin. Que le Seigneur nous accorde à tous sa miséricorde et sa paix.

© Traduction de Zenit, Anita Bourdin 

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