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Brunor © Courtoisie de Brunor

Un conflit d’interprétation, par Brunor

« Les Indices pensables »… Episode 69

Résumé : Depuis quelques semaines, nous mesurons à quel point deux interprétations du péché originel s’opposent. Pour le « clan janséniste », la raison est « détruite par ce péché », tandis qu’au contraire, l’Église affirme la dignité de « la raison humaine, capable de connaître Dieu à partir des choses créées. (1) »

Comment se fait-il que la même expression « péché originel » soit ainsi employée avec deux définitions aussi contradictoires ? N’y aurait-il pas là un risque de malentendu, puisque les mêmes mots désignent des réalités si opposées ? Penchons-nous sur ces définitions, afin de bien mesurer le problème avant d’en chercher les causes…

Pour le clan janséniste, il s’agit d’une faute historique dont la gravité extrême dépasse l’entendement : « Par la chute d’Adam, la nature et l’essence de l’homme sont totalement corrompues. C’est là un dommage dont la gravité ne peut ni être exprimée par des mots, ni appréciée par la raison : elle ne peut être reconnue qu’au moyen de la Parole de Dieu. (2) »

Puisque c’est ainsi, étudions la Parole de Dieu, étant donné que cette nouvelle citation s’en réclame. Mais précisément, en effectuant une recherche, en scrutant la Parole de Dieu dans tout le Nouveau Testament et dans toute la Bible, l’Église n’a trouvé nulle part un tel événement qui dépasserait à ce point la raison. Il semblerait que cette « corruption » ne se trouve pas dans la Parole de Dieu. Certes, il y a bien ce fameux récit où il est question d’Adam et Eve, mais nulle part il n’est enseigné que « ce péché d’origine est le foyer même du mal, la loi charnelle, la loi de nos membres, la maladie de nature, le tyran, le mal d’origine… Telle est donc cette hydre, ce monstre tenace contre lequel nous combattons… Tel est ce cerbère aux aboiements inapaisables » (3).

Si des lecteurs réussissent à voir une telle catastrophe dans le texte de la Genèse, sans doute est-ce le fait de leur libre interprétation. Mais l’Église s’est formellement opposée à ce discours. Pour elle, le péché originel n’est pas cette destruction de la nature humaine, c’est autre chose. La dignité de la raison humaine est sauvegardée. Nous essaierons de comprendre comment l’Église interprète ce récit de Genèse et ce que signifie pour elle l’expression “péché originel”, car il est évident que si elle avait admis la définition du clan janséniste, elle ne serait pas entrée en conflit avec lui et avec sa doctrine aussi pessimiste, et elle aurait elle-même enseigné que ce péché est « la corruption totale de la nature et de l’essence de l’homme… ». Mais au contraire, en s’opposant clairement au jansénisme, l’Église nous dit déjà ce que n’est pas ce péché, à ses yeux (4).

Nous retrouvons dans ce débat une de ces situations rencontrées constamment au long de notre enquête des « Indices pensables » : le conflit d’interprétation. C’est un désaccord profond entre deux paradigmes, c’est-à-dire deux représentations du Monde qui touchent non seulement la question : qu’est-ce que l’être humain ? mais aussi : qu’est-ce que le cosmos matériel lui-même et tout ce qu’il contient ? Et enfin : que sont les êtres vivants ?

Trois grandes questions, concernant le domaine physique qu’étudient les sciences expérimentales, et pour lesquelles nous commençons à avoir beaucoup de réponses en apprenant à lire le grand Livre de la Création dont parlait saint Augustin. Mais les sciences sont incapables de répondre à la quatrième question qui est du domaine métaphysique : Y a-t-il un Créateur, plusieurs ou pas du tout (5) ? C’est pourquoi nous ne confondrons jamais ces domaines : physique et métaphysique. Nous avons vu que cette confusion est le lieu des impostures.

Il y a donc un désaccord profond entre deux façons de comprendre le Monde, avec la même expression “péché originel”, que les uns et les autres ont interprétée de façons radicalement différentes au point d’exprimer des manières de comprendre le cosmos, les êtres vivants et l’être humain, tout à fait contradictoires. Or depuis le début de notre enquête, nous constatons qu’il est devenu possible, en étudiant la Création, de faire la part du vrai et du faux dans les différentes manières de comprendre le Monde. Nous allons donc pouvoir appliquer cette méthode dans ce présent conflit d’interprétation, puisque nous avons, de nos jours, beaucoup plus d’éléments qu’au XVIIe siècle pour étudier ces questions concrètes qui sont devenues vérifiables… Nous verrons si l’un de ces deux paradigmes opposés, reste compatible avec le réel.

(A suivre…)(6)

Brunor

 

  1. Concile Vatican I, Constitution dogmatique de la foi catholique, chapitre II.
  2. La Formule de Concorde, Les Livres symboliques, trad. fr. A. Jundt, p. 8.
  3. Luther, Ed. Ficker, I, 2, p. 1.
  4. Voir les chroniques 67 et 68.
  5. Car aucune science ne peut déclarer « Dieu existe », les sciences étant par définition incompétentes dans ce domaine. De même, aucune science ne peut déclarer « Dieu n’existe pas », pour la même raison d’incompétence. Car Dieu n’appartient pas au domaine physique qu’étudient le sciences.
  6. Ce qui, de nos jours, ne nous empêche aucunement de partager avec des frères luthériens des actions œcuméniques, comme à Taizé ou au festival BD d’Angoulême où nous fêterons fin janvier 2016 une dynamique chrétienne depuis 30 ans !

 

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