Réchauffer les coeurs, mode d’emploi

Le pape François explique Aparecida aux évêques brésiliens

« Sommes-nous encore une Église capable de réchauffer les cœurs ? » a demandé le pape aux évêques du Brésil auxquels il a en quelque sorte fait une exégèse du Document d’Aparecida, samedi 28 juillet à Rio de Janeiro (cf. Zenit du 28 juillet 2013 pour le texte intégral: http://www.zenit.org/fr/articles/vademecum-pour-mettre-en-pratique-aparecida).

Dernier rendez-vous du pape avant la veillée avec les jeunes : la rencontre et le déjeuner, à l’archevêché de Rio de Janeiro, avec la présidence de la Conférence nationale des évêques du Brésil, qui compte 275 circonscriptions ecclésiastiques, et avec les cardinaux et les évêques brésiliens.

Nous revenons sur ce discours qui donne des clefs du pontificat, ainsi que celui aux évêques d’Amérique latine, le 28 juillet, également très structuré (cf. Zenit du 28 juillet 2013: http://www.zenit.org/fr/articles/les-tentations-auxquelles-les-eveques-doivent-resister).

La force de l’Église « ne réside pas en elle-même » mais « elle se cache dans les eaux profondes de Dieu, dans lesquelles elle est appelée à jeter les filets », a déclaré le pape à partir de l’histoire de la Vierge d’Aparecida.

Les pêcheurs d’Aparecida

À l’origine de l’histoire d’Aparecida se trouvent trois pauvres pêcheurs qui jettent leurs filets mais sans réussir à prendre quoi que ce soit, jusqu’à ce qu’ils pêchent une statuette en céramique, d’abord le corps puis la tête : c’est une représentation de Notre Dame de la Conception. Ce n’est qu’à partir de là qu’ils réussissent à prendre une grande quantité de poissons. Le pape François fait allusion à cette histoire pour souligner le fait que Dieu s’est manifesté par surprise. Les pêcheurs, pour leur part, ne méprisent pas le mystère qu’ils ont découvert dans le fleuve.

« Il y a une sagesse que nous devons apprendre. Il y a des morceaux du mystère, comme les tesselles d’une mosaïque, que nous rencontrons et que nous voyons. Nous voulons voir l’ensemble trop rapidement et Dieu, lui, se fait voir progressivement. L’Église doit, elle aussi, apprendre à attendre ».

Puis les pêcheurs rapportent chez eux le mystère, confient leur cause à la Vierge et « acceptent ainsi que les intuitions de Dieu puissent se réaliser, d’abord une grâce, puis l’autre ». Le Seigneur réveille dans l’homme le désir de le garder dans son cœur et en nous le désir d’appeler nos voisins pour faire connaître sa beauté. Mais sans la simplicité de leur attitude, « notre mission est vouée à l’échec ».

Option simplicité

« La barque de l’Église n’a pas la puissance des grands transatlantiques qui franchissent les océans. Et pourtant Dieu veut se manifester justement à travers nos moyens, des moyens pauvres, parce que c’est toujours lui qui agit ».

Pour le pape François, donc, le résultat du travail pastoral ne s’appuie pas sur la richesse des ressources, mais sur la créativité de l’amour. Il faut de la ténacité et de l’organisation, mais avant tout « il faut savoir que la force de l’Église ne réside pas en elle-même, mais qu’elle se cache dans les eaux profondes de Dieu, dans lesquelles elle est appelée à jeter les filets ». L’Église, par ailleurs, ne peut s’éloigner de la simplicité : « Parfois, nous perdons ceux qui ne nous comprennent pas parce que nous avons oublié la simplicité, en important de l’extérieur une rationalité étrangère à notre peuple. Sans la grammaire de la simplicité, l’Église se prive des conditions qui rendent possible de « pêcher » Dieu dans les eaux profondes de son mystère ».

Le pape François a rappelé ensuite que l’Église au Brésil a appliqué « avec originalité le concile Vatican II. Le parcours qu’elle a réalisé, tout en ayant dû dépasser certaines maladies infantiles, a conduit à une Église progressivement plus mûre, ouverte, généreuse, missionnaire ».

Le pape s’est ensuite concentré sur les disciples d’Emmaüs, scandalisés de l’échec apparent du Messie. Cela fait penser à ceux qui laissent l’Église qui leur a peut-être semblé trop froide, ou trop autoréférentielle, ou peut-être encore trop prisonnière de son langage rigide. Face à une telle situation, « il faut une Église qui n’ait pas peur de sortir dans leur nuit », affirme le pape François : « Il faut une Église capable d’intercepter leur route. Il faut une Église en mesure de s’insérer dans leur conversation. Il faut une Église qui sache dialoguer avec ces disciples qui, en fuyant Jérusalem, errent sans but, seuls avec leur désenchantement, déçus par un christianisme considéré désormais comme un terrain stérile, infécond, incapable de générer du sens ».

Manifester l’Eglise « Mère »

Beaucoup sont tombés amoureux de la mondialisation qui a, en soi, quelque chose de vraiment positif, fait remarquer le pape, mais beaucoup ne voient pas le côté obscur comme la perte de l’expérience d’avoir un nid, la fracture dans les familles, l’incapacité à aimer et à pardonner. La mesure de la « Grande Église » leur semblant trop élevée, beaucoup sont donc partis à la recherche de quelque chose qui est encore une fois trompeur. Il y a une demande centrale : « Sommes-nous encore une Église capable de réchauffer les cœurs ? Une Église capable de ramener à Jérusalem ? ».

Dans un monde où l’on est attiré par tout ce qui est rapide comme Internet, mais où l’on perçoit en même temps un besoin désespéré de calme, le pape se demande si nous sommes encore capables de montrer la hauteur de l’amour dans l’abaissement de la Croix. Il faut donc une Église capable de faire sentir qu’elle est « notre Mère ».

Le pape a ensuite rappelé certains défis pour l’Église du Brésil. Avant tout, il faut former des ministres capables de réchauffer le cœur des gens, de descendre dans la nuit sans se laisser envahir par l’obscurité, il faut « une solidité humaine, culturelle, affective, spirituelle et doctrinale ». C’est pourquoi il faut « une révision profonde des structures de formation » et « une formation qualifiée à tous les niveaux ». Le pape met en avant la nécessité de valoriser progressivement l’élément local et régional, assurant que la véritable unité se trouve dans la richesse de la diversité. Le pape parle ensuite de la mission et de la nécessité d’avoir une Église capable de redécouvrir les entrailles maternelles de la miséricorde pour « s’insérer dans un monde de « personnes blessées » qui ont besoin de compréhension, de pardon et d’amour ». Il est important, ensuite, de « renforcer la famille, qui demeure la cellule essentielle de la société et de l’Église », les jeunes et les femmes. « Ne limitons pas, insiste le pape, l’engagement des femmes dans l’Église, au contraire soyons les promoteurs de leur rôle actif dans la communauté ecclésiale. En perdant les femmes, l’Église risque d’être stérile ».

La flamme de la liberté

Dans la société, l’Église ne demande qu’une chose : la liberté d’annoncer intégralement l’Évangile, même lorsqu’il est en opposition avec le monde : « L’Église désire rendre présent ce patrimoine immatériel sans lequel la société est divisée, les villes seraient endeuillées par leurs propres murs,  leurs abîmes, leurs barrières. L’Église a le droit et le devoir de maintenir vivante la flamme de la liberté et de l’unité de l’homme ».

Education, santé, paix sociale sont les urgences du Brésil. Sur ces questions, l’Église a une parole à dire, parce que, pour répondre de manière adéquate à de tels défis, les solutions purement techniques ne suffisent pas, mais il faut avoir une vision de l’homme, de sa liberté, de sa valeur et de son ouverture au transcendant.

Enfin, le pape évoque l’Amazonie. Il rappelle que la création doit être protégée et il remercie l’Église pour ce qu’elle fait dans ce domaine, qui nécessite des formateurs qualifiés pour consolider la formation d’un clergé autochtone ainsi que le « visage amazonien » de l’Église. Enfin, le pape souhaite que la Vierge d’Aparecida soit l’étoile « qui illumine votre engagement et votre chemin pour porter le Christ, comme elle l’a fait, à chaque homme et à chaque femme de votre immense pays ». « C’est lui, conclut-il, qui réchauffera les cœurs et donnera une espérance nouvelle et sûre ».

Traduction d’Hélène Ginabat

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