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Mgr Jacques Perrier

Mgr Jacques Perrier - Courtesy of Mgr Jacques Perrier

Prière eucharistique III: « Le sacrifice de ton Eglise »

Dans cette 30e chronique sur les prières eucharistiques, Mgr Jacques Perrier, évêque émérite de Tarbes-Lourdes, poursuit sa lecture théologique et spirituelle de la Prière eucharistique III (12e volet) sur le sacrifice du Christ et de l’Eglise.

Curieusement, là où le texte latin (originel) dit « offrande », le français a traduit : « sacrifice ». A la ligne d’avant, il était question de « l’offrande vivante et sainte » : le texte originel portait « sacrifice ». C’est dire que, pour les traducteurs, « offrande » et « sacrifice » sont deux termes presque équivalents, interchangeables.

Dans la langue française courante, en particulier commerciale, il n’en va pas du tout de même. Régulièrement, et sous divers prétextes affectifs, vous êtes invités à offrir des cadeaux à ceux que vous aimez. Quant aux prix, eux, ils sont sacrifiés. Pour un peu, comme dit Isaïe, vous pourriez acheter sans rien payer (Isaïe 55, 1).

Entre la langue biblique et liturgique d’une part, et la langue usuelle d’autre part, il y a plus qu’une distance : presque une contradiction. Pour celle-ci, ce qui est sacrifié est perdu. Dans l’Ecriture, ce qui est sacrifié est, au contraire, sacralisé, élevé à sa plus haute dignité.

Le mot « sacrifice » a subi le même sort qu’ « apocalypse ». « Apocalyptique » est synonyme de particulièrement catastrophique. Les medias le sortent pour les tremblements de terre, les inondations et les accidents de chemin de fer, à condition qu’il y ait un certain nombre de morts. « Apocalypse » veut dire, en réalité : « révélation » de la victoire certaine du Seigneur sur le Mal.

Le sacrifice n’est pas la mise à mort

Si l’on confond sacrifice et mise à mort, parler de la Messe comme sacrifice ou du sacrifice de l’Eglise est une absurdité. Le Christ n’est mort qu’une fois, « sous Ponce-Pilate », dit le Credo. Le Nouveau testament a pratiquement inventé un mot pour exprimer ce caractère unique et définitif de la Passion du Christ (ephapax). La Messe n’est donc pas une répétition  un mime de la Passion.

Pourtant, elle est bien un sacrifice pour deux raisons : éternellement, le Christ Jésus, dans la gloire, se tourne vers le Père en action de grâce ; l’Eglise fait corps avec Jésus pour former le Christ total.

En contraste avec les sacrifices de l’ancienne Alliance qui devaient être sans cesse renouvelés parce qu’ils étaient imparfaits, l’épître aux Hébreux insiste sur l’unicité du sacrifice du Christ : il est entré dans le vrai Saint des Saints, une fois pour toutes. Mais il exerce un « sacerdoce immuable, … étant toujours vivant pour intercéder en faveur de ceux qui, par lui, s’avancent vers Dieu » (Hébreux 7, 24-25).

Mais l’absence de caractère sanglant et la permanence du sacerdoce de Jésus, unique prêtre de la nouvelle Alliance, ne suffiraient pas à faire de chaque Messe un sacrifice. En quoi célébrer l’Eucharistie est-il plus que lire les récits des évangiles, faire un Chemin de Croix ou écouter la Passion selon saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach ? 

« Un seul corps dans le Christ »

Dans la célébration eucharistique, l’Eglise est présente : des baptisés sont rassemblés au nom du Christ, représenté par l’évêque ou le prêtre, lui-même consacré comme pasteur au nom du Christ Pasteur. Non seulement, le prêtre et les fidèles font corps, comme il a déjà été dit. Mais avec Celui qui est la Tête, ils forment l’unique Corps du Christ. C’est ce Christ plénier qui s’offre au Père dans l’Eucharistie. On peut dire que l’Eglise offre le sacrifice du Christ ; on peut dire que le Christ entraîne l’Eglise dans son sacrifice. De quelque manière qu’on l’entende, l’Eucharistie est bien sacrifice du Christ et de l’Eglise.

Or, si le Christ céleste est immuable dans la gloire de l’ascension, il n’en va pas de même de son Corps terrestre : celui-ci vit dans le temps, dans la succession et dans l’éparpillement sur toute la surface du globe.

Quand bien même ce seraient les mêmes fidèles qui viendraient, chaque jour, participer à l’Eucharistie, celle-ci serait, chaque jour, nouvelle parce que chaque jour est un nouveau jour.

Osons une comparaison, à la limite du blasphème. Simplement pour aider à réfléchir. Du premier au dernier jour, une exposition sera toujours la même, quels que soient les visiteurs. De même pour un film. Inversement, même si la pièce de théâtre est donnée mille fois, même si le concert est répété, chaque séance sera différente parce qu’acteurs, musiciens et public forment une communauté. Le texte de la pièce, la musique du concerto sera bien le même, mais les spectateurs, les auditeurs seront plus ou moins ouverts, plus ou moins coopératifs. Tous les artistes vous diront cela. Les plus grands le ressentent encore davantage.

L’abonné de Zenit est supposé assez grand pour voir les limites de la comparaison. Elle a, au moins, un avantage, c’est d’essayer de faire comprendre que, dans la célébration eucharistique, les fidèles ne sont pas des témoins passifs, même admiratifs, de quelque chose qui se passerait en dehors d’eux. Certes, l’adhésion est intérieure, même si l’assemblée s’exprime, à certains moments, par un dialogue ou une acclamation. Ce n’est pas pour rien que le dialogue qui précède la préface invite à renouveler une communion « en esprit » : « Le Seigneur soit avec vous – Et avec votre esprit. »    

La question de l’Eucharistie comme « sacrifice de l’Eglise » est un point difficile dans le dialogue avec les chrétiens protestants. Ce fut le cas, tout particulièrement, lors du concile de Trente. De nos jours, le Catéchisme de l’Eglise catholique (n° 1368) énonce notre foi, en s’appuyant, notamment, sur saint Augustin.

La question soulevée ici est aussi importante pour voir ce qui différencie la « Messe » d’une assemblée sans prêtre avec un service de communion. 

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