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« Pourquoi lui et pas moi ? » dit le pape aux prisonniers d’Isernia

Tout le monde a besoin de réinsertion sociale (texte intégral)

« Quand je rencontre l’un de vous, qui est dans une prison, qui chemine vers sa réinsertion, mais qui est détenu, sincèrement, je me pose cette question : pourquoi lui et pas moi ? C’est un mystère », confie le pape aux détenus de la prison d’Isernia, lors de sa visite pastorale dans le Molise, le 5 juillet 2014.

Tous les hommes sont appelés à travailler pour leur propre réinsertion sociale, que ce soit « chez eux » ou « dans une maison pénitentiaire », affirme le pape François : « Nous faisons tous des erreurs dans la vie. Et nous devons tous demander pardon pour ces erreurs et entreprendre un chemin de réinsertion, pour ne plus en faire… Celui qui dit qu’il n’a pas besoin de faire un chemin de réinsertion est un menteur. »

Au cours d’une journée riche en rendez-vous – malades, jeunes, monde du travail… – le pape François est arrivé à 16h30 à la maison pénitentiaire, où il a été accueilli par l’évêque d’Isernia-Venafro, Mgr Camillo Cibotti, par le préfet Filippo Piritore, le maire Luigi Brasiello, le président de la province, Luigi Mazzuto et par la directrice de la maison pénitentiaire, Barbara Lenzini. Il a rencontré les détenus dans la cour intérieure de la prison.

Si le chemin de réinsertion est teinté de « souffrance », il s’agit cependant d’une souffrance « qui purifie, une souffrance avec de l’espérance », car le Seigneur pardonne et « prend par la main » pour « aider à avancer », a-t-il déclaré.

Pour le pape, on ne peut pas « corriger seulement avec des punitions » : « c’est une erreur. Cela ne résout rien ! Mettre les gens en cage parce que s’ils sont dedans, nous sommes en sécurité, cela ne sert pas, cela ne nous aide pas », a-t-il dénoncé.

A.K.

Discours du pape François

Chers frères et sœurs, bonjour !

Je vous remercie pour votre accueil. Et je vous remercie aussi du témoignage d’espérance que j’ai entendu de la bouche de votre représentant. En entendant les salutations de votre directrice, j’ai aussi été frappé par ce mot : espérance. Voilà le défi, comme je l’ai dit il y a deux semaines dans la maison pénitentiaire de Castrovillari : c’est le défi de la réinsertion sociale. Et pour cela, il faut un parcours, un cheminement, que ce soit à l’extérieur, dans la prison, dans la société, où à l’intérieur, dans la conscience et dans le cœur. Faire un chemin de réinsertion, que nous devons tous faire. Tous. Nous faisons tous des erreurs dans la vie. Et nous devons tous demander pardon pour ces erreurs et entreprendre un chemin de réinsertion, pour ne plus en faire. Certains font cette route chez eux, dans leur travail ; d’autres, comme vous, dans une maison pénitentiaire. Mais tous, tous… Celui qui dit qu’il n’a pas besoin de faire un chemin de réinsertion est un menteur ! Nous faisons tous des erreurs dans la vie et nous sommes tous pécheurs. Et lorsque nous allons demander pardon au Seigneur pour nos péchés, pour nos erreurs, il nous pardonne toujours, il ne se lasse jamais de pardonner. Il nous dit : « Quitte cette route parce que cela ne te fera pas de bien d’y rester ». Et il nous aide. Et c’est cela la réinsertion, le cheminement que nous devons tous faire.

L’important est de ne pas rester sans bouger. Nous savons tous que quand l’eau stagne, elle moisit. Il y a un proverbe, en espagnol, qui dit : « L’eau stagnante est la première à se corrompre ». Ne pas rester sans bouger. Nous devons marcher, faire un pas tous les jours, avec l’aide du Seigneur. Dieu est Père, il est miséricorde, il nous aime toujours. Si nous le cherchons, il nous accueille et nous pardonne. Comme je l’ai dit, il ne se lasse pas de pardonner. C’est la devise de cette visite : « Dieu ne se lasse pas de pardonner ». Il nous fait nous relever et nous rend pleinement notre dignité. Dieu a de la mémoire, il n’est pas étourdi. Dieu ne nous oublie pas, il se souvient toujours. Il y a un passage de la Bible, du prophète Isaïe, qui dit ceci : Même si une mère oubliait son enfant – et c’est impossible – moi, je ne t’oublierai jamais (cf. Is 49,15). Et c’est vrai : Dieu pense à moi, Dieu se souvient de moi. Je suis dans la mémoire de Dieu.

Et avec cette confiance, il est possible d’avancer, jour après jour. Et avec cet amour fidèle qui nous accompagne, l’espérance ne déçoit pas. Avec cet amour, l’espérance ne déçoit jamais : un amour fidèle pour avancer avec le Seigneur. Certains pensent qu’ils font un chemin de punition, d’erreurs, de péchés et seulement souffrir, souffrir, souffrir… C’est vrai, c’est vrai, c’est une souffrance. Comme l’a dit votre camarade, ici, on souffre. On souffre à l’intérieur et on souffre aussi à l’extérieur, quand on voit que sa conscience n’est pas pure, qu’elle est sale et qu’on veut la changer. Cette souffrance qui purifie, ce feu qui purifie l’or, est une souffrance avec de l’espérance. C’est beau : lorsque le Seigneur nous pardonne, il ne dit pas : « Je te pardonne, débrouille-toi ! ». Non, il nous pardonne, il nous prend par la main et nous aide à avancer sur ce chemin de la réinsertion, dans notre vie personnelle et dans la vie sociale. Cela, il le fait avec chacun de nous. Penser que l’ordre intérieur d’une personne ne se corrige qu’ « à coups de bâton » – je ne sais pas si on le dit comme cela – qu’on ne corrige qu’avec des punitions, cela n’est pas de Dieu, c’est une erreur. Il y a des personnes qui pensent : « Non, non, il faut punir davantage, plus longtemps, encore plus ! ». Cela ne résout rien, rien ! Mettre les gens en cage parce que – pardonnez-moi l’expression – simplement parce que s’ils sont dedans, nous sommes en sécurité, cela ne sert pas, cela ne nous aide pas. Le plus important, c’est ce que Dieu fait avec nous : il nous prend par la main et nous aide à avancer. Et cela s’appelle l’espérance ! Et avec cette espérance, avec cette confiance, on peut avancer jour après jour. Et avec cet amour fidèle, qui nous accompagne, l’espérance ne déçoit vraiment pas.

Je vous remercie pour votre accueil. Et je voudrais… cela me vient maintenant à l’esprit de vous le dire, parce que je ressens toujours cela, même quand je téléphone tous les quinze jours à une prison de Buenos Aires, où il y a des jeunes et nous parlons un peu au téléphone. Je vais vous faire une confidence. Quand je rencontre l’un de vous, qui est dans une prison, qui chemine vers sa réinsertion, mais qui est détenu, sincèrement, je me pose cette question : pourquoi lui et pas moi ? C’est ce que je ressens. C’est un mystère. Mais c’est avec ce sentiment, avec ce que je ressens, que je vous accompagne.

Nous pouvons prier ensemble la Vierge Marie, notre Mère, pour qu’elle nous aide, qu’elle nous accompagne. Elle est Mère. Ave Maria…

Et s’il vous plaît, priez pour moi ! Priez pour moi !

Traduction de Zenit, Constance Roques

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