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Paris-Jérusalem à pied : Mathilde et Edouard Cortès racontent (II)

Déjà plus de 3700 kilomètres

ROME, Mardi 6 novembre 2007 (ZENIT.org) – Partis de Paris le 17 juin dernier, Mathilde et Edouard Cortès ont parcouru plus de 3700 kilomètres à pied, en mendiant l’hospitalité et leur nourriture. Un voyage de noces « pour la paix et l’unité des chrétiens », fait de sacrifices et de souffrances (ils ont été agressés en arrivant en Turquie) mais aussi de rencontres inoubliables. Nous publions ci-dessous un deuxième extrait de leur carnet de route (pour le premier, cf. Zenit du 5 novembre).

Vendredi 24 août, 68 ème jour. 35 km Gracac-Pribudic.
1970 km depuis Paris

Les villages désertés par leurs habitants serbes se succèdent toujours. La chaleur caniculaire a embrasé la lande desséchée. Il nous faut de l’eau. Nous sommes presque au bout de nos réserves et n’osons nous servir dans les puits abandonnés de peur qu’ils aient été souillés par des cadavres ou empoisonnés. La lande vallonnée et caillouteuse n’a rien à nous offrir que de la terre desséchée. Des petits chênes nous apportent de temps en temps un peu d’ombre. Mais pas d’eau. J’ai mal à la tête. Mon chèche mouillé noué sur mon crâne n’a pas pu me protéger assez de ce soleil de plomb. La soif augmente. Nous ne parlons plus. Nous marchons, rêvant d’un puits. Ma tête explose. Je suis à bout de forces. Ma langue me fait mal, ma gorge brûle. Je m’effondre sur une pierre et fonds en larmes. Edouard cherche à me rassurer. Au loin, des toits de maisons apparaissent. Peut-être sont-elles habitées ?

Je saute presque au cou de cette vieille femme qui plonge son seau dans un puits de pierre. L’eau coule dans ma bouche, dans ma gorge, dans tout mon corps. J’avale deux litres d’un coup. Avidement. Nous repartons pour encore une heure de marche mais l’apaisante fraîcheur de l’eau a été de courte durée. Je ne me sens pas bien du tout. Encore un village serbe déserté. Par chance, une maison est habitée, au milieu des ruines. Deux femmes et un homme. Ils viennent de la ville voisine. « Auriez-vous un petit abri pour dormir ? » Longue hésitation… « Non, non, on ne voit pas ». Nous faisons mine de partir plus loin. Mais la nuit est déjà là. Je n’en peux plus. Ma tête est comme dans un étau. Je m’écroule sur une pierre devant une maison en ruines. Des larmes ruissellent le long de mes joues et je vomis d’un coup les deux litres d’eau avalés tout à l’heure. Maux de tête, vomissements, froid et chaud. J’ai tous les symptômes de la déshydratation. Nous sommes à des kilomètres d’un village habité, encore plus d’une ville. Nous faisons demi tour et revenons vers ces personnes qui nous ont rejetés. « Pouvons-nous dormir ici, dans la maison abandonnée à côté de chez vous ? » demande Edouard avec le secret espoir qu’ils nous invitent chez eux. « Oui, mais attention, c’est dangereux. Ne rentrez pas dedans. Restez plutôt devant.» Je m’effondre sous leurs yeux, tremblante, sur mon tapis de sol. Le soleil m’a mis un mauvais coup. Je ne sais plus trop ce qui se passe. Edouard à côté de moi est inquiet. Il me surveille et me force à boire régulièrement, me réveillant tout au long de la nuit. Et si cela s’aggrave ? Que faire dans ce pays désert ? Sans téléphone ? Sans argent ? A près de 100 kilomètres du premier hôpital ? A côté, on entend les rires, les bruits de couverts venant de la seule maison habitée du village. Mon cœur est triste. Dans cette lande déserte, trois personnes n’ont pas compris la soif que nous avions de leur humanité. Nous sommes pauvres. Aucune monnaie n’achète le réconfort d’un accueil généreux. Le ciel est couvert. Il n’y a pas d’étoiles. J’ai soif d’un cœur de chair. Le leur est à sec. Ce soir, nous dormons à côté de leur porte sur les cailloux et les ronces d’une maison bombardée. Mon cœur est déshydraté par l’indifférence. C’est triste une nuit à la belle quand il n’y a plus d’étoiles.

Mathilde et Edouard Cortès
Cf. www.enchemin.org

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