P. Cantalamessa : Seul Dieu peut rendre l’homme heureux

Homélie du dimanche 16 décembre

ROME, Vendredi 14 décembre 2007 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile du dimanche 16 décembre, proposé par le père Raniero Cantalamessa, OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11, 2-11

Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ. Il lui envoya demander par ses disciples : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » 
Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et
la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! » 
Tandis que les envoyés de Jean se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean :

« Qu’êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ?… Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme aux vêtements luxueux ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour qu’il prépare le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui.

© Copyright AELF – Paris – 1980 – tous droits réservés

Réjouissez-vous, le Seigneur est proche

Nous entamons notre réflexion par la phrase avec laquelle Jésus, dans l’Evangile, rassure les disciples de Jean Baptiste en affirmant qu’il est bien le Messie : « La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ». L’Evangile est un message de joie : c’est ce que proclame la liturgie du troisième dimanche de l’Avent qui, s’inspirant des paroles de Paul dans l’antienne d’ouverture, a pris le nom de dimanche Gaudete, réjouissez-vous, c’est-à-dire le dimanche de la joie. La première lecture, tirée du prophète Isaïe est entièrement un hymne à la joie : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse… qu’il exulte et crie de joie… un bonheur sans fin illuminera leur visage ; allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront ». 

Nous voulons tous être heureux. Si nous pouvions représenter visuellement l’humanité tout entière, dans son mouvement le plus profond, nous verrions une foule immense autour d’un arbre fruitier se lever sur la pointe des pieds et tendre désespérément la main dans l’effort de cueillir un fruit qui échappe cependant à toute prise. Le bonheur, disait Dante, est « ce doux fruit que sur tant de rameaux va cherchant le souci des mortels » [Dante Alighieri, Divine Comédie, Purgatoire, 27, ndlr] : ce doux fruit que l’homme cherche parmi les branches de la vie.

Mais si nous cherchons tous le bonheur, pourquoi ceux qui sont heureux sont-ils si peu nombreux et pourquoi ceux qui sont heureux le sont-ils pendant si peu de temps ? Je crois que la principale raison est que dans l’ascension de la montagne du bonheur, nous nous trompons de versant, nous choisissons un versant qui ne porte pas au sommet. La révélation dit : « Dieu est amour » ; l’homme a cru pouvoir renverser la phrase et dire : « L’amour est Dieu ! » (cette affirmation est de Feuerbach). La révélation dit : « Dieu est bonheur » ; l’homme inverse l’ordre une nouvelle fois et dit : « Le bonheur est Dieu ! ». Mais qu’est ce que cela signifie ? Sur terre, nous ne connaissons pas le bonheur à l’état pur, de même que nous ne connaissons pas l’amour absolu ; nous ne connaissons que des fragments de bonheur, qui se réduisent souvent à un enivrement passager des sens. Lorsque nous disons donc : « Le bonheur est Dieu ! », nous divinisons nos petites expériences, nous appelons « Dieu » l’œuvre de nos mains ou de notre esprit. Nous faisons du bonheur, une idole. Ceci explique pourquoi celui qui cherche Dieu trouve toujours le bonheur alors que celui qui cherche le bonheur ne trouve pas toujours Dieu. L’homme en est réduit à chercher le bonheur sur le plan quantitatif : en poursuivant des plaisirs et des émotions de plus en plus intenses ou en ajoutant un plaisir à un autre, comme la personne droguée qui a besoin de doses toujours plus grandes pour obtenir le même degré de plaisir.

Seul Dieu est heureux et rend heureux. Pour cette raison, un psaume exhorte : « Mets en Yahvé ta réjouissance : il t’accordera plus que les désirs de ton cœur » (Ps 37 (36), 4). Avec lui, même les joies de la vie présente conservent leur douce saveur et ne se transforment pas en angoisse. Pas seulement les joies spirituelles, mais toute joie humaine honnête : la joie de voir grandir ses enfants, du travail porté à terme, de l’amitié, de la santé retrouvée, de la créativité, de l’art, du repos en contact avec la nature. Seul Dieu a pu arracher des lèvres d’un saint le cri : « Cela suffit, Seigneur, avec la joie ; mon cœur ne peut en contenir davantage ! ». En Dieu se trouve tout ce que l’homme a l’habitude d’associer avec le mot bonheur et infiniment davantage car « l’œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu, il n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (cf. 1 Co 2, 9).

L’heure est venue de proclamer avec plus de courage la « bonne nouvelle » que Dieu est bonheur, que le bonheur – non la souffrance, la privation, la croix – aura le dernier mot. Que la souffrance ne sert qu’à ôter l’obstacle à la joie, à dilater l’âme pour qu’un jour elle puisse en accueillir la mesure la plus grande possible.

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