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Forêt amazonienne © Wikimedia commons / Neil Palmer

Forêt amazonienne © Wikimedia commons / Neil Palmer

ONU: Mgr Kassas appelle à « protéger le trésor irremplaçable des forêts » (traduction complète)

Le Saint-Siège plaide pour « l’implication des populations locales »

Les forêts contiennent « un trésor irremplaçable », elles « méritent notre attention, notre étude et notre protection »: c’est l’appel du Saint-Siège à l’ONU.

Mgr Simon Kassas, de la Mission permanente d’observation du Saint-Siège à l’Organisation des Nations Unies,, à New York, est intervenu, hier, 8 mai 2018, lors de la treizième session du Forum des Nations Unies sur les forêts et pour la « Mise en œuvre du Plan stratégique des Nations Unies pour les forêts 2017-2030 ».

Citant l’encyclique du pape François Laudato si’, Mgr Kassas rappelle qu’une « véritable approche écologique » doit toujours être « une approche sociale ». Il dénonce la « manière dont des fins bonnes et même nécessaires peuvent être poursuivies avec des moyens qui ont des effets néfastes non désirés ».

Le chargé d’affaires a déclaré que « l’obsession pour le profit », « certaines formes de développement industriel » et le poids de la dette extérieure des pays pauvres, sont entre autres responsables de la déforestation et de la perte de biodiversité.

Il a plaidé pour que les communautés locales deviennent « protagonistes de la conservation de l’environnement » et pour que « leurs droits et valeurs » soient « respectés »: « Les forêts ne seront gérées de manière durable qu’avec “l’implication constante et active des populations locales dans leur propre culture” », a dit Mgr Kassas, citant encore le pape François.

Voici notre traduction de l’intervention de Mgr Simon Kassas, prononcée en anglais.

HG

Intervention de Mgr Simon Kassas

Monsieur le Président,

Le Saint-Siège est heureux de participer à cette treizième session du Forum des Nations Unies sur les forêts pour examiner la mise en œuvre du Plan stratégique des Nations Unies pour les forêts 2017-2030.

Les forêts méritent notre attention, notre étude et notre protection. En plus d’apporter une contribution essentielle à la régulation du climat, elles contiennent un trésor irremplaçable composé de nombreuses espèces. En outre, certaines plantes forestières et certains micro-organismes sont capables de synthétiser un nombre illimité de substances complexes d’un grand potentiel médicinal. D’autres plantes possèdent une valeur en tant que sources de nourriture ou en tant que moyen d’améliorer génétiquement des souches de plantes comestibles.

Malheureusement, la vitesse à laquelle les forêts sont détruites ou altérées épuise leur biodiversité si rapidement que de nombreuses espèces peuvent ne jamais être cataloguées ou étudiées. Si une obsession pour le profit est en partie responsable de la déforestation et de la perte de biodiversité, il est aussi vrai que la lutte désespérée contre la pauvreté menace également d’épuiser ces ressources. Ainsi, alors que certaines formes de développement industriel ont amené des pays à réduire de façon dramatique la taille de leurs forêts, la dette extérieure a contraint d’autres pays à administrer leurs ressources forestières de manière imprudente dans l’espoir de réduire cette dette. De même, la tentative de défricher des terres pour l’agriculture ou le pâturage est parfois une preuve fâcheuse de la manière dont des fins bonnes et même nécessaires peuvent être poursuivies avec des moyens qui ont des effets néfastes non désirés. La solution d’un problème urgent peut en créer un autre, tout aussi sérieux.

Pour cette raison, il n’est pas utile de réfléchir aux priorités thématiques et opérationnelles du Plan stratégique pour les forêts du point de vue confortable des sociétés hautement développées, qui offrent une qualité de vie bien au-delà de la portée actuelle de la majorité de la population mondiale. « Une véritable approche écologique », comme nous l’a rappelé le pape François, « devient toujours une approche sociale; elle doit intégrer les questions de justice dans les débats sur l’environnement, de manière à entendre et le cri de la terre et le cri des pauvres. » [1]

Monsieur le Président,

Le pape François a spécifiquement exhorté la communauté internationale à cette forme de double écoute à l’égard de l’Amazonie. Au cours de sa récente visite à Puerto Maldonado, en Amazonie péruvienne, il a souligné les problèmes découlant du « néo-extractivisme et de la pression exercée par de grands intérêts commerciaux qui veulent s’emparer du pétrole, du gaz, du bois, de l’or et de formes de monoculture agro-industrielle ». D’autre part, a-t-il dit, « ses terres sont menacées par la déformation de certaines politiques visant à la “conservation” de la nature sans tenir compte des hommes et des femmes […] qui l’habitent ».

Il a spécifiquement cité les mouvements qui, « sous prétexte de préserver la forêt, accumulent de grandes étendues de bois et négocient avec eux, conduisant à des situations d’oppression pour les peuples autochtones ; en conséquence, [les autochtones] perdent l’accès à la terre et à ses ressources naturelles. Ces problèmes étranglent [les indigènes] et provoquent la migration des jeunes en raison du manque d’alternatives locales ». Le pape François a insisté sur le fait que « nous devons rompre avec le paradigme historique qui considère l’Amazonie comme une source inépuisable d’approvisionnement pour les autres pays sans se préoccuper de ses habitants ». [2]

La conservation des forêts ne peut donc pas être réalisée au détriment des communautés qui vivent là depuis des siècles. En effet, leurs coutumes et leur mode de vie en harmonie avec la nature contribuent très souvent positivement à la destination universelle des biens d’une génération à l’autre. Ces communautés doivent devenir protagonistes de la conservation de l’environnement et leurs droits et valeurs doivent être respectés. Les forêts ne seront gérées de manière durable qu’avec « l’implication constante et active des populations locales dans leur propre culture » [3].

Monsieur le Président,

Ma délégation soutient chaleureusement les efforts de ce forum pour apporter une amélioration intégrale de la qualité de la vie humaine, en particulier de ceux qui restent en arrière, ce qui implique de prendre en compte les milieux dans lesquels les gens vivent, y compris les forêts. La promotion d’une meilleure gestion de nos ressources forestières est un élément crucial dans nos soins pour notre maison commune et pour ceux qui y vivent.

Merci, Monsieur le Président.

***

NOTES

  1. Pape François, Lettre encyclique Laudato si’, 49.
  2. Pape François, Rencontre avec les peuples indigènes d’Amazonie, 19 janvier 2018.
  3. Pape François, Lettre encyclique Laudato Si’, 144.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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