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Pope Francis during the audience to the Plenary Assembly of the Catholic Biblical Federation (FEBIC)

PHOTO.VA - OSSERVATORE ROMANO

Mourir fermé sur soi ou en donnant la vie ?

Recevant les participants à l’Assemblée plénière de la Fédération biblique catholique, le pape exhorte à « tout faire pour aider les prêtres à donner dans les Homélies la Parole de Dieu qui atteigne le cœur » (traduction intégrale).

« Quand une Église se ferme sur elle même et oublie qu’elle a été envoyée pour annoncer l’Évangile, pour bouger les cœurs, elle vieillit, elle s’affaiblit, elle se rend malade et meurt », déclare le pape qui invite à choisir entre « deux manières de mourir : ou mourir fermé sur soi ou bien mourir en donnant la vie en témoignage ».

Le pape François a reçu les participants à la 10ème Assemblée plénière de la Fédération biblique catholique (FEBIC), vendredi dernier, 19 juin 2015, au Vatican.

Après les salutations du cardinal Luis Antonio Tagle, président de la FEBIC, il a prononcé un discours d’abondance de cœur, soulignant que « tous nos plans, toutes nos pensées… tombent devant la Parole de vie de Dieu ».

« La Parole de Dieu ne rend pas la vie facile… Si quelqu’un la porte avec sincérité, elle le met en difficulté, elle le met dans l’embarras tant de fois. Mais il faut dire la vérité, avec tendresse, en portant sur ses épaules les situations, les personnes », a-t-il ajouté.

Le pape a aussi exhorté à « tout faire pour aider les diacres, prêtres et évêques à donner dans les Homélies la Parole de Dieu qui atteigne le cœur. Beaucoup en sont capables, mais ils se trompent et font une belle conférence, une belle dissertation, une belle école de théologie… La Parole de Dieu est un sacramentel ! »

A.K.

Discours prononcé par le pape François

Je souhaite la bienvenue à tous. Je remercie le cardinal Tagle pour ses paroles, qui m’ont fait changer un peu par rapport à ce que j’avais préparé… Ce sont les surprises de Dieu, qui nous aident à nous rendre compte que tous nos plans, toutes nos pensées et tant d’autres choses, tombent devant la Parole de vie de Dieu, la Parole vivante, du Dieu Vivant. Ils tombent, ils s’écroulent. Quand une Église se ferme sur elle même et oublie qu’elle a été envoyée, qu’elle a été envoyée pour annoncer l’Évangile, c’est à dire la Bonne Nouvelle, pour bouger les cœurs avec le Kérygme, – le cardinal a bien parlé – elle vieillit. Une autre chose qu’a dit le cardinal : elle s’affaiblit. J’en ajoute deux : elle se rend malade et meurt.

J’ai souvent entendu dire, quand on parlait des diocèses qui étaient en Afrique du Nord du temps de saint Augustin : ce sont des Églises mortes. Non ! Il y a deux façons, deux manières de mourir : ou mourir fermé sur soi ou bien mourir en donnant la vie en témoignage. Une Église qui a le courage – la parresia/audace – de porter en avant la Parole de Dieu et n’en a pas honte, est sur le chemin du martyre.

Aujourd’hui, dans la Première Lecture de la messe, nous avons entendu Paul qui racontait ce qu’il avait subi, dans la perspective de la « vantardise » : « Ils se vantent ; moi aussi je peux me vanter de ce que j’ai fait » (Cf. 2 Cor 11,21)… Mais cet homme (saint Paul), s’il était resté là, dans une des églises – comme celle de Corinthe – et seulement dans celle-là, il n’aurait pas souffert tout ce qu’il raconte. Pourquoi ? Parce qu’il était un homme en sortie. Quand il voyait que les choses allaient bien, il imposait ses mains sur un autre et s’en allait. C’est un modèle.

A la fin il a cette belle phrase – après la « vantardise », après m’être vanté de cela, des tous ces voyages, de toutes ces flagellations, une fois lapidé… tout cela … – « Mais si je dois me vanter, en vérité – disait-il aujourd’hui dans ce passage – je me vanterais seulement de ma faiblesse » (Cf. 2 Cor 11,30). Dans un autre passage – vous les biblistes vous le connaissez – il dit : « Je me vanterai de mes péchés » (Cf. 2 Cor 12,9). La troisième vantardise de Paul n’est pas de la vanité : « Ma gloire est la Croix de Jésus » (Cf. Gal 6,14). Là est sa force. C’est une Église qui sort, une Église « de martyrs ». C’est une Église qui va sur les routes, qui chemine. Et il arrive ce qui peut arriver à toute personne qui va sur la route : un accident… Mais je préfère une Église blessée dans un accident, qu’une Église malade, fermée sur elle même. Avec cette parousie et cette hypomone, cette patience qui permet de porter les situations sur ses épaules, mais aussi cette tendresse qui porte sur ses épaules les fidèles blessés, qui lui ont été confiés. Une Église pastorale. Seulement la Parole de Dieu, et au côté de la Parole, l’Eucharistie. Les frères qui se réunissent pour louer le Seigneur avec la faiblesse du pain et du vin, du Corps du Seigneur, du Sang du Seigneur.

La Parole de Dieu n’est pas une chose qui nous rend la vie facile. Non, non. Elle nous met toujours en difficulté ! Si quelqu’un la porte avec sincérité, elle le met en difficulté, elle le met dans l’embarras tant de fois. Mais il faut dire la vérité, avec tendresse, en portant sur ses épaules les situations, les personnes. On peut le comprendre comme un respect fraternel qui sait « caresser ».

Je remercie le nouveau Président pour ce qu’il a dit. Je vous remercie tous pour le travail que vous faites au service de la Parole de Dieu.

Un petit aparté : une des choses qui me préoccupent beaucoup c’est l’annonce fonctionnelle de la Parole de Dieu dans les Homélies. S’il vous plaît, faites tout pour aider vos frères – diacres, prêtres et évêques – à donner dans les Homélies la Parole de Dieu qui atteigne le cœur. Une pensée, une image, un sentiment peut arriver [au cœur], mais qu’arrive la Parole de Dieu ! Beaucoup en sont capables, mais ils se trompent et font une belle conférence, une belle dissertation, une belle école de théologie… La Parole de Dieu est un sacramentel ! Pour Luther, c’est un sacrement, qui agit quasiment ex opere operato. Puis la pensée courante a été un peu la [pensée] tridentine, c’est celle de l’ex opere operantis ; ensuite les théologiens ont trouvé que la parole de Dieu est au milieu ; à la fois ex opere operato ; et ex opere operantis. C’est un sacramentel. Les discours ne sont pas sacramentaux, ce sont des discours qui font du bien. Mais que dans les Homélies il y ait la Parole de Dieu, pour qu’elle touche le cœur !

Merci ! Merci pour votre travail.

Ce qui était écrit ici [dans le discours écrit], qui est bien, je le confie au Président.

Traduction de Zenit, Hugues de Warren

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