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Pope Francis in Sarajevo Cathedral

ANSA - LUCA ZENNARO

« Menez une vie digne de la Croix de Jésus »

Traduction intégrale des paroles du pape aux prêtres, religieuses, religieux et séminaristes de Bosnie-Herzégovine.

« Menez une vie digne de la Croix de Jésus Christ. On n’a pas besoin de caricatures, de sœurs, de prêtres, d’évêques, de séminaristes mondains. Ceux-là n’ont pas la mémoire des martyrs. Ils ont perdu la mémoire de Jésus Christ crucifié, notre unique gloire », déclare le pape François devant les religieux de Bosnie-Herzégovine, au cours de son voyage apostolique dans le pays, le 8 juin 2015.

Pour son troisième rendez-vous officiel de la journée, après la rencontre avec les autorités et la messe, le pape François a rejoint la cathédrale de Sarajevo, dédiée au Sacré-Cœur de Jésus, où il a rencontré les prêtres, religieuses, religieux et séminaristes.

En entrant dans la cathédrale le pape s’est recueilli quelques instants devant la tombe du Serviteur de Dieu Josip Stadler, premier archevêque de Sarajevo. Après les salutations du cardinal Vinko Puljić, archevêque de la ville et les témoignages d’un prêtre, d’un religieux et d’une religieuse, le pape s’est adressé aux participants d’abondance de cœur.

Il les a exhortés à « faire toujours le contraire de la cruauté: ayez des comportements de tendresse, de fraternité, de pardon. Et portez la croix de Jésus Christ » en étant « des petits martyrs, petits témoins de la Croix de Jésus ».

A.K.

Discours du pape François

J’ai préparé un discours pour vous, mais après avoir entendu le témoignage de ce prêtre, de ce religieux, de cette religieuse, j’éprouve le besoin de vous parler en improvisant.

Ils nous ont raconté leur vie, nous ont raconté leurs expériences, nous ont raconté tant de bonnes et mauvaises choses. Je remets le discours – qui est beau – au cardinal archevêque.

Ces témoignages parlent d’eux-mêmes. C’est la mémoire de votre peuple ! Un peuple qui oublie sa mémoire est un pays sans avenir. C’est la mémoire de vos pères et de vos mères dans la foi : ici trois personnes seulement ont parlé, mais derrière elles il y en a tant d’autres, hommes et femmes, qui ont souffert les mêmes choses.

Chères sœurs, chers frères, vous n’avez pas le droit d’oublier votre histoire. Non pour vous venger, mais pour faire la paix. Non pour regarder [ces témoignages] comme quelque chose d’étrange, mais pour aimer comme ils ont aimé. Dans votre sang, dans votre vocation, il y a la vocation, le sang de ces trois martyrs. Et il y a le sang et la vocation de tant de religieuses, tant de prêtres, tant de séminaristes. L’auteur de la lettre aux Hébreux nous dit : « Écoutez ce que je vous dis, n’oubliez pas vos ancêtres, ceux qui vous ont transmis la foi ». Ceux-ci [il indique les témoins] vous ont transmis la foi; ceux-ci vous ont transmis la manière de la vivre. Paul nous dit: « N’oubliez pas Jésus Christ », le tout premier Martyr. Et ceux-ci ont suivi les traces de Jésus.

Retrouver la mémoire pour faire la paix. Certains mots sont restés gravés dans mon cœur. Un mot, répété: « pardon ». Un homme, une femme qui se met au service du Seigneur et ne sait pas pardonner, ne le sert pas. Pardonner un ami qui t’a dit un gros mot, avec lequel tu t’es disputé, ou une sœur jalouse de toi, cela n’est pas si difficile. Mais pardonner quelqu’un qui te frappe, qui te torture, qui te marche dessus, qui te menace de son fusil pour te tuer, cela est difficile. Eux ils l’ont fait et prêchent de le faire!

Autre chose m’a frappé : les « 120 jours » de camp de concentration. Que de fois l’esprit du monde nous fait oublier nos ancêtres, les souffrances de nos ancêtres! Ces jours ont été comptés, non pas jour après jour mais minute après minute, car chaque minute, chaque heure, est une torture. Vivre tous ensemble, sales, sans repas, sans eau, dans la chaleur ou le froid, pendant tellement de temps! Et nous, on se plaint pour une dent qui fait mal, on veut la télévision dans nos chambres et autres conforts, on fait des commentaires sur la supérieure ou le supérieur quand le repas n’est pas très bon… N’oubliez pas, s’il vous plaît, les témoignages de vos ancêtres. Pensez à tout ce que ces personnes ont souffert; pensez à ces six litres de sang que ce père – le premier qui a parlé – a reçus pour survivre. Et menez une vie digne de la Croix de Jésus Christ.

On n’a pas besoin de caricatures, de sœurs, de prêtres, d’évêques, de séminaristes mondains. Ceux-là n’ont pas la mémoire des martyrs. Ils ont perdu la mémoire de Jésus Christ crucifié, notre unique gloire.

L’autre chose qui me vient à l’esprit est ce milicien qui a donné une poire à la religieuse ; et cette femme musulmane qui vit maintenant en Amérique, qui apporta à manger… Nous sommes tous frères. Cet homme cruel a pensé… je ne sais pas ce qu’il a pensé, mais il a senti l’Esprit Saint dans son cœur. Peut-être pensait-il à sa mère, il a dit: « Prends cette poire et ne dis rien ». Et cette musulmane, elle est allée au-delà des différences religieuses. Elle aimait, croyait en Dieu et faisait du bien.

Cherchez le bien de tous. Tout le monde a en soi la possibilité de le faire, la graine pour semer le bien. Nous sommes tous des enfants de Dieu.

Soyez bénis, vous qui avez ces témoignages près de vous : ne les oubliez pas, s’il vous plaît. Que votre vie avance avec ce souvenir. Je pense à ce prêtre, qui a perdu son papa lorsqu’il était enfant, puis sa mère, puis sa sœur, et il est resté seul… Mais il était le fruit d’un amour, d’un amour matrimonial. Pensez à cette sœur martyre : elle aussi avait une famille. Et pensez à ce franciscain et à ces deux franciscaines; et il me vient à l’esprit ce que le cardinal archevêque a dit: qu’arrive-t-il au jardin de la vie, c’est-à-dire à la famille? Il lui arrive une mauvaise chose: elle ne s’épanouit pas. Priez pour les familles, afin qu’elles s’épanouissent et donnent tant d’enfants, et pour qu’il y ait tant de vocations.

Finalement, je voudrais vous dire que cette histoire fut une histoire cruelle. Aujourd’hui encore, dans cette guerre mondiale, nous voyons tant, tant, mais tant de cruauté. Faites toujours le contraire de la cruauté: ayez des comportements de tendresse, de fraternité, de pardon. Et portez la croix de Jésus Christ. C’est comme ça que l’Église, la sainte Mère Église, vous veut: de petits, petits martyrs, devant ces petits martyrs, petits témoins de la Croix de Jésus.

Que le Seigneur vous bénisse! Et, s’il vous plaît, priez pour moi. Merci.

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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