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« Les paroles sans témoignage ne servent à rien »

Congrès du dicastère pour la nouvelle évangélisation (texte intégral)

« Les paroles sans témoignage ne servent à rien », déclare le pape François le 19 septembre 2014 : c’est en effet le témoignage « qui touche le cœur et le transforme », c’est lui qui « donne aux paroles leur valeur ».

Le pape a rencontré les participants à la rencontre internationale « Le projet pastoral d’Evangelii gaudium », organisée par le Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, du 18 au 20 septembre au Vatican.

Il les a invités à « la patience et la persévérance » : « Nous n’avons pas de ‘baguette magique’ pour tout, mais nous avons la confiance dans le Seigneur qui nous accompagne et ne nous abandonne jamais. »

Le pape a appelé à « un engagement concret » pour répondre à « toutes ces personnes qui, dans les périphéries existentielles de nos jours, sont désemparées et abattues et attendent l’Église », « toutes ces personnes qui vivent en grande souffrance et demandent à l’Église d’être le signe de la proximité, de la bonté, de la solidarité et de la miséricorde du Seigneur ».

Devant ces lourdes « exigences pastorales » qui risquent « d’effrayer », il a mis en garde contre la tentation de « se replier sur soi-même dans une attitude de peur et de défense », et contre « la tentation de la suffisance et du cléricalisme, de codifier la foi en règles et instructions ».

La pastorale ne doit pas être non plus « une série d’initiatives compulsives » où l’on est « plus occupé à multiplier les activités, qu’à être attentifs aux personnes et à leur rencontre avec Dieu », a-t-il ajouté : les personnes « demandent ce qu’elles demandaient à Jésus : accompagnement et proximité ».

Soulignant la responsabilité des communautés chrétiennes, le pape a exhorté à « sortir à divers moments de la journée pour aller à la rencontre de ceux qui sont en recherche du Seigneur. Rejoindre les plus faibles et les plus démunis… même si c’est pour une heure seulement ».

A.K.

Discours du pape François

Chers frères et sœurs, bonjour,

Je suis heureux de prendre part à vos travaux et je remercie Monseigneur Rino Fisichella pour son introduction. Je remercie pour ce passage de « vie » : c’est cela la vie ! Merci.

Vous travaillez pour la pastorale dans diverses Églises du monde, vous vous êtes réunis pour réfléchir ensemble sur le projet pastoral de Evangelii gaudium. En effet moi même j’ai écrit que ce document a « une signification programmatique et des conséquences importantes » (n. 25). Et il ne pourrait en être autrement quand il s’agit de la mission principale de l’Église, c’est à dire évangéliser ! Cependant, il y a des périodes où cette mission devient plus urgente et notre responsabilité a besoin d’être ravivée.

En premier, me viennent en mémoire, les paroles de l’Évangile de Matthieu où il est dit que Jésus « en voyant ces foules, fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger » (9, 36). Tant de personnes, dans les périphéries existentielles de nos jours, sont « désemparées et abattues » et attendent l’Église, nous attendent ! Comment peut-on les rejoindre ? Comment partager avec eux l’expérience de la foi, de l’amour de Dieu, de la rencontre avec Jésus ? C’est la responsabilité de nos communautés et de notre pastorale.

Le pape n’a pas pour objectif de « présenter une analyse détaillée et complète de la réalité contemporaine » (Evangilii gaudium, 51), mais il invite toute l’Église à recueillir les signes des temps que le Seigneur nous offre sans cesse. De nombreux signes sont présents dans nos communautés et le Seigneur met à notre disposition tant d’occasions de reconnaître sa présence dans le monde d’aujourd’hui ! Au milieu de rumeurs négatives, qui comme toujours font le plus de bruit, nous voyons aussi des signes qui insufflent une espérance et nous donnent courage. Ces signes, comme il est dit dans Gaudium et spes, doivent être relus à la lumière de l’Évangile (n. 4 et 44) : ceci est le « moment favorable » (2 Co 6,2), c’est le moment de l’engagement concret, c’est le contexte dans lequel nous sommes appelés à travailler afin de faire grandir le Règne de Dieu (Jn 4,35-36). Malheureusement nous voyons tant de pauvreté et de solitude dans le monde d’aujourd’hui ! Tant de personnes vivent en grande souffrance et demandent à l’Église d’être le signe de l’accompagnement, de la bonté, de la solidarité et de la miséricorde du Seigneur. Ceci est un objectif qui d’une manière particulière, est confié à tous ceux qui ont la responsabilité de la pastorale : aux évêques dans leurs diocèses, au curé dans sa paroisse, aux diacres dans le service de la charité, aux catéchistes dans leur ministère de transmission de la foi… En définitive, tous ceux qui sont engagés dans les différents organismes de la pastorale sont appelés à reconnaître et lire ces signes des temps pour donner une réponse adaptée et généreuse. Devant tant d’exigences pastorales, devant tant de richesses d’hommes et de femmes, nous courons le risque de nous effrayer et de nous replier sur nous même dans une attitude de peur et de défense. De là naît la tentation de la suffisance et du cléricalisme, de codifier la foi en règles et instructions, comme le faisaient les scribes, les pharisiens et les docteurs de la loi au temps de Jésus. Tout sera clair, ordonné, mais le peuple des croyants en recherche, continuera à avoir faim et soif de Dieu. J’ai aussi dit parfois que l’Église me semble être un hôpital de campagne : tant de gens blessés nous demandent d’être accompagnés, nous demandent ce qu’ils demandaient à Jésus : accompagnement et proximité. Avec cette attitude des scribes, des docteurs de la loi, des pharisiens, nous ne donnerons jamais un témoignage de proximité.

Il y a un second terme qui me fait réfléchir. Quand Jésus parle de ce maître d’une vigne qui, ayant besoin d’ouvriers, sort de sa maison à différentes heures de la journée pour appeler des ouvriers dans sa vigne (Mt 20, 1-16). Il n’est pas sorti une fois seulement. Dans la parabole Jésus dit qu’il est sorti au moins cinq fois : à l’aube, à neuf heures, à midi, à trois heures, à cinq heures de l’après midi – nous avons encore le temps de le voir venir vers nous ! – Il y avait tellement de besoins dans la vigne et cet homme a passé quasiment tout son temps à aller par les routes et les places du pays à la recherche d’ouvriers. Pensez à ceux de la dernière heure : personne ne les avait appelés ; qui sait comment ils pouvaient se sentir, parce qu’à la fin de la journée ils n’allaient rien rapporter à la maison pour rassasier leurs enfants. Ceux qui sont responsables de la pastorale peuvent trouver un bel exemple dans cette parabole. Sortir à divers moments de la journée pour aller à la rencontre de ceux qui sont en recherche du Seigneur. Rejoindre les plus faibles et les plus démunis pour leur donner le soutien de se sentir utiles dans la vigne du Seigneur, même si c’est pour une heure seulement.

Un autre aspect : s’il vous plaît, ne suivons pas la voix des sirènes qui appellent à faire de la pastorale une série d’initiatives compulsives, sans réussir à recueillir l’essentiel de l’engagement de l’évangélisation. Parfois il semble que nous soyons plus préoccupés à multiplier les activités, plutôt qu’à être attentifs aux personnes et à leur rencontre avec Dieu. Une pastorale qui n’a pas cette attention devient petit à petit stérile. N’oublions pas de faire comme Jésus avec ses disciples : après qu’ils soient allés dans les villages pour porter l’annonce de l’Évangile, ils retournèrent contents de leurs succès : mais Jésus les pris à part dans un lieu solitaire pour être ensemble (Mc 6, 31). Une pastorale sans prière ni contemplation ne pourra jamais rejoindre le cœur des personnes. Elle s’arrête à la superficie sans permettre que la graine de la Parole de Dieu puisse prendre, germer, croître et porter des fruits (Mt 13, 1-23).

Je sais que tous vous travaillez beaucoup, c’est pour cela que je veux vous laisser une dernière parole importante : patience. Patience et persévérance. Le Verbe de Dieu est entré en « patience » lors de l’incarnation, et ainsi, jusqu’à la mort en Croix. Patience et persévérance. Nous n’avons pas de « baguette magique » pour tout, mais nous avons la confiance dans le Seigneur qui nous accompagne et ne nous abandonne jamais. Dans les difficultés comme dans les déceptions qui se présentent souvent dans notre travail pastoral, il ne faut jamais perdre la confiance dans le Seigneur et dans la prière qui la soutient. De toutes façons, n’oublions pas que l’aide est donnée, en premier lieu, par ceux qui sont proches de nous. Faisons le bien, mais sans attendre une récompense. Semons et témoignons. Le témoignage est le début de l’évangélisation qui touche le cœur et le transforme. Les paroles sans témoignage ne marchent pas, ne servent à rien ! Le témoignage est ce qui porte et donne leurs valeurs aux paroles.

Merci pour votre engagement ! Je vous bénis et s’il vous plaît n’oubliez pas de prier pour moi parce que je dois parler beaucoup et moi aussi donner un peu de témoignage chrétien ! Merci.

Prions la Vierge Marie, Mère de l’Évangélisation : Je vous salue Marie….

Traduction de Zenit, Hugues de Warren

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