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La Prière eucharistique (6) La préface (3)

Nous devrions rendre grâce d’être déjà admis devant le trône de Dieu

La Prière eucharistique

6

La Préface (3)

Même dans la prière, un esprit latin veut toujours rester logique. Les débuts de la Prière eucharistique en sont un exemple. Les premiers mots de la préface (« Vraiment, il est juste et bon… ») reprennent les derniers mots du dialogue entre le prêtre et l’assemblée. Vient ensuite le motif de l’action de grâce, dont parlait la chronique n° 5. Logiquement, la dernière partie, le dernier mouvement, de la préface commence donc, presque toujours, par ces mots : « C’est pourquoi… » Et ideo, disait le latin.

Cette dernière phase de la préface ouvre une perspective nouvelle. Le motif de l’action de grâce se rattachait à l’œuvre de Dieu dans la Création et dans l’Histoire du Salut. La finale, avec le Sanctus qui suit, nous transporte au ciel, dans l’éternité.

La prière du matin à la synagogue n’est pas sans analogie avec la préface eucharistique. La formule est trop longue pour être citée ici intégralement. Quelques mots suffiront à illustrer ce rapprochement. « Béni sois-tu, Seigneur, notre Dieu, roi de l’univers… Les chefs de ses armées (Sabaoth = les anges, voir Psaume 102-103, 20-21) sont des êtres saints, ils exaltent le Tout-Puissant, sans cesse ils déclarent la gloire de Dieu et sa sainteté… Tous se répondent à l’unisson dans la crainte et disent avec révérence… »

L’assemblée se joint alors au président pour chanter : « Saint, saint, saint le Seigneur Sabaoth : la terre entière est remplie de sa gloire. » D’autres êtres célestes se joignent à eux, avant que l’assemblée ne chante à nouveau : « Bénie soit la gloire du Seigneur, de son lieu. »

« Avec les anges »

L’Ecriture est restée très sobre sur le monde des anges, de peur qu’ils ne soient confondus avec Dieu. Le Credo dit de Dieu qu’il est le Créateur du monde « visible et invisible ».

Quand saint Paul évoque les « Trônes, Seigneuries, Principautés et Puissances » (Colossiens 1, 16), c’est pour proclamer la supériorité du Christ, en qui ces êtres, même célestes, ont été créés. Mais, sans entrer dans une sorte d’ordre protocolaire entre les chérubins, les séraphins et les autres, Jésus parle souvent des anges : « Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits. Car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient constamment la face de mon Père qui est aux cieux » (Matthieu 18, 10).

Les préfaces anciennes aimaient parfois énumérer les différentes classes d’êtres célestes, « les anges et les archanges, les puissances d’en haut et tous les esprits bienheureux » : Dieu aime la diversité. La Prière eucharistique IV ne fait pas ce genre de distinction mais exprime bien la foi de l’Eglise : « Et ideo, les anges innombrables qui te servent jour et nuit se tiennent devant toi et, contemplant la splendeur de ta face, n’interrompent jamais leur louange… »

L’Eucharistie est célébrée sur la Terre, dans une assemblée plus ou moins vaste, à tel moment du temps, dans telle langue et même selon telle ou telle liturgie. Mais elle est aussi une participation à la liturgie céleste, telle que le livre de l’Apocalypse nous la fait entrevoir. Après les lettres aux sept Eglises d’Asie Mineure, la première vision nous place en face du Trône de Dieu. Devant lui se trouvent vingt-quatre Vieillards (c’était au temps où la vieillesse était en honneur) et les quatre Vivants du livre d’Ezéchiel (chapitre 1).

« Ils ne cessent de répéter jour et nuit : ‘Saint, saint, saint, Seigneur Maître de tout. Il était, Il est et il vient.’ Et chaque fois que les Vivants offrent gloire, honneur et action de grâces à Celui qui trône et qui vit dans les siècles des siècles, les vingt-quatre Vieillards se prosternent… Ils lancent leurs couronnes devant le trône en disant : ‘Tu es digne, ô notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance’ » (Apocalypse 4, 8-11).

« Avec les anges et tous les saints »

L’épître aux Hébreux associe les saints et les anges : « Vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d’anges en fête et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à la perfection » (Hébreux 12, 22-23).

De même, dans la finale de la plupart des préfaces, les êtres célestes ne sont pas seuls à chanter le Sanctus qui suit : avec les saints, ils forment un seul chœur. «  C’est pourquoi, avec les anges et tous les saints, nous proclamons ta gloire… » Dans la préface de la Toussaint, le motif  d’action de grâce, c’est d’être précédés par « nos frères les saints, déjà rassemblés, qui chantent déjà ta louange ». La finale reprend ce thème : « C’est pourquoi, avec cette foule immense que nul ne peut dénombrer… »

Ces derniers mots viennent du livre de l’Apocalypse. Après les 144 000 venus des douze tribus d’Israël, voici que se présente « une foule immense, que nul ne peut dénombrer… » Ils sont associés à la louange des Anges, des Vieillards et des quatre Vivants : « Amen, louange, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » (Apocalypse 7, 9-12).

La scène dont l’auteur du livre de l’Apocalypse, « Jean », est le témoin se déroule dans le ciel. Mais les préfaces associent les fidèles que nous sommes, encore sur la Terre et marqués par le péché, à la louange céleste. « Unis à leur hymne d’allégresse, nous te chantons… »  

« Avec les anges et tous les saints, nous te chantons »

Il n’allait pas de soi que nous soyons, dès maintenant, associés à la liturgie céleste. Avant de réciter le Notre Père, une formule très ancienne et toujours en usage parle d’audace : « nous osons dire… ». La même formule vaudrait avant le chant du Sanctus. Nous devrions rendre grâce d’être déjà admis devant le trône de Dieu.

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