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Le pape François avec des enfants

PHOTO.VA - OSSERVATORIO ROMANO

« La paix se construit tous les jours », dit le pape François aux enfants

Dénonçant l’industrie des armes qui alimente la guerre par profit et plaidant pour le pardon et la réinsertion des personnes condamnées, le pape explique à 7.000 enfants ce qu’est la paix. Voici notre traduction intégrale de son dialogue avec eux.

« La paix n’est pas un produit industriel : la paix est un produit artisanal. Elle se construit tous les jours avec notre travail, avec notre vie, avec notre amour, avec notre proximité… La paix est un travail, ce n’est pas rester tranquilles… La véritable paix, c’est de travailler pour que tous aient la solution à leurs problèmes, à leurs besoins », explique le pape François aux enfants.

Le pape François a reçu quelques 7.000 enfants d’écoles primaires provenant de toute l’Italie, sous l’égide de la fondation italienne « La Fabrique de la paix » (« La Fabbrica della Pace »), dans la salle Paul VI du Vatican, ce 11 mai 2015.

Il a répondu d’abondance de cœur aux questions qui lui ont été posées, expliquant notamment ce qu’était la paix : « La paix est avant tout qu’il n’y ait pas de guerre, mais aussi qu’il y ait la joie, qu’il y ait l’amitié entre tous, que tous les jours on fasse un pas en avant pour la justice… ». Car « là où il n’y a pas de justice, il ne peut pas y avoir de paix », a-t-il fait répéter aux enfants.

Il a dénoncé une nouvelle fois l’industrie des armes : « c’est grave ! … C’est l’industrie de la mort !… Vous savez, la cupidité nous fait beaucoup de mal : l’envie d’avoir plus, plus, plus d’argent… on sacrifie beaucoup et on fait la guerre pour défendre l’argent… On gagne de l’argent, mais on perd des vies, on perd la culture, on perd l’éducation, on perd beaucoup de choses. »

Le pape a aussi plaidé pour le pardon et la réinsertion des personnes condamnées : « Il y a toujours le pardon et nous devons apprendre à pardonner en aidant celui qui a fait une erreur à se réinsérer… c’est un travail très difficile, parce que c’est plus facile de rejeter de la société une personne qui a fait une erreur grave et de la condamner à mort, en l’enfermant à perpétuité… »

A.K.

Dialogue du pape François avec les enfants

Chers enfants, bonjour !

Et chers « non-enfants », bonjour !

J’ai entendu les questions que vous avez posées. Je les ai écrites ici, les questions… Il y en a treize. Mais vous êtes forts pour poser des questions ! Je vais parler à partir de vos questions.

Chiara : Je me dispute souvent avec ma sœur. Mais toi, est-ce que tu t’es déjà disputé avec ta famille ?

C’est une question réelle. Je suis tenté de poser cette question : Que lève le doigt ceux qui ne se sont jamais disputés avec leur frère ou avec quelqu’un de leur famille, vraiment jamais !… Cela nous est arrivé à tous ! Cela fait partie de la vie, parce : je veux jouer à un jeu, l’autre veut jouer à un autre, et nous nous disputons… Mais l’important, à la fin, c’est de faire la paix. Oui, nous nous disputons, mais ne finissez pas la journée sans faire la paix. Moi aussi, je me suis disputé souvent, et même maintenant… Je m’échauffe un peu, mais je cherche toujours à faire la paix ensemble. C’est humain de se tromper. L’important est que ça ne reste pas, qu’après, il y ait la paix. Compris ?

Deuxième : Je voudrais réciter une poésie au pape. Le titre de la poésie est « La paix se construit ».

C’est vrai, la paix se construit tous les jours. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de guerre. Malheureusement il y aura des guerres… Nous pensons qu’un jour, il n’y aura pas de guerre, et puis… Pour ne pas tomber dans une autre guerre, la paix se construit tous les jours. La paix n’est pas un produit industriel : la paix est un produit artisanal. Elle se construit tous les jours avec notre travail, avec notre vie, avec notre amour, avec notre proximité, avec notre amour. Compris ? La paix se construit tous les jours !

Sainteté, mais ça ne vous fatigue pas d’être au milieu de tant de gens ? Vous ne voudriez pas un peu de paix ?

Souvent, je voudrais un peu de tranquillité, me reposer un peu plus. C’est vrai. Mais être avec les gens n’enlève pas la paix. Oui, il y a du vacarme, du bruit, ça bouge… Mais cela n’enlève pas la paix. Ce qui enlève la paix, c’est quand on ne s’aime pas. C’est cela qui enlève la paix ! Mais c’est beau d’être avec les gens, cela n’enlève pas la paix ! Cela fatigue un peu parce qu’on se fatigue, je ne suis pas tout jeune… Mais cela n’enlève pas la paix !

Quatrième question, d’un enfant égyptien : Cher pape, nous, nous venons de pays pauvres et avec des guerres. L’école nous aime ; pourquoi les personnes puissantes n’aident-elles pas l’école ?

Pourquoi les personnes puissantes n’aident-elles pas l’école ? On peut poser une question encore un peu plus grande : pourquoi tant de personnes puissantes ne veulent-elles pas la paix ? Parce qu’elles vivent des guerres ! L’industrie des armes : c’est grave ! Les puissants, certains puissants, y gagnent avec les usines des armes et ils vendent des armes à ce pays qui est contre cet autre, et ensuite ils les vendent à celui-là qui est contre celui-ci… C’est l’industrie de la mort ! Et ils y gagnent. Vous savez, la cupidité nous fait beaucoup de mal : l’envie d’avoir plus, plus, plus d’argent. Quand nous voyons que tout tourne autour de l’argent – le système économique tourne autour de l’argent et pas autour de la personne, de l’homme, de la femme, mais de l’argent – on sacrifie beaucoup et on fait la guerre pour défendre l’argent. Et c’est pour cela que tant de gens ne veulent pas la paix. On gagne plus avec la guerre. On gagne de l’argent, mais on perd des vies, on perd la culture, on perd l’éducation, on perd beaucoup de choses. C’est pour cela qu’on ne la veut pas. Un vieux prêtre que j’ai connu il y a longtemps disait cela : le diable entre par le portefeuille. Par la cupidité. C’est pour cela qu’ils ne veulent pas la paix !

Rafael, cela m’a beaucoup ému, ce que tu as dit. [Il le dit en espagnol]. Cela m’a touché. Ta question, tu l’as faite en espagnol. Tu voudrais savoir : Y a-t-il une raison pour laquelle un enfant, sans rien faire de mal, peut venir au monde, naître, avec les problèmes que j’ai eus ? Que suggérez-vous que je fasse pour que les enfants comme moi ne souffrent pas ?

Cette question est une des plus difficiles auxquelles répondre. Il n’y a pas de réponse ! Il y a eu un grand écrivain russe, Dostoievski, qui a posé la même question : pourquoi les enfants souffrent-ils ? On peut seulement lever les yeux vers le ciel et attendre des réponses qui n’existent pas. Il n’y a pas de réponse à cela, Rafael. En revanche, il y en a, oui, pour la seconde partie : « Que puis-je faire pour qu’un enfant ne souffre pas ou souffre moins ? ». Être proche de lui. La société doit chercher à avoir des centres de soin, de guérison, des centres aussi de soins palliatifs pour que les enfants ne souffrent pas ; elle doit développer l’éducation des enfants qui ont des maladies. Il faut beaucoup travailler. Je n’aime pas dire, par exemple, qu’un enfant est handicapé. Non ! Cet enfant a une capacité différente, une capacité différente ! Il n’est pas handicapé ! Nous avons tous des capacités, tous ! Tout le monde a la capacité de nous donner quelque chose, de faire quelque chose. Je n’ai pas répondu à la première question, mais à la seconde, oui.

Cher pape, y a-t-il une possibilité de pardon pour ceux qui ont fait du mal ?

Écoutez bien ceci : Dieu pardonne tout ! Compris ? C’est nous qui ne savons pas pardonner. C’est nous qui ne trouvons pas de voies pour le pardon, souvent par incapacité ou parce que – cette petite fille qui a posé cette question a son papa en prison – c’est plus facile de remplir les prisons que d’aider ceux qui ont fait des erreurs dans la vie à avancer. La voie la plus facile ? Nous allons en prison. Il n’y a pas de pardon. Et le pardon, qu’est-ce que cela signifie ? Tu es tombé ? Relève-toi ! Je vais t’aider à te relever, à te réinsérer dans la société. Il y a toujours le pardon et nous devons apprendre à pardonner, mais comme ceci : en aidant celui qui a fait une erreur à se réinsérer. Il y a une belle chanson que chantent les chasseurs alpins. Ils disent plus ou moins ceci : « Dans l’art de la montée, la victoire ne consiste pas à ne pas tomber, mais à ne pas rester par terre ». Nous tombons tous, nous faisons tous des erreurs. Mais notre victoire sur nous-mêmes et sur les autres – pour nous-mêmes – c’est de ne pas rester « par terre » et d’aider les autres à ne pas rester « par terre ». Et c’est un travail très difficile, parce que c’est plus facile de rejeter de la société une personne qui a fait une erreur grave et de la condamner à mort, en l’enfermant à perpétuité… Le travail doit toujours être de réinsérer, de ne pas rester par terre.

Voici une belle question : « Et si une personne ne veut pas faire la paix avec toi, qu’est-ce que tu ferais ? »

Avant tout, le respect pour la liberté de la personne. Si cette personne ne veut pas parler avec moi, ne veut pas faire la paix avec moi, si elle a à l’intérieur d’elle-même, je ne dis pas de la haine, mais un sentiment contre moi… Respecter ! Prier, mais jamais, ne jamais se venger. Le respect. Tu ne veux pas faire la paix avec moi, j’ai fait tout mon possible pour la faire, mais je respecte ton choix. Nous devons apprendre le respect. Dans le travail artisanal qui consiste à faire la paix, le respect pour les personnes est toujours, toujours à la première place. Compris ? Le respect !

Et un garçon détenu à Casal del Marmo pose cette question : « Pour les jeunes comme moi, la réponse, c’est souvent la prison. Êtes-vous d’accord ? »

Non, je ne suis pas d’accord. Je redis ce que j’ai dit : c’est aider à te relever, à te réinsérer, par l’éducation, par l’amour, par la proximité. Mais la solution de la prison est la plus commode pour oublier ceux qui souffrent ! Je vous donne un conseil : quand on vous dit qu’un tel est en prison, ou que quelqu’un d’autre est en prison, dites-vous à vous-mêmes : « Moi aussi je peux faire les mêmes bêtises que lui ». Nous pouvons tous faire les pires bêtises ! Ne jamais condamner. Toujours aider à se relever et à se réinsérer dans la société.

Cher pape, j’ai neuf ans et j’entends toujours parler de la paix. Mais qu’est-ce que la paix ? Pouvez-vous me l’expliquer ? J’en profite pour te dire qu’en septembre je vais à Lourdes avec l’Unitalsi. Pourquoi ne viens-tu pas conduire le train, comme cela nous n’arriverons pas en retard ?

Tu as été bon, bravo ! La paix est avant tout qu’il n’y ait pas de guerre, mais aussi qu’il y ait la joie, qu’il y ait l’amitié entre tous, que tous les jours on fasse un pas en avant pour la justice, pour qu’il n’y ait pas d’enfants qui aient faim, pour qu’il n’y ait pas d’enfants malades qui n’ont pas la possibilité d’être aidés pour leur santé… Faire tout cela, c’est faire la paix. La paix est un travail, ce n’est pas rester tranquilles… Non, non ! La véritable paix, c’est de travailler pour que tous aient la solution à leurs problèmes, à leurs besoins, qu’ils l’aient sur leur terre, dans leur patrie, dans leur famille, dans leur société. C’est ainsi qu’on fait la paix – comme j’ai dit – ‘artisanale’.

Toi ! : Cher pape, comment la religion peut-elle nous aider dans la vie ?

La religion nous aide parce qu’elle nous fait cheminer en présence de Dieu ; elle nous aide parce qu’elle nous donne les Commandements, les Béatitudes ; elle nous aide surtout – toutes les religions, parce que tous ont un commandement qui est commun – à aimer notre prochain. Et « aimer notre prochain nous aide tous pour la paix. Cela nous aide tous à faire la paix, à avancer dans la paix.

Mais d’après toi, pape, un jour, nous serons tous égaux ?

On peut répondre à cette question de deux manières : nous sommes tous égaux – tous ! – mais on ne nous reconnaît pas cette vérité, on ne nous reconnaît pas cette égalité, et c’est pourquoi certains sont plus – disons le mot, mais entre guillemets – heureux que les autres. Mais ce n’est pas un droit ! Nous avons tous les mêmes droits ! Quand on ne voit pas cela, cette société est injuste. Elle n’est pas selon la justice. Et là où il n’y a pas de justice, il ne peut pas y avoir de paix. Compris ? Disons-le ensemble, voyons si vous êtes forts, j’aimerais qu’on le répète ensemble plusieurs fois… Écoutez bien, c’est comme cela : « Là où il n’y a pas de justice, il n’y a pas de paix ! »… Tous…

[ils répètent plusieurs fois : Là où il n’y a pas de justice, il n’y a pas de paix !]

Voilà. Apprenez bien cela.

Et la dernière question, la treizième : Après cette rencontre, est-ce que cela va vraiment changer quelque chose ?

Toujours ! Quand nous faisons quelque chose ensemble, quelque chose de beau, quelque chose de bon, tout le monde change. Nous changeons tous quelque chose. Et cela nous fait du bien. Avancer avec cette rencontre, cela nous fait du bien. Cela nous fait beaucoup de bien ! Nous tous, aujourd’hui, nous devons sortir de cette rencontre un peu changés : en mieux ou en pire ?

Les enfants : En mieux !

Le pape : Vous avez dit « en pire » ?

Les enfants : En mieux !

Le pape : Un peu changés en mieux.

Chers enfants, merci beaucoup pour vos questions. Ils ont été sages ! Merci beaucoup et priez pour moi.

[Bénédiction]

Le pape : Et travaillez pour la paix ! Compris ?

Les enfants : Oui !

Le pape : C’était comment, déjà ? Là où il n’y a pas de justice, il n’y a pas de paix. C’était comment ?

Les enfants : Là où il n’y a pas de justice, il n’y a pas de paix !

Le pape : Encore une fois !

Les enfants : Là où il n’y a pas de justice, il n’y a pas de paix !

Le pape : Une dernière fois…

Les enfants : Là où il n’y a pas de justice, il n’y a pas de paix !

Traduction de Zenit, Constance Roques

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