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Irlande : « I am sorry », dit Benoît XVI aux victimes d’abus sexuels

Lettre pastorale aux catholiques d’Irlande

ROME, Samedi 20 mars 2010 (ZENIT.org) – « You have suffered grievously and I am truly sorry. I know that nothing can undo the wrong you have endured. » : « Vous avez terriblement souffert et j’en suis vraiment désolé. Je sais que rien ne peut effacer le mal que vous avez enduré » : pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise un pape écrit aux fidèles d’une Nation et exprime ses regrets pour les fautes de certains prêtres et religieux d’un diocèse, Dublin.

Le Vatican a publié ce matin la « Lettre pastorale » de Benoît XVI aux catholiques d’Irlande. Lettre « pastorale » et non technique ou juridique, mais personnelle, humble, directe  – le pape dit « je » et « vous ».

Courage et détermination

Une lettre relativement brève (22.000 signes environ) mais complète et qui s’adresse aux victimes, aux coupables, aux fidèles, aux évêques et annonce des mesures, dont la prochaine nomination d’un visiteur apostolique. Le pape demande en effet « d’affronter le problème des abus qui ont lieu au sein de la communauté catholique irlandaise et de le faire avec courage et détermination ».

Et lorsqu’il s’adresse aux victimes, il rappelle qu’il a rencontré certaines victimes en différentes occasions, qu’il les a écoutées et qu’il le refera : « J’ai rencontré des victimes d’abus sexuels, et je suis disposé à le refaire à l’avenir. Je me suis arrêté pour parler avec eux, j’ai écouté leurs récits, j’ai pris acte de leur souffrance, j’ai prié avec eux et pour eux ».

Le pape a rencontré ces personnes lors de son voyage aux Etats-Unis, à Washington, lors de son voyage en Australie, à Sydney, et au Vatican, le 29 avril 2009, en rencontrant des membres d’une communauté autochtone du Canada (cf. Zenit du 29 avril 2009).

Personne n’écoutait

Aux victimes, le pape adresse ces paroles qui manifestent qu’il connaît leur souffrance : « Votre confiance a été trahie, et votre dignité a été violée. Beaucoup d’entre vous, alors que vous étiez suffisamment courageux pour parler de ce qui vous était arrivé, ont fait l’expérience que personne ne vous écoutait. Ceux d’entre vous qui ont subi des abus dans les collèges doivent avoir eu l’impression qu’il n’y avait aucun moyen d’échapper à leur souffrance ».

Le pape souligne cette conséquence dans la relation à l’Eglise et exprime la « honte » et le « remord » de l’Eglise : « In her name, I openly express the shame and remorse that we all feel », déclare le pape. En français, voici le passage : « Il est compréhensible que vous trouviez difficile de pardonner ou de vous réconcilier avec l’Eglise. En son nom, je vous exprime ouvertement la honte et les remords que nous éprouvons tous ».

Guérison et libération

Pourtant, Benoît XVI les invite à l’espérance : « Je vous demande de ne pas perdre l’espérance. C’est dans la communion de l’Eglise que nous rencontrons la personne de Jésus Christ, lui-même victime de l’injustice et du péché. Comme vous, il porte encore les blessures de sa souffrance injuste. Il comprend la profondeur de votre peine et la persistance de son effet dans vos vies et dans vos relations avec les autres, y compris vos relations avec l’Eglise ».

On perçoit que le pape a écouté les victimes : « Je sais que certains d’entre vous trouvent également difficile d’entrer dans une église après ce qui s’est passé ». Il les invite à se tourner vers le Christ qui apporte la « guérison » et « apporte la libération et la promesse d’un nouveau départ ».

Surtout, le pape sait que même ces paroles peuvent être difficiles alors, il invite à prendre le temps de le lire : « En m’adressant à vous comme pasteur, préoccupé par le bien de tous les enfants de Dieu, humblement, je vous demande de réfléchir sur ce que je vous ai dit. Je prie afin que, en vous approchant du Christ et en participant à la vie de son Eglise – une Eglise purifiée par la pénitence et renouvelée dans la charité pastorale – vous puissiez redécouvrir l’amour infini du Christ pour chacun de vous. Je suis confiant dans le fait que, de cette manière, vous serez capables de trouver la réconciliation, une guérison intérieure profonde et la paix. »

Crimes monstrueux

Le pape rappelle qu’il avait condamné ces « crimes monstrueux » dès 2006 : « J’ai demandé aux évêques d’Irlande, à l’occasion de leur visite ad limina de 2006, d’« établir la vérité sur ce qui est arrivé par le passé, de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que cela ne se reproduise à l’avenir, d’assurer que les principes de justice soient pleinement respectés et, surtout, de soutenir les victimes et tous ceux qui sont victimes de ces crimes monstrueux » (Discours aux évêques d’Irlande, 28 octobre 2006) .

Le pape s’adresse ensuite aux coupables et aux évêques, soulignant les manquements graves , et en demandant toute la vérité et les sanctions des tribunaux (cf. article ci-dessous).

Renouveau intérieur

Benoît XVI s’adresse aussi aux familles des victimes. Evoquant leur devoir « noble et exigeant » d’être les premiers éducateurs de leurs enfants, il leur dit sa proximité : « Soyez certains que je suis proche de vous et que je vous assure du soutien de ma prière ».

Le pape encourage les jeunes : « Gardez les yeux fixés sur Jésus et sur sa bonté et protégez dans votre cœur la flamme de la foi ».

Il s’adresse aussi aux prêtres et religieux : « En ce temps de souffrance, je veux rendre acte du dévouement de votre vie de prêtres et de religieux et de vos apostolats, et je vous invite à réaffirmer votre foi en Christ, votre amour envers son Eglise et votre confiance dans la promesse de rédemption, de pardon et de renouveau intérieur de l’Evangile. De cette manière, vous démontrerez à tous que, là où le péché abonde, la grâce surabonde (cf. Rm 5, 20). »

A tous les catholiques d’Irlande, le pape propose différents moyens spirituels de renouveau, comme l’ascèse du vendredi : « Je vous invite tous à présent à consacrer vos pénitences du vendredi, pendant une année entière, d’aujourd’hui jusqu’à Pâques 2011, à cette intention. Je vous demande d’offrir votre jeûne, votre prière, votre lecture de la Sainte Ecriture et vos œuvres de miséricorde pour obtenir la grâce de la guérison et du renouveau pour l’Eglise qui est en Irlande. Je vous encourage à redécouvrir le sacrement de la Réconciliation ».

Il demande aux évêques des églises ou des chapelles dédiées à l’adoration eucharistique.

Le pape annonce aussi l’envoi d’un visiteur apostolique « dans plusieurs diocèses d’Irlande », « des séminaires et des congrégations religieuses » pour « aider l’Eglise locale dans son chemin de renouveau ».

Il demande aussi l’organisation d’une « mission » nationale pour tous les évêques, les prêtres et les religieux pour les aider à « redécouvrir les racines de [la] foi en Jésus Christ ».

Le pape leur adresse une prière pour l’Eglise d’Irlande composée avec « l’attention qu’un père a pour ses enfants et avec l’affection d’un chrétien comme [eux], scandalisé et blessé par ce qui est arrivé ».

Anita S. Bourdin

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