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Interventions au Synode des évêques mercredi matin 12 octobre

ROME, Jeudi 13 octobre 2005 (ZENIT.org).- Nous publions ci-dessous les résumés des interventions des pères du synode et des auditeurs qui ont pris la parole mercredi matin 12 octobre, lors de la quinzième congrégation générale.

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– S.Em. Le Card. Jānis PUJATS, Archevêque de Riga (LETTONIE)
– S. Exc. Mgr. Jean-Pierre KUTWA, Archevêque de Gagnoa (CÔTE D’IVOIRE)
– S. Exc. Mgr. Oswald Thomas Colman GOMIS, Archevêque de Colombo, Secrétaire Général de la Fédération des Conférences des Évêques d’Asie (F.A.B.C.) (SRI LANKA)
– S. Exc. Mgr. Fernando R. CAPALLA, Archevêque de Davao, Président de la Conférence Épiscopale (Davao, PHILIPPINES)
– S. Exc. Mgr. Angel FLORO MARTÍNEZ, I.E.M.E., Évêque de Gokwe (ZIMBABWE)
– S.Em. Le Card. George PELL, Archevêque de Sydney (AUSTRALIE)
– S. Exc. Mgr. Joseph MERCIECA, Archevêque de Malte, Président de la Conférence Épiscopale (MALTE)
– S. Exc. Mgr. Zbigniew KIERNIKOWSKI, Évêque de Siedlce (POLOGNE)
– S. Exc. Mgr. Hil KABASHI, O.F.M., Évêque titulaire de Torri di Bizacena, Administrateur Apostolique de l’Administration Apostolique d’Albanie Méridionale (ALBANIE)
– S. Exc. Mgr. Fulgence RABEMAHAFALY, Archevêque de Fianarantsoa (MADAGASCAR)
– S.Em.le Card. Attilio NICORA, Président de l’Administration du Patrimonie du Siège Apostolique (CITÉ DU VATICAN)
– Très Rév. P. Ottaviano D’EGIDIO, C.P., Préposé Général de la Congrégation de la Passion de Jésus-Christ
– S. Exc. Mgr. Emile DESTOMBES, M.E.P., Évêque titulaire d’Altava, Vicaire Apostolique de Phnom-Penh (CAMBODGE)
– S. Exc. Mgr. Zygmunt ZIMOWSKI, Évêque de Radom (POLOGNE)
– S. Exc. Mgr. Franjo KOMARICA, Évêque de Banja Luka (BOSNIE ET HERZÉGOVINE)
– S. Exc. Mgr. Luigi PADOVESE, O.F.M. CAP., Évêque titulaire de Monteverde, Vicaire Apostolique d’Anatolie (Anatolie, TURQUIE)
– S.Em. Le Card. Marc OUELLET, P.S.S., Archevêque de Québec (CANADA)

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– S.Em. Le Card. Jānis PUJATS, Archevêque de Riga (LETTONIE)

Dans les églises paroissiales, le lieu particulièrement adapté (in presbyterio) pour le Très Saint Sacrement est le maître-autel qui abrite le tabernacle. Dans ce cas, le maître-autel, avec son retable, est vraiment le trône du Christ-Roi et attire à lui les regards de tous ceux qui sont dans l’église.
La présence du Saint Sacrement à l’endroit principal de l’église donne aux fidèles l’occasion d’adorer Dieu même en dehors du sacrifice de la Messe (par exemple dans l’intervalle de temps entre les différents offices divins). Ils viennent en effet à l’église pour prier, et non pas pour bavarder. Avant la Communion, il appartient aux prêtres d’inviter les fidèles à la confession individuelle des péchés.
Le meilleur endroit pour la confession des fidèles est le confessionnal, placé dans l’église et doté d’une grille fixe entre le confesseur et le pénitent. Dans la mesure du possible, les prêtres doivent créer les conditions pour que les fidèles accèdent au sacrement de Pénitence. En effet, si les hommes vivent et meurent dans le péché, tout autre effort pastoral est vain.
Il convient de réserver chaque jour un temps à la confession, selon un horaire préétabli, en particulier avant la Messe. Si nous voulons vraiment renouveler la vie spirituelle du peuple, il ne nous est permis de quitter le confessionnal qu’après que le dernier pénitent a reçu le pardon.
Aux prêtres et aux laïcs qui participent généralement à la Table du Seigneur chaque jour, il faut conseiller la confession individuelle une fois par mois environ. Pour les autres, la confession est nécessaire au moins chaque fois qu’ils accèdent à la Communion.
En général, il faut éliminer l’abus consistant à accéder à la Communion sans le Sacrement de la Pénitence. Par le passé, on avait l’habitude, pendant la Messe, d’aller en procession à la Communion. Mais, progressivement, cette pratique a été justement supprimée pour des raisons pastorales. Comme nous le savons, à l’église, le peuple a un comportement collectif. Tous répondent aux paroles du prêtre, tous, assis, écoutent les lectures de la Sainte Écriture, tous se mettent debout pour l’Évangile, tous s’agenouillent au moment de la Consécration et – ce que nous déplorons! – tous se lèvent pour participer à la Communion en procession – et parmi eux le pharisien comme le publicain, le pénitent tout comme le non-pénitent. Les fidèles ont peur de rester en dehors de cette procession, car de cette façon ils s’exposent publiquement comme indignes. Telle est la raison pour laquelle cet abus s’est si vite affirmé. Que faire? Il faut retrouver l’habitude d’accéder individuellement à la Communion, afin de préserver la liberté de conscience. La Messe est une action commune, mais la Communion doit demeurer individuelle.

[Texte original: latin]

– S. Exc. Mgr. Jean-Pierre KUTWA, Archevêque de Gagnoa (CÔTE D’IVOIRE)

Je voudrais me référer dans mon intervention au n° 25 de l’Instrumentum laboris: rapport entre l’Eucharistie et les fidèles.
En Côte d’Ivoire, l’on constate avec émerveillement que les fidèles laïcs participent très nombreux aux célébrations eucharistiques du dimanche, à telle enseigne que mêmes les grands édifices religieux deviennent trop exigus. Cette participation est encore plus grande pendant les grandes fêtes liturgiques. Il faut aussi souligner que même en semaine, dans beaucoup de paroisses, le nombre de fidèles qui viennent à la Messe est en continuelle augmentation.
Mais malheureusement, cette participation massive à l’Eucharistie est souvent réduite à ses aspects extérieurs. Tous n’en comprennent pas le véritable sens qui naît à partir de la foi en Jésus Fils de Dieu. Parmi les multiples causes de cet état de chose, je m’en vais retenir celle de la méconnaissance de la Parole de Dieu. La foi ne naît-elle pas à l’écoute de la Parole; ne grandit- elle pas au contact de cette même « Parole qui est esprit et vie»? (Jn 6,63).
Il n’est un secret pour personne que pendant de très nombreuses années, la majorité des fidèles catholiques n’avaient accès à la Parole de Dieu que par la prédication des agents pastoraux. Cela a conduit inexorablement beaucoup de fidèles à une ignorance notoire de l’Écriture Sainte. Saint Jérôme ne dit-il pas «qu’ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ»?.
Croire en Jésus, c’est recevoir sa Parole et accepter de la mettre en pratique. En effet, l’écoute et la méditation de la Parole de Dieu permet, en un certain sens, de connaître la personne du Christ, de l’assimiler et de l’aimer au point d’aspirer à la réception de son Corps comme un cerf aspire après l’eau vive.
Comment faire alors pour que la Parole de Dieu soit mieux connue? Il nous faudrait donner droit de cité à l’apostolat biblique qui n’est pas encore connu dans beaucoup de paroisses. Cela pour donner aux fidèles l’habitude de la fréquentation régulière, assidue de la Bible. C’est une urgence pour nous d’arriver à créer dans l’âme de nos fidèles la faim de la connaissance de la Parole de Dieu.
En lisant, en méditant la Parole de Dieu et en s’engageant à la suivre, le regard du fidèle s’affinera et Jésus apparaîtra comme le vrai pain descendu du ciel dont il a absolument besoin.
La table de la Parole et la table de l’Eucharistie étant intimement liée, je souhaiterais que pour une entrée plus profonde dans le mystère de la foi qu’est l’Eucharistie, le thème du prochain synode des évêques soit sur la Parole de Dieu.

[Texte original: français]

– S. Exc. Mgr. Oswald Thomas Colman GOMIS, Archevêque de Colombo, Secrétaire Général de la Fédération des Conférences des Évêques d’Asie (F.A.B.C.) (SRI LANKA)

Même si beaucoup de choses ont été dites sur l’aspect doctrinal de l’Eucharistie par les vénérables Pères de ce Synode, je crois qu’il y a peu de chose à ajouter à ce qui a été déjà clairement affirmé dans les documents Ecclesia de Eucharistia, Redemptoris Sacramentum et Mane nobiscum Domine. Pour nous ici présents, il est plus important d’approfondir les aspects pastoraux de la question et de voir comment nous pouvons promouvoir cette dévotion de manière à rendre le Seigneur Eucharistie vivant dans le cœur et dans l’esprit de nos fidèles dans le cadre de leur vie quotidienne.
Avec cet enseignement, nous devons assurer la promotion d’un témoignage visible de notre foi dans le Seigneur Eucharistie. Et ceci doit être fait davantage au travers des actions que des paroles. Il a déjà été fait référence ici aux nombreux abus et aberrations qui adviennent lors de la célébration de l’Eucharistie ainsi qu’à un évident manque de respect vis-à-vis du Très Saint Sacrement. Naturellement, de tels abus de la part des ministres de l’Eucharistie ne peuvent manquer de miner la foi des personnes et affectent surtout les jeunes générations. On a fait référence à la sécularisation et au relativisme. Il est regrettable qu’ils commencent à parvenir même en Asie.
En respectant les normes liturgiques communes, nous devons faire une étude approfondie des modèles culturels des différents peuples et les intégrer à notre liturgie. Les modèles culturels diffèrent d’un continent à l’autre et souvent même d’un pays à l’autre. C’est pourquoi les liturgistes devront étudier ces modèles dans leurs régions respectives et intégrer les formes de la plus grande adoration dans l’adoration de l’Eucharistie.
Le document ne souligne pas une signification très importante de l’Eucharistie, qui pourrait porter de riches fruits pastoraux. Celle de la conversion. L’Eucharistie est une conversion de la communauté chrétienne et de chaque chrétien au Corps du Christ. Ce lien entre Corps eucharistique et Corps mystique est illustré par Saint Paul dans sa première Lettre aux Corinthiens (11 et 12). Nous devons affirmer que cette transformation est le but du mystère eucharistique.
Pour conclure, nous avons aujourd’hui le grave problème du fondamentalisme chrétien qui influe sur notre foi dans l’Eucharistie. Le Synode doit examiner ce danger. Autrement, cela consisterait à planter un bel arbre – notre foi dans l’Eucharistie – alors qu’un virus dangereux l’attaque.

[Texte original: anglais]

– S. Exc. Mgr. Fernando R. CAPALLA, Archevêque de Davao, Président de la Conférence Épiscopale (Davao, PHILIPPINES)

Au centre de la Liturgie eucharistique, existe un dynamisme au travers duquel Jésus est révélé à ses disciples. À partir de ce saint processus, la communion et l’engagement authentiques se trouvent approfondis.
Le dynamisme est constitué par trois mouvements liés entre eux: a) le mouvement descendant de la Liturgie de la Parole, b) le mouvement ascendant de la Prière eucharistique et c) le mouvement descendant de la Paix et de la Communion Eucharistiques.
Le premier mouvement est analogue à la dynamique de l’Évangile de Jean, lorsqu’il affirme que “le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous” (1, 14). De manière analogue, Jésus descend dans la Sainte Liturgie au travers des Écritures Saintes, du célébrant et de l’assemblée des fidèles comme il l’a fait au cours de sa vie publique.
Dans le deuxième mouvement, Jésus s’élève avec le célébrant et l’assemblée des fidèles du lieu où ils se trouvaient jusqu’au lieu où il se trouve Lui, c’est-à-dire le pain et le vin consacrés, à présent transformés en son Corps et en son Sang. Ici, tant le célébrant que l’assemblée des fidèles le contemplent de manière plus intense comme don authentique au milieu d’eux.
Dans le troisième mouvement, Jésus descend encore une fois vers le lieu où se trouvent le célébrant et l’assemblée des fidèles. Il leur porte à présent la paix eucharistique et leur révèle leur mission en qualité de disciples engagés.

[Texte original: anglais]

– S. Exc. Mgr. Angel FLORO MARTÍNEZ, I.E.M.E., Évêque de Gokwe (ZIMBABWE)

La Conférence épiscopale du Zimbawé (ZCBC) a tenu son Assemblée plénière en avril dernier, sur le thème “Sur notre chemin de vie, le Seigneur Jésus est présent à la table de la Parole et de l’Eucharistie”. Elle a été organisée en réponse à l’Année de l’Eucharistie et à un précédent appel de la SECAM pour célébrer en 2005 l’Année de la Bible en Afrique.
L’Instrumentum laboris nous rappelle tout cela au n. 46: “En union avec la Liturgie Eucharistique, celle de la Parole qualifie la Célébration comme un acte de culte unique, qui n’admet aucune fracture”. Les numéros 54 et 56 traitent du même argument dans un sens pratique.
Nos liturgies eucharistiques connaissent une bonne fréquentation et constituent véritablement une fête et une célébration, avec une participation active qui est exprimée avec joie par les fidèles à travers des chants et des danses appropriées.
Je souhaiterais vous soumettre ici les principaux défis qu’affrontent nos fidèles, qui ne sont pas tant de nature théologique que de nature pastorale:
1. La première difficulté concerne la disponibilité et l’accès à l’Eucharistie pour beaucoup de nos catholiques.
Le manque de prêtres et le fait que nos fidèles sont éparpillés à travers un grand nombre de vastes zones rurales font qu’ils ne peuvent disposer d’un prêtre pour l’Eucharistie qu’une seule fois par mois, voire tous les deux mois, ou à des intervalles plus longs encore.
Cela pose le problème de la place centrale de l’Eucharistie dans la vie de nos fidèles. Nos communautés rurales, qui se fondent avant tout sur la célébration de la Parole, peuvent-elles être appelées des communautés eucharistiques? Il s’agit d’un problème intéressant dont nous pourrions discuter au sein de nos groupes.
2. Le second défi concerne l’Eucharistie et le mariage. Plus précisément, la ZCBC a publié cette année une deuxième Lettre pastorale sur l’Eucharistie dans cette perspective, en exhortant les fidèles à apprécier l’importance de l’Eucharistie et sa relation profonde avec la dignité du sacrement du mariage, et en les encourageant à régulariser leur situation. De nombreux catholiques qui dans leur jeunesse s’approchaient de l’Eucharistie ne le font plus dans leur vie d’adulte à cause de mariages irréguliers.
3. L’Eucharistie et le sacrement de la Pénitence proposent un troisième défi. Nos fidèles comprennent la relation entre l’Eucharistie et le sacrement de la Pénitence et s’approchent souvent de ce sacrement. La Pénitence est considérée en quelque sorte comme l’acte de se laver les mains avant un repas, qui est une tradition chez nous; et l’Eucharistie est ce repas. Les nouvelles tendances, chez nos jeunes, semblent ne pas donner à la confession la même importance que par le passé; cela représente un défi pour nos prêtres et pour les artisans de la pastorale.
4. Pour un grand nombre de nos fidèles catholiques, l’Eucharistie est avant tout une nourriture qui trouve son origine dans la Dernière Cène du Jeudi Saint, plutôt qu’un sacrifice qui embrasse tout le mystère pascal. Il faudrait offrir à nos fidèles une catéchèse approfondie sur l’Eucharistie en tant que sacrifice. Ils sont certainement en mesure de comprendre cet aspect à la lumière de leur foi traditionnelle.
5. L’Eucharistie et sa dimension sociale dans notre peuple.
Notre peuple a encore beaucoup de chemin à parcourir avant de voir dans l’Eucharistie une source et une exigence en vue de partager avec les autres leurs richesses et leurs possessions dans un esprit de solidarité et comme expression de leur communion avec le Christ et son Église, un véritable engagement pour construire une société plus fraternelle et plus juste.
Comment rendre l’Eucharistie plus importante pour les malades, les porteurs de handicaps physiques ou mentaux, les minorités laissées-pour-compte, les réfugiés et les migrants? Il s’agit encore d’un défi qui nous est proposé.
“L’Église célèbre l’Eucharistie et l’Eucharistie construit l’Église”. Tel est bien le plus grand défi qui se présente à nous tous.

[Texte original: anglais]

– S.Em. Le Card. George PELL, Archevêque de Sydney (AUSTRALIE)

Nombre de Pères synodaux ont parlé des difficultés que l’Église rencontre dans le monde entier. Certaines d’entre elles sont dues à nos erreurs.
Le Concile Vatican II a porté de grandes bénédictions et des progrès substantiels, par exemple l’expansion missionnaire constante et les nouveaux mouvements et communautés. Mais il a aussi débouché sur une certaine confusion et un déclin, surtout en Occident, avec certaines zones d’effondrement brutal. Les bonnes intentions ne suffisent pas.
Deux secteurs en déclin en Océanie sont d’une part la baisse des vocations sacerdotales en Australie et en Nouvelle Zélande (mais pas dans toute l’Océanie) et la confusion évidente dans la prolifération des célébrations eucharistiques.
Mes recommandations à ce Synode sur la façon d’affronter ces “ombres” présupposent que l’on conserve dans l’Église latine la tradition ancienne de la discipline du célibat obligatoire pour le clergé diocésain ainsi que pour les ordres religieux. Relâcher cette tradition maintenant serait une grave erreur, qui créerait la confusion dans les terres de mission sans pour autant renforcer la vitalité spirituelle du Premier Monde. Ce serait un abandon de la pratique du Seigneur lui-même, qui aurait des effets très négatifs sur l’action de l’Église – par exemple financiers – et affaiblirait la signification de “signe” du sacerdoce; qui plus est, cela affaiblirait le témoignage du sacrifice d’amour, de la réalité des fins dernières et de la récompense du ciel.
Souvenons-nous de la situation de l’Église il y a 500 ans, juste avant la Réforme. C’était une communauté petite et faible, séparée de l’Église d’Orient. L’expansion considérable qu’elle a connu depuis et la purification accomplie au sommet de l’Église (imparfaite mais substantielle) ont pu être accomplies principalement par la grâce, à travers la vie des religieuses, religieux et prêtres célibataires. Les récents scandales sexuels n’ont pas éliminé ces acquis.
Je demande au Synode de dresser une nouvelle liste de suggestions et critères pour régler les célébrations eucharistiques, surtout celles du dimanche.
“Liturgie en attente de prêtre” serait mieux que “Liturgie sans prêtre”. Il n’existe pas de “liturgie dirigée par des laïcs”, parce que les laïcs ne peuvent diriger que les prières dévotionnelles et les para-liturgies. La suggestion de l’Archevêque Paolo de Haïti, qui a proposé d’utiliser le titre de “ministres spéciaux de la Sainte Communion” est préférable à “ministres de l’Eucharistie”.
Je suis d’accord avec la proposition de rédiger une liste de thèmes pour les homélies pour l’année liturgique. L’un de ces thèmes devrait être la nature de l’Eucharistie et le rôle essentiel du ministre consacré.
Les services de Communion et les liturgies de la Parole ne devraient pas remplacer la Messe lorsque des prêtres sont disponibles. Ces substitutions inutiles sont souvent motivées non pas par la faim du Pain de Vie, mais par l’ignorance et la confusion, quand ce n’est pas par l’hostilité au ministère sacerdotal et aux sacrements.
Jusqu’à quel point les célébrations régulières des services de Communion, dimanche après dimanche, représentent-ils un développement souhaitable? Ne sont-ils pas plutôt une distorsion, une “protestantisation” qui risque de jeter la confusion même chez ceux qui vont régulièrement à la Messe?

[Texte original: anglais]

– S. Exc. Mgr. Joseph MERCIECA, Archevêque de Malte, Président de la Conférence Épiscopale (MALTE)

Je me réfère au n° 65 de l’Instrumentum Laboris “De la célébration à l’adoration”: réflexions et conséquences que le culte eucharistique a eu sur la vie eucharistique de l’Église avant et après la Réforme liturgique de Vatican II.
L’expression “culte eucharistique” comprend les actes de culte rendus à l’Eucharistie en dehors de la Messe, tels que l’Adoration eucharistique, les Quarante Heures et la fête du Corpus Domini, et par lesquels on professe sa foi en la divinité de Jésus, Dieu et homme, dans le pain et le vin consacrés qui demeurent après la communion et l’adoration.
Dans les premiers temps, l’Eucharistie n’a pas toujours été consommée au cours de la cérémonie eucharistique. On la conservait après la célébration afin de la donner en viatique aux malades. D’autres recevaient l’Eucharistie et la portaient dans leurs maisons. Il s’agissait dans ces cas de communion en dehors de la Messe mais en conservant avec elle un lien intime.
Par la suite, le culte eucharistique se développa en se détachant de la célébration eucharistique et eut une identité et une autonomie propre. Le peuple ne participait pas à la Messe. Il était plus intéressé par l’élévation le plus haut possible de l’hostie que par la célébration elle-même. Le peuple avait besoin de voir le Christ qui, auparavant, était conservé dans le secretarium, et de l’adorer en silence. Ainsi eut lieu le passage de la célébration à l’adoration.
Le Concile de Trente, qui avait rappelé contre les Réformateurs que, dans l’hostie consacrée qui restait après la Messe, demeurait le Corps du Seigneur qui devait être proposé à l’adoration du peuple, porta à un plus fort détachement vis-à-vis de la célébration eucharistique.
L’attention principale était la présence de Jésus dans l’Eucharistie et donc l’adoration alors que la célébration eucharistique était tenue au second plan. On arriva ainsi à une absolutisation d’un aspect qui, bien qu’il soit essentiel au ministère du Christ comme l’est la présence réelle et l’adoration eucharistique, ne la saisit pas dans sa totalité, qui est exprimée dans la célébration eucharistique. Au cours de celle-ci, en effet, la communauté écoute la Parole de Dieu, assiste à la conversion du pain et du vin dans le Corps et le Sang du Christ, à l’offrande au Père du sacrifice de la croix sur l’autel et à la communion au Corps de Jésus qui fait l’Église une et sainte.
Cette situation d’ombre fut éclairée par la Constitution Sacrosanctum Concilium de Vatican II et par d’autres documents pontificaux tels que Eucaristiae Sacramentum et Inestimabile donum. Il y est affirmé le caractère central de la célébration de l’Eucharistie pour toute la vie chrétienne et le fait que, dans l’Église, tout dérive, comme d’une source, des célébrations de l’Eucharistie et que tout conduit et doit conduire à elle, comme fin.
Les affirmations de ces documents n’entendent pas mettre en cause la validité du culte eucharistique qui a été pour un très grand nombre, une des sources principales de leur sanctification. En vérité, la Réforme liturgique entend placer le culte eucharistique dans une perspective propre: reconnaître la place centrale qu’il doit avoir dans la vie de l’Église en tant que moyen indispensable de sanctification. Sa place se trouve à l’intérieur de la célébration eucharistique et non en parallèle avec la Messe. Le culte eucharistique n’est ni autonome ni indépendant de la Messe, il ne la remplace pas mais il lui est relatif.
Loin de nier la validité du culte eucharistique, la Réforme liturgique recommande fortement le culte d’adoration à l’Eucharistie pour les fruits spirituels qu’elle comporte.
La liturgie s’accomplit à travers le langage des signes (Instrumentum Laboris 58), même si elle est l’oeuvre de Dieu (Instrumentum Laboris 42). Il n’existe pas de signe plus éloquent que la fraction du pain-Corps du Christ et son partage pour communier dans la réalité. Quand, dans la liturgie, ce geste est bien exécuté – naturellement après une catéchèse adéquate – il parle directement à celui qui y participe de manière actuelle et actualisante.
On constate différents abus dans la célébration eucharistique, et notamment le manque de respect, ou le respect insuffisant, vis-à-vis de l’Eucharistie. Mais je pose une question: tout manquement dans le langage des signes ne constitue-t-il pas un abus, quand on retire aux participants à l’Eucharistie la possibilité de laisser entrer le Mystère dans leur vie, et d’éliminer ainsi le joug du vieil homme? Cela n’apparaît-il pas de façon encore plus évidente quand la coupe n’est pas donné pour y boire.
Ayant fait l’expérience du chemin néocathécuménal – du début à la fin – je peux témoigner que la célébration faite avec attention à la Parole et aux signes, spécialement à la fraction du pain et à la participation au Coupe, fait des miracles. J’ai vu de nombreuses personnes réconciliées avec leur histoire, la réunification de mariages en crise, de nombreux époux ouverts à la vie pour construire une famille nombreuse, de nombreux jeunes qui ont retrouvé l’orientation de leur vie selon l’Évangile et beaucoup de vocations à la vie consacrée et au sacerdoce. Le commun dénominateur de tout cela est la participation au mystère de la Parole et du Sacrement célébré avec une abondance de signes.
2. Quelques propositions
1. Je propose que soit garantie la possibilité d’utiliser pleinement les signes afin que la liturgie puisse réaliser son caractère et sa valeur formatrice et constitutive pour la vie chrétienne.
2. Il faut donner plus d’attention à une catéchèse formatrice où non seulement les signes sont expliqués de manière didactique, mais où les fidèles ou les catéchumènes sont introduits au mystère à travers la mystagogie.
3. Prendre soin que ne se produisent pas d’abus, tant au niveau du manque de respect et de la négligence – dont on parle souvent – que dans un sens réducteur c’est-à-dire en négligeant ou en ignorant ce qu’exprime la dynamique de l’Eucharistie. J’observe en particulier que:
– Il est bien que soient accentués le caractère et la valeur du sacrifice dans l’Eucharistie. Mais c’est un mal – et il s’agit là d’un abus par manquement – de sous-estimer ou de ne pas rendre présent l’aspect du banquet qui communique et met en communion, autrement dit qui crée le Corps.
– Il est bien que soit souligné l’aspect de la présence réelle mais c’est un mal – et c’est un abus par omission – quand, à cause du respect, parfois mal compris, certains signes ne sont pas utilisés, comme par exemple la matière du pain qui doit avoir l’aspect d’une nourriture (ut cibus appareat IGMR 321) et lorsque l’on ne permet pas de boire à la Coupe quand cela est possible (et est recommandable per dilucidiorem signi sacramentalis formam – IGMR 14, 281).
– Il est bien de valoriser le moment de la consécration, mais c’est un mal – et un abus – lorsque vient à manquer une bonne expression de la doxologie qui, parfois, dans les célébrations, passe presqu’inaperçue, tout comme la réponse de l’assemblée par l’acclamation Amen.
– Il est également malvenu – et il s’agit là encore d’un abus – quand cette partie si essentielle de l’Eucharistie qu’est la liturgie de la Parole n’est pas préparée et n’est pas bien faite.
– En outre, il est sûrement mal d’un point de vue pastoral et ecclésial que le rôle de l’assemblée ne soit pas valorisé, en particulier lors de l’Eucharistie dominicale, et que ce le soit seulement le prêtre qui “dise la Messe” – comme s’il effectuait un service à un groupe, voire même à quelques personnes selon des intentions privées prépayées

[Texte original: italien]

– S. Exc. Mgr. Hil KABASHI, O.F.M., Évêque titulaire de Torri di Bizacena, Administrateur Apostolique de l’Administration Apostolique d’Albanie Méridionale (ALBANIE)

Les trois dimensions de la foi chrétienne, martyre, liturgie et diaconie, constituent l’essence de l’être et de l’identité chrétienne. D’autre part, martyr et diaconie trouvent dans la liturgie leur essence, leur force et leur perspective.
Sinon, comment peut-on penser que tant de martyrs en Albanie aient été pendant de très nombreuses années discriminés, arrêtés, persécutés et mis à mort parce que témoins de la foi chrétienne, sans la force de la foi profonde en Jésus Christ et dans sa présence dans l’Eucharistie?
Aujourd’hui encore, dans la ville portuaire de Vlora, chez les Sœurs servites, on trouve une statue de Marie où le prêtre a caché les hosties pour les religieuses après avoir célébré clandestinement la messe au péril de sa vie.
L’étymologie du terme grec “Eucharistie” signifie “action de grâce”, c’est-à-dire, au sens théologique, qu’il s’agit de la plus haute action de grâce possible au Créateur, Sauveur, Pasteur et Père pour tout ce qu’il a fait et qu’il continue de faire pour le monde, pour la création, et surtout pour les hommes et leur salut. Cela advient grâce à Notre Seigneur Jésus Christ qui est avec nous.
Dans l’Eucharistie se réalise un rapport vital et réciproque entre Dieu et les hommes. Dans ce rapport et dans cette rencontre, Dieu se manifeste vraiment comme l’Emmanuel et le Bon Pasteur qui reste à jamais au milieu de nous et avec nous.
Jésus, le Fils de Dieu, a beaucoup fait pour nous les hommes: il est venu parmi nous, il a souffert pour nous, il est mort sur la croix et il est ressuscité. Mais qu’y aurions-nous gagné si, après son ascension au ciel, il nous avait laissés seuls? Qu’en aurait-il été de sa promesse: “Je serai avec vous tous les jours…”?
Sa présence réelle dans l’Eucharistie est la meilleure preuve de l’accomplissement de ses promesses et de son amour.
Dans la célébration de l’Eucharistie s’expriment tout particulièrement la rencontre de Dieu avec son peuple et l’unité des chrétiens: dans l’Église universelle autour du Pape, dans l’Église particulière autour de l’Évêque local, et dans la paroisse autour du curé, cette unité devient visible.

[Texte original: allemand]

– S. Exc. Mgr. Fulgence RABEMAHAFALY, Archevêque de Fianarantsoa (MADAGASCAR)

Mon intervention se situe au chapitre II de la partie troisième (III°) de l’Instrumentum Laboris: “Ite missa est”. En ce début du troisième millénaire où notre société est très mouvementée, facilement la vie familiale se disperse. Or la famille est le berceau de toute évangélisation, en particulier l’éducation et la formation chrétienne. Je voudrais manifester deux souhaits: a) le soutien de la famille chrétienne; b) la formation des prêtres.
a) L’Église depuis le concile Vatican II, continue à faire beaucoup d’efforts sur la célébration liturgique. La liturgie de la Parole a pris place lors des prières dévotionnelles de toutes sortes: chapelet, litanies et chants traditionnels divers. Certes la célébration est plus rapide, mais les participations effectives des fidèles sont très réduites pour donner plus de place aux trois lectures et à l’homélie dominicale.
Cependant, il est enseigné dans “Familiaris Consortio” que la famille est une petite église, le berceau même de toute communauté. Ne faudrait-il pas pousser davantage la recherche liturgique, quitte à entretenir la possibilité de maintenir davantage les formes des prières dévotionnelles de chaque famille; mettre en évidence les échanges et partages de la lecture du jour; les prières récitées et les chants traditionnels.
C’est vrai que la liturgie consiste beaucoup à écouter, mais s’exprimer soi-même témoigne que l’on a déjà suffisamment enregistré.
b) Une autre suggestion que je donnerai, c’est l’encouragement de la famille elle-même à concrétiser la prière pour les vocations. Les jeunes que nous accueillons au séminaire sont des jeunes qui ont dépassé l’âge de la puberté. Pratiquement leur éducation humaine est faite.
Nous découvrons une régression des vocations sacerdotales depuis que les petits séminaires reçoivent moins de financement de Rome. Les familles ne peuvent cependant pas assumer une longue formation de tous leurs enfants. Il faut que les séminaires enchaînent rapidement les formations spirituelle et doctrinale.
Je voudrais même exhorter chaque grande famille à offrir un enfant pour le service de Dieu et le bien de l’Église. Il est bon d’encourager les jeunes couples à demander au Seigneur qu’au moins un de leurs enfants reçoivent son appel.
C’est là une mission, une offrande, que nous tous devons faire “notre Eucharistie”.

[Texte original: français]

– S.Em.le Card. Attilio NICORA, Président de l’Administration du Patrimonie du Siège Apostolique (CITÉ DU VATICAN)

Le n. 53 de l’Instrumentum laboris est dédié de façon louable au probatus Ecclesiae mos – comme l’appelle le canon 954 – c’est-à-dire aux offrandes faites par les fidèles pour qu’une Messe soit célébrée pour leurs intentions particulières.
Force est de constater que la pratique de faire dire des Messes pour les vivants ou pour les défunts, que ce soit de façon directe, en faisant une offrande personnelle à un prêtre, soit sous la forme de dispositions testamentaires ou juridiques, est en train de disparaître rapidement dans de nombreux milieux ecclésiaux.
Là où cela advient, nous perdons une occasion propice de faire grandir le sens de la participation tant spirituelle que matérielle à l’Eucharistie et à la dynamique de charité qui en découle. Le Code et divers documents récents du Magistère de l’Église soulignent en effet clairement les grandes valeurs que ce geste d’offrande peut et doit exprimer: c’est une forme de participation personnelle au sacrifice eucharistique dans sa dimension spirituelle; c’est une privation de ses biens propres, dans un esprit de sacrifice et de solidarité, pour rendre gloire à Dieu et promouvoir certaines fins de l’Église; c’est une façon très concrète et très utile de concourir à l’entretien des prêtres et à la réalisation des activités apostoliques de l’Église; cela peut devenir un moyen de soutenir les missionnaires et les prêtres des diocèses les plus pauvres dans une perspective de catholicité vécue. Pour toutes ces raisons, il n’est pas surprenant que la Congrégation pour le Clergé insiste, dans son Décret Mos iugiter de février 1991, sur le devoir d’instruire les fidèles à ce sujet au moyen d’une catéchèse spécifique, en reconnaissant sa “haute signification théologique”. Comme il advient pour beaucoup d’autres aspects de la tradition spirituelle, si personne n’en parle plus ni n’en expose les raisons et la valeur, cette pratique est destinée à disparaître, elle aussi.
Indéniablement, cette pratique ancienne est exposée à des risques et à des ambiguïtés, et elle doit donc être assortie de la plus grande vigilance de la part des Pasteurs et d’une correction rigoureuse de la part des prêtres, dans le respect de la volonté des donateurs. Le meilleur antidote contre ces risques demeure, dans tous les cas, la formation des consciences, en mettant en lumière la valeur authentiquement spirituelle de cette forme de participation eucharistique, en dehors de toute logique contractuelle ou commerciale, et en fondant ainsi sa pratique motivée, attentionnée et rigoureuse.
Comme le souligne bien l’Instrumentum laboris, à ce probatus mos Ecclesiae est traditionnellement associée la dévotion envers les défunts: il s’agit d’une dimension qui mérite elle aussi d’être cultivée parmi nos fidèles qui vivent désormais, surtout dans le monde occidental, dans un contexte où on tend à faire disparaître la considération pour le mystère de la mort, à traiter le corps du défunt comme un objet encombrant, à réduire le rapport spirituel qu’on avait avec lui à une mémoire générique, un rapport que la foi chrétienne situe au contraire dans le cadre et dans le dynamisme de la communio sanctorum et dans la perspective de la résurrection de la chair. De ce point de vue aussi, la célébration de Messes pour les défunts prend donc une grande valeur éducative.

[Texte original: italien]

– Très Rév. P. Ottaviano D’EGIDIO, C.P., Préposé Général de la Congrégation de la Passion de Jésus-Christ

Ma réflexion portera sur les numéros suivants de l’Instrumentum Laboris: n. 39, Présence réelle; n. 37, Sacrifice, mémorial et rencontre; n. 77, Marie, la Femme eucharistique.
Il existe une préoccupation dans l’Église au sujet de l’éloignement progressif du Peuple de Dieu de l’Eucharistie. La sécularisation du monde actuel représente l’“ivraie” par opposition au “bon grain” de la Bonne Nouvelle de la Première Annonce.
– Vivifier les communautés paroissiales et missionnaires par des catéchèses simples et claires sur le concept sacrificiel de l’Eucharistie et sur la présence réelle. Les aider à avoir les yeux du Bon Larron qui voit en Jésus, le Seigneur. Il regarde au-delà des plaies, de la dérision, du refus. Il voit en lui Dieu, il voit en lui le Roi, même s’il est suspendu à une croix. Croire, c’est aller au-delà, s’est s’en remettre à Dieu. Au sujet de l’observance de la discipline liturgique, si l’on brûle d’amour pour l’Eucharistie, le respect sera spontané. C’est l’émerveillement retrouvé.
– Il faut soigner davantage l’homélie, souvent négligée, et il faut également revenir à des cours d’ars dicendi ou sainte éloquence.
L’aspect sacrificiel, memoria passionis, est le cœur du mystère pascal. Avec le Christ, Tête du corps mystique qui est l’Église, meurt et ressuscite également l’Église et, en un sens plus large, l’humanité tout entière et le cosmos. La passion pour l’humanité, avec les injustices subies, la faim, les violences, s’unit à la Passion de Jésus et la complète. Il existe une relation profonde entre le mystère de l’Eucharistie et Matthieu 25, 31-46, “J’ai eu faim, j’ai eu soif, j’étais un étranger, nu, malade, prisonnier et vous êtes venus me voir”. “Seigneur quand nous est-il arrivé de venir te voir?”… “Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait”.
Le reconnaître dans l’Eucharistie et non en ceux qui souffrent, revient à séparer le Christ de lui-même. Une vie eucharistique authentique ouvre les yeux et le cœur pour reconnaître Jésus dans les “crucifiés” de notre temps. Saint Paul de la Croix voyait écrit le nom de Jésus sur le front des pauvres.
Quel est le rôle de Marie dans la liturgie eucharistique? Le grain de sénevé qu’est son fiat, a poussé et va germer non seulement à Bethléem, mais aussi sur le Calvaire. Jésus lui donnera une nouvelle maternité: “Femme, voici ton fils”. À présent même les pécheurs endurcis auront une mère en commun avec Dieu, et même Judas, s’il le veut, peut avoir la plus douce des mères. Un nouveau monde naît dans le cénacle sous la croix. Au commencement était le Verbe et le Verbe se fit chair, le Verbe se fit Eucharistie.
Il faut alors se demander: Marie est-elle la “Femme eucharistique” qui contemple et adore en s’arrêtant au seuil de l’Eucharistie, ou en fait-elle partie par sa maternité de manière merveilleuse et mystérieuse ?
Dans l’Eucharistie est présent Jésus en totalité avec le mystère de son incarnation, passion, mort et résurrection: Ne pourrait-on pas alors invoquer Marie sous le titre de Mère de l’Eucharistie?

[Texte original: italien]

– S. Exc. Mgr. Emile DESTOMBES, M.E.P., Évêque titulaire d’Altava, Vicaire Apostolique de Phnom-Penh (CAMBODGE)

L’Eucharistie est le sacrement de la présence du Christ mort et ressuscité.
C’est la célébration en mémorial du sacrifice rédempteur du Christ, unique et définitif.
Dans un pays bouddhiste Theravada, l’homme ne peut se sauver que par lui-même et compter sur ses mérites qui le conduiront, par des renaissances successives, au Nirvana qui est la libération de la vie et la fusion dans l’absolu.
Jésus, le Christ se déclare la voie, la vérité et la vie. Pour celui qui l’accueille dans la foi, il s’agit de se laisser aimer et d’aimer à son tour. Dieu qui est amour a envoyé son Fils qui a tant aimé les hommes qu’il a donné sa vie pour les réconcilier avec le Père. Cet amour du Père qui s’est révélé par le visage de Jésus appelle tout ceux qui le reconnaissent à le rencontrer dans le visage de tous les hommes, plus spécialement des plus petits: “tout ce que vous faites au plus petit d’entre les
miens c’est à moi que vous le faites”.

[Texte original: français]

– S. Exc. Mgr. Zygmunt ZIMOWSKI, Évêque de Radom (POLOGNE)

Il est vrai que, dans la deuxième partie, au chapitre II, et dans la troisième partie, au chapitre I de l’Instrumentum Laboris, on parle des prêtres comme des ministres de l’Eucharistie et de la sainteté de leur vie. Il me semble cependant que, dans la quatrième partie de ce document, on doit évoquer le thème de la spiritualité eucharistique des prêtres et des séminaristes. “Faites cela”. Le Christ Seigneur ne dit pas seulement annoncez, racontez, il déclare également faites. C’est là un mot décisif.
Le sacerdoce est un sacrement de l’action. C’est le sacrement de l’acte salvifique et rédempteur du Christ, un acte qui a été laissé au pouvoir des apôtres au Cénacle: Faites cela en mémoire de moi. L’Eucharistie ne rend pas seulement témoignage à Celui qui nous a aimés jusqu’à la fin; elle nous éduque à un tel amour. L’humanité actuelle recherche des témoins de la transfiguration.
L’Évêque rappelle au diacre qui reçoit l’ordination sacerdotale: imite ce que tu célébreras, conforme ta vie au mystère de la croix du Christ Seigneur. Le prêtre doit imiter l’Eucharistie qu’il célèbre; en l’imitant, il devient témoin du Christ Eucharistie. Saint Thomas d’Aquin a écrit: “L’Eucharistie est comme l’accomplissement de la vie spirituelle et le but de tous les sacrements”. C’est sur ces paroles que s’est basé le Concile Vatican II, qui a constaté que “la sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Église, c’est-à-dire le Christ lui-même, lui notre Pâque”.
1. Spiritualité eucharistique des Évêques et des prêtres
L’Eucharistie est la plénitude de la vie spirituelle, parce que, en elle, se concentre ce que le Christ a fait et veut faire pour les hommes et avec les hommes. C’est pourquoi l’Eucharistie doit former notre vie spirituelle. La spiritualité du prêtre doit être une spiritualité eucharistique, dans la mesure où le prêtre est le ministre de l’Eucharistie. Tout chrétien, mais le prêtre d’une manière spéciale, doit être témoin de l’Eucharistie, c’est-à-dire être
– Holocauste offert pour les autres
– Pain pour les autres
– Être toujours avec les autres
2. Spiritualité eucharistique des séminaristes
Pour ce qui est de l’éducation eucharistique au séminaire, le Saint-Père Jean-Paul II rappelait trois choses aux séminaristes.
Dans la vie du séminariste et surtout dans le sacerdoce, la prière devrait toujours avoir une place.
On devrait être plus conscients du fait que, sur les chemins du monde, c’est le Ressuscité lui-même qui marche, en donnant la puissance de l’Esprit Saint. Alors, la consécration des hommes à Dieu ne sera pas un poids mais une participation confiante et joyeuse à l’éternel sacerdoce du Christ.
La profonde spiritualité eucharistique des futurs prêtres doit faire pénétrer encore plus dans leurs coeurs le véritable esprit missionnaire. Ite, missio est. Je sais bien que le Saint-Père Benoît XVI compte toujours sur de nombreuses vocations missionnaires provenant de la Pologne, le pays du Serviteur de Dieu Jean-Paul II.

[Texte original: italien]

– S. Exc. Mgr. Franjo KOMARICA, Évêque de Banja Luka (BOSNIE ET HERZÉGOVINE)

Personnes eucharistiques -Instrumentum Laboris n°76
Eucharistie et paix – Instrumentum Laboris nos 76, 83 et 84
Parmi les nombreux noms de saints de tous les siècles cités par l’Instrumentum Laboris, il y a un jeune laïc, le bienheureux Ivan Merz. Et cela, naturellement, non sans raison. Vue son actualité, je désire donner quelques informations le concernant. Né à Banja Luka, en Bosnie Herzégovine, vers la fin du XIXe siècle, il a vécu seulement 32 ans et est mort à Zagreb en 1928, professeur et enseignant des jeunes et des laïcs chrétiens.
Vue son origine multi-culturelle, son éducation intellectuelle, sa formation et son activité spirituelle, il réunit en une seule personne une série de peuples et d’États d’Europe que sont la Bosnie et Herzégovine, la Croatie, la République tchèque, l’Allemagne, la Hongrie, l’Autriche, la France et l’Italie.
Authentique européen chrétien disposant d’une instruction supérieure reçue à Vienne et à Paris, il a réussi à harmoniser la science et la foi. Il est devenu un apôtre inlassable de la foi vivante et de l’amour du Christ, de l’Église et du Successeur de Pierre, notamment grâce à l’Action catholique, instituée par le Pape Pie XI.
Quarante ans avant le Concile Vatican II, il a rendu témoignage par son exemple et assuré la promotion de nombreux points qui auraient été repris par la doctrine conciliaire en matière de liturgie et à propos des laïcs.
À l’occasion de sa béatification, célébrée voici deux ans, le Saint-Père Jean-Paul II déclara: “à l’école de la liturgie (…) Ivan Merz grandit jusqu’à la plénitude de la maturité chrétienne et il devint l’un des promoteurs du renouveau liturgique dans sa patrie. En participant à la Messe, en se nourrissant du Corps du Christ et de la Parole de Dieu, il trouva l’impulsion pour devenir l’apôtre des jeunes. Ce n’est pas un hasard s’il choisit pour devise ‘sacrifice-Eucharistie-Apostolat’”.
Le Pape Jean-Paul II souligna que “le nom d’Ivan Merz a représenté un programme de vie et d’action pour toute une génération de jeunes catholiques. Il doit continuer à l’être aujourd’hui!”. De nos jours, la figure du bienheureux Ivan Merz est une véritable découverte, une authentique bouffée d’air frais, et ce non seulement pour l’Église en Europe.
Dans le pays natal du bienheureux Ivan Merz, la Bosnie et Herzégovine, pendant des siècles, et jusqu’à une époque récente, les catholiques ont dû subir des humiliations et des persécutions répétées du fait de leur fidélité au Christ, surtout au Christ présent dans l’Eucharistie, ainsi qu’au Successeur de Pierre. Au cours des dernières guerres, dans les années 90, plus de la moitié des catholiques a été chassée du pays et la majeure partie d’entre eux n’a pas encore pu y retourner. Dans mon seul diocèse, plus des deux tiers des fidèles, personnes pacifiques et artisans de la réconciliation ont été exterminés sans raison et ce avec l’appui des représentants de la Communauté internationale.
Presque un cinquième de mes curés (7) ont été assassinés – nombre auquel il convient d’ajouter un religieux et une religieuse – parce qu’ils ont révélé la réconciliation et l’amour de l’ennemi, et les ont prêchés et témoignés inlassablement. Et parce que, avec leurs fidèles, bien que les églises aient été détruites, ils ont célébré régulièrement la Messe.
Ces témoins authentiques de la fidélité au Christ, à l’Église, à l’Évangile vécu et à leur service sacerdotal ont scellé de leur sang leur foi indestructible dans la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie.
Nous voulons croire que les sacrifices sanglants de nos prêtres et de nos religieux, tout comme le sacrifice de nombre des fidèles laïcs d’une authentique “Église crucifiée” du présent en Europe, unis à l’unique sacrifice de Jésus-Christ, sont féconds en vue de la réconciliation si souhaitable, pour une paix juste et pour le salut de nombreuses personnes de ma patrie et d’ailleurs.

[Texte original: allemand]

– S. Exc. Mgr. Luigi PADOVESE, O.F.M. CAP., Évêque titulaire de Monteverde, Vicaire Apostolique d’Anatolie (Anatolie, TURQUIE)

Je parle en qualité d’Évêque d’Anatolie qui a vu la première grande expansion du message de Jésus et au sein de laquelle les chrétiens ne sont plus que quelques milliers.
Dans la cité de Tarse, patrie de l’Apôtre Paul, les seuls chrétiens présents sont trois religieuses; elles accueillent les pèlerins qui, pour pouvoir célébrer l’Eucharistie dans l’unique église-musée encore existante, ont besoin d’une autorisation. Cela vaut également pour l’église-musée de Saint-Pierre à Antioche.
Dans cette ville est né Jean Chrysostome dont le 16ème centenaire de la mort en exil sera commémoré en 2007. Dans ses homélies, Chrysostome lui-même nous rappelle que l’Eucharistie a été et demeure le lieu privilégié de la parresia. Son souvenir, et ceux plus récents d’Évêques comme Clemens von Galen et Oscar Romero, constitue un témoignage vivant du lien entre le mémorial du sacrifice de Jésus et ceux qui ont trouvé en lui les raisons et la force d’une annonce faite avec intelligence, courage et sans réticences.
L’Eucharistie, en tant que mémorial de l’offrande du Christ, impose que nous fassions provenir notre annonce de ce centre et impose que notre enseignement moral soit basé sur celui-ci, comme expression de la qualité de disciple du Christ.
L’Eucharistie peut nous rappeler à la spécificité de la morale chrétienne qui naît d’une vision de foi et au sein de laquelle l’action éthique est vécue comme une réponse religieuse. De ce point de vue, il est important de rappeler l’exemple des saints qui ont découvert cet “encore plus” que le don total du Christ dans l’Eucharistie soutient et sollicite.

[Texte original: italien]

– S.Em. Le Card. Marc OUELLET, P.S.S., Archevêque de Québec (CANADA)

L’Année de l’Eucharistie est une rampe de lancement pour un mouvement eucharistique à long terme qui permettra d’évangéliser la culture à partir de la famille, église domestique. La crise anthropologique actuelle se manifeste dans l’éclatement des relations familiales et sociales. Seule l’Eucharistie, source de communion trinitaire, peut répondre à cette crise culturelle et sociale. La pratique assidue de la messe dominicale en famille est la voie éprouvée et toujours actuelle pour évangéliser la culture et la société. La préparation du Congrès eucharistique international à Québec en 2008 en fait la promotion, à la lumière de l’enseignement de Jean Paul II, qui nous a laissé cette conviction en héritage.

[Texte original: français]

Les résumés des interventions des deux derniers Pères synodaux, qui nous sont parvenus après que la rédaction ait mis sous presse le Bulletin, seront publiés dans le prochain Bulletin.

* * *

Sont ensuite intervenus les Auditrices et Auditeurs suivants:

– Fr. Alvaro RODRÍGUEZ ECHEVERRÍA, F.S.C., Président de l’Union Supérieurs Généraux (U.S.G.) (ITALIE)
– Mme Henrietta TAMBUNTING DE VILLA, ancienne Ambassatrice des Philippines près le Saint-Siège (PHILIPPINES)
– Soeur Renu Rita SILVANO, Membre du Comité éxécutif de la « International Catholic Biblical Federation »; Directrice du Catholic Bible Institute de Mumbai (INDE)
– R.P. Paul ROUHANA, Prêtre de l’Ordre Libanais Maronite, Membre de la Commission Centrale et du Secrétariat Général du Synode Patriarcal Maronite (LIBAN)
– Soeur Elvira PETROZZI, Fondatrice de la Communauté « Cenacolo » (ITALIE)
– M. Moysés Lauro DE AZEVEDO FILHO, Fondateur et Modérateur Général de la Communauté Catholique Shalom (BRÉSIL)

* * *

Nous publions ci-dessous le résumé des interventions des Auditrices et Auditeurs:

– Fr. Alvaro RODRÍGUEZ ECHEVERRÍA, F.S.C., Président de l’Union Supérieurs Généraux (U.S.G.) (ITALIE)

L’Instrumentum Laboris du Synode met en évidence l’espérance que l’Église met dans ses jeunes (Instrumentum Laboris 74). Les jeunes d’aujourd’hui, vivant dans des cultures mondialisées caractérisées par des changements de perspectives incessants, et dans des sociétés asphyxiées par l’incertitude économique et l’exaltation de la violence, trouvent difficilement un point d’appui pour vivre leur vie afin de donner un sens, une orientation et un but à leurs rêves de jeunesse. Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin d’étancher la soif et la faim qu’éprouvent les jeunes à la recherche d’une expérience mystique d’union avec Jésus. Il s’agit certainement d’une force qui attire les jeunes du monde actuel. Dans ce centre, ils trouvent le mouvement plus intime et unifiant de leur vie, même s’il oscillent entre désespoir et espérance.
Cependant, ce centre n’est pas simplement une expérience de sérénité et de pacification personnelle. En buvant l’eau vive dans la rencontre avec le Christ, ils trouvent également la force de découvrir dans le monde leurs frères et soeurs crucifiés, ceux qui subissent l’oppression des guerres, de la violence, de la faim. Ceux qui n’ont pas d’avenir. De cette source et de ce sommet, ils reviennent animés d’une passion nouvelle, et avec la force de la grâce, pour participer à la mission de l’Église dans la société et dans le monde. Les jeunes seront sans aucun doute la partie de l’Église laplus susceptible de saisir les espérances déçues qui attristent chaque jour des millions d’enfants et de jeunes dans le monde d’aujourd’hui.
Le centre vers lequel vont toutes les actions, l’Eucharistie, est également le sommet vers lequel elles s’élèvent. De cette manière, l’Eucharistie n’est pas détachée des préoccupations sociales et politiques que vit le disciple de Jésus au milieu des autres hommes et femmes de ce monde, et en particulier des pauvres.

[Texte original: espagnol]

– Mme Henrietta TAMBUNTING DE VILLA, ancienne Ambassatrice des Philippines près le Saint-Siège (PHILIPPINES)

Très Saint Père, et vous tous nos bons pasteurs, et le peuple de Dieu dans cette auguste salle, je suis très intimidée de me trouver dans ce Synode – moi, une simple femme au foyer , une femme laïque ordinaire. C’est la preuve que l’Église en qui je crois et que j’aime de tout mon coeur
embrasse tous ses enfants. Oh, combien avec Dieu toute chose est un don. Son don de la foi au Baptême, re-présenté chaque jour dans l’Eucharistie – l’Eucharistie est, avec les mots de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, “amour qui ne finit jamais”.
Je viens d’un pays – les Philippines – qui compte le plus grand nombre de Catholiques en Asie, je crois le troisième monde de ce point de vue. Et je me rappelle encore ce que le grand Pape Jean-Paul II, que nous aimons tous, me dit en 1996. Il m’avait dit que Dieu a donné aux Philippines deux grands dons: la richesse de notre foi et l’union de nos familles. Bien que ce soit encore vrai aujourd’hui, j’en remercie Dieu, nous ne pouvons pas ignorer le triste fait que notre foi est en train de s’amenuiser et la séparation dans nos familles est une cause d’inquiétude.
Le mois dernier, deux étudiants du cours supérieur d’une de nos écoles paroissiales se sont suicidés. Quelques-uns de leurs camarades ont dit que c’était peut-être parce que ces jeunes gens avaient l’impression que personne ne les aimait. Les parents de l’un d’eux ont des contrats de travail à l’étranger, tandis que l’autre appartient à un foyer divisé. La tragédie de ces garçons pourrait être le reflet de la tragédie de leurs parents. Peut-être, ne connaissaient-ils pas assez Jésus pour trouver leur joie et leur sens en lui. Beaucoup de jeunes, y compris des personnes plus âgées, participent à la Messe du Dimanche par tradition de famille, et donc, par habitude. Et non pas parce que “je désire d’un grand désir” l’Eucharistie, par “faim du pain de Dieu”.
Ceci survient parce qu’aujourd’hui, nombre de personnes, surtout parmi les jeunes, ne ressentent plus le désir du Christ, ne se rendent pas compte de la merveille de l’Eucharistie. Le sentiment d’émerveillement face à cet “amour qui ne finit jamais” ne s’est pas enraciné dans leurs esprits pas plus qu’il n’émeut leurs cœurs. Leur centre de gravité semble s’être déplacé vers tout ce que le monde peut offrir de distractions. C’est ainsi que de nombreuses vies sont gâchées, loin des trésors de l’Eucharistie.
L’Église – mater et magistra – ne semble pas en mesure de les attirer. Peut-être ne l’écoutent-ils pas comme maîtresse parce qu’ils ne l’ont pas encore perçue comme mère.
Les paroisses, au sein desquelles “l’Église vit sa vie” doivent s’engager – et ce rapidement – à devenir des centres de cette charité-amour qui accueille, pardonne et sauve. Des centres qui représentent un modèle pour les familles, où les personnes, surtout les jeunes, se sentent chez eux, se sentent aimés et unis les uns aux autres. Des centres où la liturgie soit vivante, constituant une célébration authentique de foi qui nous conduit à la rencontre personnelle avec Jésus-Dieu avec nous. Et nous avons besoin de catéchèses – catéchèses permanentes à différents niveaux – qui nous permettent de nous approcher du Christ comme les Écritures nous le présentent, qui nous montre le visage d’Abba, du Père et nous fait vivre dans nos vies la puissance transformatrice de l’Esprit.
Très Saint Père, et vous tous, qui êtes nos Pasteurs, donnez-nous Jésus, seulement Jésus, toujours Jésus afin que, remplis des merveilles de son amour qui ne finit jamais, et se manifeste dans l’Eucharistie, nous puissions découvrir “la joie et l’ardeur” de proclamer par nos vies: nous croyons, nous espérons, nous aimons.

[Texte original: anglais]

– Soeur Renu Rita SILVANO, Membre du Comité éxécutif de la « International Catholic Biblical Federation »; Directrice du Catholic Bible Institute de Mumbai (INDE)

L’Instrumentum Laboris qualifie l’Eucharistie de “Sacrement d’une intense spiritualité” (75). C’est vraiment ce qu’il est, comme je peux en témoigner sur la base de mon expérience personnelle positive et sur celle d’autres personnes que j’ai rencontrées. Mais nous devons faire davantage afin qu’il en soit ainsi aussi pour ceux qu’on appelle les catholiques du dimanche, en Inde et partout dans le monde. Un domaine où nous devons déployer nos efforts est celui de la Table de la Parole, dont l’Instrumentum Laboris (n° 46) nous rappelle qu’elle est inséparable de la Table de l’Eucharistie. Un autre domaine sur lequel doivent porter nos efforts est celui de la contemplation et de l’adoration (Instrumentum Laboris n° 66).
1. Dans mon expérience de lecteur dans une paroisse, les gens m’ont souvent dit qu’ils trouvent beaucoup de textes difficiles à comprendre, surtout ceux de l’Ancien Testament. Et cela parce que la majorité de nos fidèles ne connaît pas les Écritures. Je fais donc appel à ce Synode afin qu’il trouve un moyen pour répondre à l’appel lancé voici quarante ans par la constitution Dei Verbum du Concile Vatican II : aider les fidèles à développer une “dévotion croissante pour la parole de Dieu” afin qu’ils puissent expérimenter “un renouveau de vie spirituelle” (26). Cela peut être fait tant pendant la célébration eucharistique qu’en dehors d’elle. En ce sens, le rôle du célébrant est essentiel: il peut faire beaucoup pour aider les laïcs à comprendre et aimer la parole de Dieu. Il peut le faire aussi bien par sa manière de “proclamer” (et pas seulement lire) l’Évangile que par les priorités données aux citations bibliques qu’il s’efforce d’intégrer dans ses homélies du dimanche. J’ai entendu beaucoup d’homélies que ne font pas vivre les Écritures de manière adéquate, ou qui n’ont aucun lien avec les lectures. Dès lors, les fidèles sortent de la Messe en ayant totalement oublié la parole de Dieu proclamée au cours de la liturgie, tout comme dans la parabole de Jésus: “une partie du grain est tombée au bord du chemin; elle est foulée aux pieds et les oiseaux du ciel ont tout mangé” (Lc 8, 5).
D’un autre côté, il existe des prêtres qui s’efforcent de fournir une nourriture riche à la Table de la Parole, et je les en remercie sincèrement! En rappelant le contexte eucharistique dans lequel ils proclament la parole du Seigneur, ils essaient de conduire la communauté à la foi dans la présence du Seigneur, qui parle à travers les lectures. Puisse tout célébrant faire de même! Au nom de la Fédération biblique catholique, je saisis cette occasion pour demander humblement à Sa Sainteté de convoquer un futur Synode des Évêques sur le thème très important et urgent de la Parole de Dieu dans la vie de l’Église.
2. Contemplation dans l’adoration: J’ai beaucoup apprécié le commentaire de notre bien-aimé Pape Jean-Paul II: “Je voudrais raviver cette ‘admiration’ eucharistique” (Ecclesia de Eucharistia, 6). Il a déclaré également: “La présence de Jésus dans le tabernacle doit constituer comme un pôle d’attraction pour un nombre toujours plus grand d’âmes pleines d’amour pour lui et capables de rester longuement à écouter sa voix et à entendre presque les battements de son cœur” (Mane nobiscum Domine, 18). Nous devons prendre ces paroles au sérieux! Je lance un appel à tous les prêtres pour qu’ils apprennent aux fidèles (y compris par leur exemple) à rester quelques minutes en silence après la communion, afin d’écouter avec amour les battements du coeur de Jésus dans le tabernacle ou en eux-mêmes. Cette adoration profonde du Seigneur nous rendra libre de nous donner totalement au Père. Elle nous conduira nécessairement au don généreux de nous-mêmes dans le service de notre prochain, de telle manière que les fruits de notre contemplation débouchent sur l’action apostolique et soient “la preuve de l’authenticité des Célébrations eucharistiques” (Instrumentum Laboris 3).
En conclusion, je sui convaincu qu’un ministère renouvelé de la Table de la Parole peut conduire à un renouveau de l’esprit de contemplation et d’adoration. Puisse le Synode créer en nous un nouvel engagement à faire de l’Eucharistie“la Table de la Parole et la Table du Pain” (Mane nobiscum Domine, 12), un sacrement de spiritualité intense pour tous!

[Texte original: anglais]

– R.P. Paul ROUHANA, Prêtre de l’Ordre Libanais Maronite, Membre de la Commission Centrale et du Secrétariat Général du Synode Patriarcal Maronite (LIBAN)

Mon intervention porte sur la dimension eschatologique de l’eucharistie d’après les n° 68-69 de l’Instrumentum Laboris. Je présenterai ce thème à partir de deux anaphores: de saint Marc l’évangéliste et de saint Jacques, Frère du Seigneur, en usage dans l’Église syro antiochienne maronite.
Si l’attente de la seconde venue du Seigneur est habituellement présentée dans les liturgies eucharistiques d’Orient et d’Occident comme un événement du futur auquel l’Église se prépare dans la prière, la vigilance et l’espérance, elle est y présentée dans les trois prières eucharistiques susmentionnées comme un événement du passé dont la Communauté eucharistique se souvient. C’est ainsi que le célébrant s’adresse au Christ dans l’anaphore de saint Marc en proclamant: « Notre Seigneur Jésus-Christ, nous faisons mémoire de toute ton économie salvifique pour nous: ta conception, ta naissance, ton baptême, … …, et ta venue seigneuriale où tu jugeras tous les hommes, rétribuant chacun selon ses œuvres…». Le théologien orthodoxe Jean Zizioulas (actuel évêque de Pergame), attribue à cette vision particulière de l’anamnèse qui se trouve également dans la Liturgie de Saint Jean Chrysostome, l’expression de «mémoire du futur».
Je propose qu’on approfondisse davantage cette notion de « mémoire du futur» à une époque où la dimension eschatologique de la foi est en crise aiguë; où le sens chrétien de l’histoire s’estompe au profit d’un christianisme à prédominance sociale dont les ambitions ne dépasseraient pas les limites d’une société humaine plus juste et plus solidaire. En célébrant l’eucharistie dans la « mémoire du futur », les chrétiens méditeront le mystère de l’économie du salut réalisé par le Christ, non pas de façon fragmentaire et sélective, mais comme une unique réalité sotériologique à facettes multiples, de l’Incarnation à la parousie. Cette réalité qui se déploie admirablement bien dans les événements de l’Année liturgique trouve toutefois dans le mystère pascal, célébré dans l’eucharistie, son fondement et son point culminant. Pèlerins de Dieu, les chrétiens trouveront dans cette « mémoire du futur» la force et la lumière nécessaires qui leur viennent d’en haut pour témoigner, souvent à contre courant, des valeurs libératrices de l’Évangile, en communion avec la pléiade des saints, martyrs et confesseurs et avec « tous ceux qui ont plu au Seigneur depuis Adam jusqu’à aujourd’hui» (prière de l’offertoire dans Le Missel maronite).

[Texte original: français]

– Soeur Elvira PETROZZI, Fondatrice de la Communauté « Cenacolo » (ITALIE)

Je suis une pauvre et simple soeur, mais je suis témoin de ce que Dieu fait à travers l’Eucharistie aujourd’hui.
Devant l’Eucharistie, j’ai commencé à percevoir la douleur profonde de tant de jeunes de la rue, et à entendre leur cri de solitude. Jésus m’a envoyé à ces jeunes, qui ont la tristesse au coeur à cause de la drogue, et qui ont faim et soif du sens de la vie qu’ils n’ont pas encore trouvé.
Quelle méthode thérapeutique ou quel remède pouvais-je leur proposer?
Il n’existe pas de comprimé qui donne la joie de vivre et la paix du coeur!
Je leur ai donc proposé ce qui m’a si souvent soulagé et redonné la confiance et l’espérance: la Miséricorde Dieu et la prière eucharistique. L’Eucharistie, on la comprend pas avec la tête, on la vit avec le coeur. Si vous vous agenouillez avec confiance devant Lui, vous sentez que son humanité présente dans l’hostie consacrée ravive l’image de Dieu en vous, et que celle-ci recommence à resplendir!
C’est le “miracle eucharistique” que je contemple depuis de nombreuses années.
L’Eucharistie crée une dynamique non seulement personnelle, mais aussi dans le Peuple.
D’abord, quelques jeunes ont commencé à se lever la nuit pour l’adoration personnelle; puis, tous les samedis soirs, pour eux la nuit du “trip”, ils ont décidé de s’agenouiller dans les cinquante communautés, de 2 heures à 3 heures du matin, et de prier pour tous les jeunes égarés dans les fausses propositions du monde.
Ensuite, ils ont commencé l’adoration continue.
Cela a marqué un tournant dans l’évolution de notre Communauté: les jeunes sont arrivés de partout, les communautés se sont multipliées, des missions sont nées en Amérique latine, puis il y a eu les vocations des familles et des consacrés à Dieu dans cette oeuvre. C’est ainsi qu’a éclaté ce que le Saint-Père a appelé à Cologne la révolution de l’Amour.
J’ai voulu en toute simplicité vous raconter une tranche de notre histoire pour rendre grâce à Jésus qui, dans l’Eucharistie, nous a laissé dans les mains le trésor, le remède, la lumière la plus extraordinaire pour sortir des ténèbres du mal. Les jeunes avec qui je vis depuis vingt-deux ans ont été, pour une religieuse comme moi, un témoignage vivant que l’Eucharistie est vraiment la présence vivante du Ressuscité, et que même notre vie morte ressuscite lorsqu’elle entre dans la Sienne.
Vraiment si on est dans le Christ, on est une créature nouvelle!
Merci de m’avoir écouté

[Texte original: italien]

– M. Moysés Lauro DE AZEVEDO FILHO, Fondateur et Modérateur Général de la Communauté Catholique Shalom (BRÉSIL)

Dans la plupart des nouveaux charismes que sont les Mouvements et les Nouvelles Communautés, on vit un amour renouvelé pour le Christ dans l’Eucharistie. C’est à travers elle qu’ils se laissent toucher par les souffrances des hommes et des femmes de notre temps qui ont faim de Dieu. Cette multitude affamée sont les “Thomas” de nos temps qui refusent de croire au Christ sans le voir, sans l’entendre et sans toucher son Corps. Dans l’Eucharistie et dans les disciples du Christ nourris de sa Parole et de sa Chair, Jésus se fait voir, entendre et toucher par les “Thomas”.
L’un des principaux fruits de l’Eucharistie que nous devons cultiver et la Parresia. La Parresia est un mot grec du Nouveau Testament qui indique l’audace dans l’annonce du Christ.
Dans la période du Carnaval au Brésil, où les jeunes sont exposés à de graves dangers, la Communauté catholique Shalom réalise une évangélisation à travers le témoignage, la musique et l’art. Pendant cette manifestation, nous organisons un moment d’adoration devant le Très Saint Sacrement. Il a été impressionnant de voir ce que beaucoup considèrent comme impossible: cent mille jeunes, dans le plus profond silence, en adoration devant la Présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie. C’était le prélude aux JMJ de Cologne. Il a été encore plus impressionnant de constater les fruits de cette initiative et d’autres du même type: de nombreuses conversions, un grand nombre de confessions, engagement dans l’Église, retour à la participation à la Messe, réveil des vocations sacerdotale, amour et service des pauvres. Nous avons découvert que la meilleure réponse au défi de la sécularisation est de présenter le Christ avec audace!
Embrasés par l’Esprit Saint qui suscite de nouvelles formes d’expérience ecclésiale dans les Mouvements et dans les Nouvelles Communautés, les laïcs, en communion avec leurs Pasteurs, multiplient les formes et les moyens pour attirer avec Parresia les “Thomas” de ce nouveau millénaire qui, sans même le savoir, aspirent à rencontrer le Christ dans l’Eucharistie.

[Texte original: italien]

[Traductions distribuées par le secrétariat général du synode des évêques]

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