Inde : Le Saint-Siège appelle à la fin des violences et au dialogue

Solidarité avec les chrétiens agressés

ROME, Mardi 26 août 2008 (ZENIT.org) – Le Saint-Siège appelle à un retour au dialogue dans la région indienne qui vient d’être le théâtre de violences anti-chrétiennes.

Un communiqué de la salle de presse du Saint-Siège indique en effet aujourd’hui la solidarité du Saint-Siège avec les catholiques victimes de violences en Inde.

« En référence aux tragiques nouvelles contre les fidèles et les institutions de l’Eglise catholique, de l’Inde, le Saint-Siège exprime la solidarité des Eglises locales et aux congrégations religieuses impliquées, réprouve ces actions qui lèsent la dignité et la liberté des personnes et compromettent la coexistence civile pacifique.

« En même temps, ajoute le communiqué, [le Saint-Siège] fait appel à tous afin que, avec un sens des reponsabilités, on mette fin à tout abus, et que l’on reconstruise un climat de dialogue et de respect mutuel ».

En effet, une jeune femme de 22 ans a trouvé la mort dans l’incendie déclenché par des extrémistes hindous dans l’orphelinat de Panampur, situé dans le district de Bargarh, dans l’État d’Orissa, en Inde orientale, a indiqué, le 25 août, à l’agence missionnaire italienne Misna, Mgr Joseph Babu, porte-parole de la Conférence épiscopale indienne.

L’évêque a confirmé que de nombreuses agressions se sont succédé dans la zone depuis samedi 23 août, à l’encontre d’institutions religieuses et caritatives chrétiennes mais aussi des domiciles de simples fidèles.

Pour sauver les enfants

« Quand l’incendie s’est déclaré, Rajnie Majhie (la jeune femme décédée dans les flammes, ndlr) s’est empressée de faire sortir les enfants de l’édifice mais n’a pas eu le temps de s’enfuir à son tour », a précisé le P. Alfonse Towpo, assistant de Mgr Lukas Merketta, évêque du diocèse de Sambalpur, sous la compétence duquel se trouve l’orphelinat construit il y a à peine huit ans.

Il a ajouté que « pendant que la jeune femme restait prisonnière des flammes, le P. Édouard Saquera était brutalement battu par ses agresseurs, avant d’être hospitalisé » : il s’agit du religieux responsable du centre d’accueil qui abrite une trentaine d’enfants, âgés de 5 à 14 ans qui se sont enfuis, de peur.

Le P. Towpo fait également état d’un péril évité à Madhupur, toujours dans le district de Bargarh, où les extrémistes hindous ont « incendié et entièrement détruit l’église locale, le presbytère, le centre des religieuses et un séminaire où vivent 200 jeunes ».

« Il n’y a pas eu de victimes – précise le religieux – mais là aussi tous les enfants se sont enfuis et leurs parents les cherchent en ce moment même dans les environs ». Les désordres ont également blessé deux prêtres et une sœur : la religieuse « se trouvait dans un centre pastoral dans le district de Kandhamal où elle a été agressée et battue », a ajouté Mgr Babu.

Ces agressions, soulignent de nombreuses sources religieuses locales contactées lundi 25 août par Misna, font suite à des accusations dirigées contre les chrétiens estimés être responsables du décès d’un chef religieux hindouiste de la zone : Swami Laxamanananda.

Agression contre un chef hindou

Celui-ci a péri samedi 23 août avec cinq autres personnes, dont deux de ses enfants, après qu’un groupe d’hommes armés a ouvert le feu dans l’ashram de Tumudibandha, dans le district de Kandhamal, la veille d’une importante fête religieuse hindou.

Le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (Bjp) et le mouvement radical Vishaw Hindu Parishad (Vhp) ont déclaré qu’une conspiration de chrétiens se trouvait à l’origine du meurtre de Swami Laxamanananda. Le Bjp et le Vhp ont alors organisé une mobilisation de protestation, pendant laquelle ont eu lieu l’incendie dans l’orphelinat géré par les religieuses du diocèse de Sambalpur et les autres violences.

Dès que les premières accusations contre les chrétiens ont commencé à circuler, l’archevêque Cheenath a fermement démenti de telles hypothèses et condamné « avec force la violence et le meurtre » de Swami Laxamanananda et des hommes de son groupe, demandant aux gouvernements local et fédéral de New-Dehli d’intervenir pour rétablir la concorde et empêcher les violences.

Pendant ce temps, les obsèques du chef religieux hindou ont eu lieu : « La nuit sera longue – a dit le P. Towpo -, nous avons très peur. Mais nous espérons que les esprits se calmeront après l’enterrement ». Le meurtre de Swami Laxamanananda a été condamné par la Conférence épiscopale indienne et l’organisme œcuménique chrétien All India Christian Council.

Un couvre-feu jusqu’à nouvel ordre a été proclamé dans le district de Kandhamal et dans d’autres zones de l’État d’Orissa.

Le retour des orphelins

Un communiqué transmis à Misna par des religieux opérant dans la région indique que deux prêtres jésuites de Duburi ont été emmenés par un groupe de radicaux en un lieu encore inconnu lundi, au moment où le message était envoyé. Le communiqué fait par ailleurs état d’incendies allumés dans des paroisses du district de Rourkela

« Les enfants sont tous revenus. Ils sont choqués mais ne sont pas grièvement blessés » : la bonne nouvelle du retour des 19 orphelins du centre de Padampur, incendié lundi par des extrémistes hindous, a été transmise à Misna par le P. Alphonse Towpo, assistant de l’évêque de Sambalpur, Mgr Lukas Merketta, dans le diocèse duquel se trouve l’orphelinat détruit.

« Certains enfants ont été retrouvés dans les environs, d’autres sont peu à peu revenus tous seuls à l’orphelinat, après avoir passé la nuit cachés on ne sait où », ajoute le religieux.

Le P. Towpo indique par ailleurs que les obsèques de Rajnie Majhie auront lieu mardi : la jeune femme de 22 ans est décédée lundi dans l’incendie après avoir fait évacuer tous les enfants.

De plus, on apprend que le P. Ewdard Sequeira, responsable de l’orphelinat hospitalisé après avoir été battu par les agresseurs, est sorti de l’hôpital : « Physiquement, il va assez bien, son état est stable mais il est émotionnellement sous le choc. Il n’arrive pas à s’expliquer les raisons d’une telle violence contre une œuvre caritative pour les enfants », confie le P. Towpo qui s’est entretenu avec le prêtre.

Il est encore trop tôt pour dire si et quand l’orphelinat sera rouvert : « Pour le moment, les institutions ont pris en charge les enfants qui ont été transférés dans des ashrams (communautés, Ndlr) et des orphelinats hindous », indique l’interlocuteur de Misna.

L’intercession de Mère Teresa

La situation dans le district de Bargarh semble calme à présent, dit le religieux, bien que les tensions demeurent dans le district voisin de Kandhamal.

Le P. Towpo confirme également que la police surveille les principaux édifices catholiques de la zone. « Ces épisodes nous affectent profondément », ajoute le prêtre, tout en évoquant le 98ème anniversaire de la naissance de Mère Teresa de Calcutta (1910-1997).

En effet Agnès Bojaxhiu est née le 26 août 1910 à Skopje, et, devenue Mère Teresa, s’est éteinte le 5 septembre, à Calcutta.

« En tant que chrétiens, nous portons le témoignage des valeurs du christianisme : pacifiquement et concrètement tournés vers les personnes dans le besoin et en nous engageant pour une cohabitation harmonieuse avec les autres religions. Mère Teresa rendait elle aussi ce témoignage et a été et reste très respectée par les hindous aussi. Nous espérons maintenant que cette compréhension mutuelle nous accompagnera à nouveau », a conclu le prêtre.

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