Faire un don
Card. Turkson, désarmement nucléaire 10/11/2017, capture CTV

Card. Turkson, désarmement nucléaire 10/11/2017, capture CTV

« Oser espérer, à terme, un monde sans armes nucléaires », par le card. Turkson (traduction complète)

Accélérer la réduction stratégique

Un séminaire est organisé au Vatican pour « encourager les États dotés d’armes nucléaires à persévérer, voire à accélérer, dans leur réduction stratégique en cours des armes nucléaires et à oser espérer, à terme, un monde sans armes nucléaires », explique le cardinal Turkson qui a pris la parole au début de l’audience accordée aux quelque 350 participants par le pape François, ce 10 novembre 2017.

Le thème du séminaire est: « Perspectives pour un monde sans armes nucléaires et pour le désarmement intégral. »

« Les décisions prises par la famille humaine mondiale sur la paix et la guerre dans les mois et les années à venir, en particulier par ceux qui ont une responsabilité politique, auront des conséquences profondes sur l’avenir même de l’humanité et de notre planète », avertit le cardinal ghanéen Peter K.A. Turksonprésident du Dicastère pour le développement humain intégral.

Il fait aussi observer que « le désir de paix, de sécurité et de stabilité est l’une des aspirations les plus profondes du cœur humain, et il est compréhensible que les gens, poussés par la peur, réclament désespérément plus de sûreté et de sécurité ».

Voici notre traduction complète du discours prononcé par le cardinal Turkson en italien.

AB

Allocution de bienvenue du card. Peter K.A. Turkson

Éminences,

Excellences,

Mesdames et Messieurs les Membres du Corps diplomatique,

Chers Invités,

Chers Professeurs, Mesdames et Messieurs,

Je souhaite vous saluer très chaleureusement au nom du Dicastère pour la Promotion du développement humain intégral du Vatican / Saint-Siège; et en son nom, je vous souhaite cordialement la bienvenue à cette Conférence sur le désarmement nucléaire intégral.

Chaque jour, nous sommes bombardés de mauvaises nouvelles:

  • sur les atrocités que nous, les humains, pouvons commettre, en nous blessant mutuellement et en faisant du mal à la nature,
  • sur le son croissant du roulement de tambour d’une éventuelle conflagration nucléaire et sur le fait que l’humanité se trouve au bord d’un holocauste nucléaire.

Cependant pendant ces deux jours, nous sommes ici pour partager une bonne nouvelle. Il s’agit de la volonté mondiale d’encourager les États dotés d’armes nucléaires à persévérer, voire à accélérer, dans leur réduction stratégique en cours des armes nucléaires et à oser espérer, à terme, un monde sans armes nucléaires.

En effet, nous vivons à un moment de l’histoire humaine où la peur d’une catastrophe mondiale potentielle s’est intensifiée à un point rarement connu, depuis l’époque de la crise des missiles de Cuba. Les armes nucléaires sont redevenues un problème mondial, affectant les nations et ayant un impact sur notre avenir et les générations futures. Nos conversations sont aussi critiques; et les décisions prises par la famille humaine mondiale sur la paix et la guerre dans les mois et les années à venir, en particulier par ceux qui ont une responsabilité politique, auront des conséquences profondes sur l’avenir même de l’humanité et de notre planète.

Le désir de paix, de sécurité et de stabilité est l’une des aspirations les plus profondes du cœur humain, et il est compréhensible que les gens, poussés par la peur, réclament désespérément plus de sûreté et de sécurité. Cependant, la manière de répondre à une telle demande ne passe pas par la prolifération des armes de destruction massive en général, ni par les armes nucléaires en particulier. Cela augmente non seulement le problème de la sécurité, mais réduit également les capacités financières des pays à investir dans des domaines propices à la paix à long terme, tels que la santé, la création d’emplois ou la protection de l’environnement.

C’est pourquoi, vous vous en souviendrez, les nations du monde, issues de la seconde guerre mondiale, ont résolu, dans la Charte des Nations Unies, de « favoriser l’établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationales en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde » (article 26). (L’ex-président des États-Unis, Dwight Eisenhower, un général cinq étoiles de la Seconde Guerre mondiale, dans son discours « Chance pour la paix » en 1953, a prononcé peu après la mort du dirigeant soviétique, Joseph Staline, une analyse alarmante des dépenses militaires. Il a déclaré: «Chaque arme qui est fabriquée, chaque navire de guerre lancé, chaque roquette tirée signifie, au sens final, voler ceux qui ont faim et ne sont pas nourris, ceux qui ont froid et ne sont pas vêtus. Ce monde d’armes ne dépense pas seulement de l’argent, il dépense la sueur de ses ouvriers, le génie de ses scientifiques, les espoirs de ses enfants… Le coût d’un bombardier lourd moderne est le suivant: une école de brique moderne dans plus de 30 villes ou deux centrales électriques, chacune desservant une ville de 60 000 habitants ou deux hôpitaux entièrement équipés, ou encore une cinquantaine de kilomètres de béton. Nous payons un avion de chasse avec un demi-million de boisseaux de blé. Nous payons un seul destroyer avec de nouvelles maisons. qui aurait pu loger plus 8.000 personnes … Ce n’est pas du tout un mode de vie, au vrai sens du terme. Sous le nuage de la guerre menaçante, c’est l’humanité suspendue à une croix de fer. […] N’y a-t-il pas d’autre moyen que le monde puisse vivre? »

En fait, l’armement nucléaire n’est jamais une politique appropriée pour établir une base à long terme pour la paix (1) et la vraie sécurité ne se trouve pas dans la taille de nos armée ou dans le nombre d’armes, mais lorsque chaque besoin humain en nourriture, en logement, en soins de santé, en emploi et en dignité sont respectés, quand la terre est protégée et soutenue, quand nous nous tournons tous vers la méthodologie et la sagesse de la non-violence comme mode de vie, poursuivie et vécue dans la cordialité des relations et des soins pour tous, comme nous l’enseigne Laudato sì, la lettre encyclique du pape François sur « le soin de notre maison commune ». C’est quand nous avons confiance dans le Dieu de la paix et dans la bonté qui est dans l’autre; et en renonçant à la peur, à la haine et aux conflits séculaires, nous promouvons la dignité et le bien-être / l’épanouissement de tous.

Ainsi, à l’époque de la crise des missiles de Cuba, le pape Jean a rappelé à la famille humaine sa vocation à la coexistence dans la poursuite de son bien commun; et dans les différents niveaux de relation (communautaire, national et international), et la justice qu’ils requièrent, le pape Jean XXIII a cherché une solution à la crise des missiles.

En 1967, à l’ère de la crise des missiles post-cubains et à l’ère de la décolonisation et de l’émergence de nouvelles nations indépendantes en Afrique et en Asie, le pape Paul VI a déclaré que le développement est le nouveau nom de la paix (Populorum progressio). De nos jours, le pape François a revisité l’intuition du pape Paul pour affirmer que «la paix qui n’est pas le résultat du développement intégral sera condamnée» parce qu’elle «engendrera toujours de nouveaux conflits et diverses formes de violence» (Evangelii Gaudium, 219).

En conséquence, afin de répondre à la demande de sécurité des personnes, les dirigeants et les États doivent investir leur énergie et leurs ressources dans la promotion du développement humain intégral, ce qui signifie le développement de la personne entière et le développement de tous les individus. Cette forme de développement ne peut être favorisée que par des processus de dialogue inclusif entre les nations, les communautés et des experts dans différents domaines (3).

Pour encourager ce dialogue sur le développement intégral et la paix, le Dicastère pour la Promotion du développement humain intégral a organisé cette conférence sur le désarmement intégral réunissant des experts du monde entier: représentants de la société civile, Églises, États et organisations internationales, universitaires. Je tiens à vous remercier tous, participants et conférenciers, pour votre aimable réponse à notre invitation. Nous espérons une conversation franche sur la façon de parvenir à un monde sans armes nucléaires.

Cette conversation est urgente, compte tenu des tensions actuelles

– parmi les États dotés d’armes nucléaires,

– entre les États dotés d’armes nucléaires et les États qui cherchent à devenir des États dotés d’armes nucléaires.

Et je suis heureux d’observer que cette conversation qui est en cours dans plusieurs cercles autour du monde, a reçu une grande impulsion du pape François au début de cette année, quand il a appelé à la non-violence comme style de politique pour la paix, dans son message pour la Journée mondiale de la paix. De même, la première Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies a convoqué une conférence internationale pour négocier un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires; et le 7 juillet (2017), la communauté internationale, avec 122 pays votant pour, et montrant ainsi le désir de paix de la plupart des peuples du monde, a approuvé un traité qui rejette massivement l’utilisation de ces armes et affirme qu’elles sont totalement inacceptables.

Par la suite, le 6 octobre dernier, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) a reçu le Prix Nobel de la paix 2017 pour son travail visant à attirer l’attention sur les conséquences humanitaires catastrophiques de l’utilisation des armes nucléaires, et pour ses efforts innovateurs afin de mettre en œuvre l’interdiction de ces armes fondée sur un traité, mentionnée ci-dessus. Ces réalisations représentent tout d’abord une reconnaissance claire des souffrances des Hibakusha, ainsi que des autres victimes des essais nucléaires.

Comme l’a souligné le pape François, « la paix et la stabilité internationales ne peuvent être fondées sur un faux sentiment de sécurité, sur la menace de destruction mutuelle ou d’anéantissement total, ou simplement sur le maintien d’un équilibre des forces. La paix doit être fondée sur la justice, le développement humain intégral, le respect des droits humains fondamentaux, la protection de la création, la participation de tous à la vie publique, la confiance entre les peuples, le soutien des institutions pacifiques, l’accès à l’éducation et la santé, le dialogue et la solidarité » (4)

En guise de conclusion, permettez-moi de vous remercier tous d’avoir généreusement répondu à notre invitation et permettez-moi de remercier les très nombreuses institutions et groupes qui ont encouragé le Dicastère pour le Développement humain Intégral à tenir cette Conversation Internationale sur « un monde sans armes nucléaires » avec leur généreux soutien :

– Conférence des évêques catholiques d’Allemagne

– Conférence des évêques catholiques du Japon

– Centro Interdisciplinaire « Science per la Pace » (CISP), Université de Pise

– Université Georgetown

– Institut Kroc pour les études internationales sur la paix de l’École d’affaires internationales Keough

– Mazda Motor Europe GmbH

– Université Notre Dame

– Initiative sur la menace nucléaire

– Conférences Pugwash sur la science et les affaires mondiales

– Senzatomica

– Soka Gakkai International

– Union des chercheurs pour le désarmement ONLUS (USPID)

 

Mes remerciements et mes salutations spéciales aux étudiants et aux jeunes professionnels qui sont ici aujourd’hui: votre témoignage est crucial pour transmettre aux générations futures le message de la justice et de la paix.

Maintenant, je souhaite inviter Mgr Silvano Maria Tomasi à modérer les séances de la matinée et vous remercier tous pour votre aimable attention. Nous vous souhaitons une réunion très fructueuse et un temps utile ensemble, et nous prions pour que cet événement puisse contribuer à une nouvelle paix mondiale.

« HEUREUX, LES ARTISANS DE PAIX ! »

***

NOTES

1 Cf. USCCB The Challenge of Peace, 1983; The Harvest of Justice is Sown in Peace, 1993.

2 Cf. Populorum Progressio, 14.

3 Cf. Evangelii Gaudium, 238.

4 Cf. son message à la conférence des Nations Unies susmentionnée pour négocier un instrument juridiquement contraignant interdisant les armes nucléaires, conduisant à leur élimination totale.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

About Hélène Ginabat

Share this Entry

FAIRE UN DON

Si cet article vous a plu, vous pouvez soutenir ZENIT grâce à un don ponctuel